Comment ça s'est passé.
Arrivée à Riyadh le 3 novembre sur un vol Saudi Arabian Airlines. L'aéroport King Fahd est vaste, climatisé à outrance—une vraie claquer d'air froid en descendant de l'avion. Nous avons pris un taxi Uber jusqu'à l'hôtel Rosewood Riyadh (environ 180 SAR pour 25 km), où la réceptionniste nous a expliqué les horaires de prière en décalant légèrement ses yeux. L'hôtel est rutilant, un peu trop pour qu'on s'y sente à l'aise. Première galère : nous avons voulu manger seul dans un restaurant aux alentours de 19h le premier soir. Le serveur au restaurant Jawhara Palace (spécialité kabsa aux épices, 65 SAR le plat) nous a indiqué fermement que c'était l'heure de la prière du Maghreb. Tout s'arrête. On a attendu 25 minutes dans la rue, assis sur un muret, à regarder passer des voitures de luxe. Cette immobilité sociale m'a dérangé—pas le droit, juste l'obligation visible. Riyadh : contraste brutalVisite du Diriyah à 45 minutes au nord-ouest de Riyadh. Les ruelles restaurées de cette ancienne capitale du Nejd sont étouffantes. Les murs en adobe jaune-beige, les portes brun foncé, tout sent l'humidité piégée malgré le climat sec dehors (température 31°C à midi). Les guides nous parlent de la chute de l'empire wahhabite en 1818, mais c'est un musée à ciel ouvert trop propre, pas assez vivant.Kingdom Centre, la tour emblématique de Riyadh (302 mètres). On a payé 40 SAR pour accéder à la Sky Bridge au 99e étage. Le verre n'était pas très transparent—poussiéreux, sûrement. La vue sur la ville endormie était plate, des buildings identiques jusqu'à l'horizon plat.Al-Zal souk, le vieux marché près de la mosquée Al-Rajhi. Nous y avons acheté des tissus de soie pour notre mère (8 SAR le mètre), discuté prix avec un vendeur qui croquait des dattes séchées en souriant. L'odeur du oud—ce bois parfumé—embaumait chaque coin de passage. Un moment où nous avons senti que la ville respirait encore, même sous le poids de la modernité.Jeddah : la côte sans âmeVol Flynas de 1h depuis Riyadh vers Jeddah (99 SAR, avion presque vide). La compagnie budget saoudienne n'est pas confortable mais ponctuelle. Arrivée à l'aéroport de Jeddah King Abdulaziz vers 15h30. Taxi Careem jusqu'à l'hôtel Qassim Palace (150 SAR). Jeddah passe pour être la ville côtière plus « ouverte » de l'Arabie Saoudite. Ce n'est qu'à moitié vrai. Nous avons marché le long de la Corniche Red Sea—l'eau est gris-bleu, pas rouges comme on l'imagine, les plages privées sont fermées aux non-résidents. Une bonne heure à longer le front de mer, à croiser des familles saoudiennes en abaya (les femmes) qui prenaient des selfies devant les sculptures de béton modernes. Repas mémorable à Khan al-Murjan, dans la vieille ville côtière. Hummus maison (18 SAR), falafel croustillant à souhait, et thé à la menthe qui avait un goût de vraie plante arrachée le matin même—trop sucré, presque douloureux pour les dents. Le patron, un homme d'environ 60 ans, nous a raconté qu'il tenait ce café depuis 1987, que les touristes arrivaient maintenant mais sans vraiment pénétrer la ville. Ses paroles : « Vous voyez les murs, pas le quartier ». Musée Abdul Raouf Hassani : petite gemme de peinture et sculpture proche du front de mer. Entrée 20 SAR. Les œuvres explorer les paradoxes de l'identité saoudienne. Un tableau montrait une femme en abaya traversant une autoroute à six voies. Troublant.Promenade dans Al-Balad, la vieille ville. Les bâtiments à plusieurs étages avec leurs façades en pierre de corail se fissurent doucement. Nous avons bu un café turc chez Abu Omar (8 SAR) en observant deux hommes jouer aux dames sur un trottoir. Pas de touristes officiels à proximité. L'oubli de Jeddah semblait presque authentique.Retour à Riyadh le 9 novembre via le bus Saudi Public Transport Company (bus 55, départ 8h du matin, 140 SAR, durée 4h50). Le car était propre, climatisé jusqu'à l'absurde, presque pas de passagers. Nous avons lu pendant le trajet. Aucune pause repas, aucun arrêt culture. Juste une ligne droite à travers le désert beige. Dernier dîner à Riyadh au restaurant Noura (grillades mixtes 120 SAR, vin absent bien sûr). Serveurs empressés, expérience gastro-sans-surprise. Levé à 6h le lendemain pour attraper le vol de 8h45 vers l'Europe.
Les bons plans repérés sur place.
Diriyah et ses ruelles en adobe restaurées (45 min nord-ouest de Riyadh) : murs jaune-beige, odeur d'humidité piégée
Khan al-Murjan à Jeddah (vieille ville côtière) : hummus maison et thé à la menthe sucré, patron depuis 1987
Al-Zal souk près de la mosquée Al-Rajhi (Riyadh) : tissus de soie à 8 SAR/m, odeur omniprésente d'oud
Kingdom Centre Sky Bridge au 99e étage : vue sur la ville plate, verre poussiéreux, 40 SAR l'accès
Bus Saudi Public Transport Company Riyadh-Jeddah (ligne 55, 4h50, 140 SAR) : désert plat, trajets sans accroc
Photos — Riyadh / Jeddah
Et au final.
L'Arabie Saoudite nous a désappointés : beaucoup de capital investi pour peu de surprise. La modernité coexiste mal avec la tradition, et le résultat est une sorte de théâtre où on joue les deux rôles en décalé. Les quelques moments de vraie connexion (le café Khan al-Murjan, le souk avec son odeur de oud) sont restés rares, noyés dans une infrastructure hyper-lissée qui efface les aspérités.
