Comment ça s'est passé.
Nous avons décollé de Paris-CDG le 15 mars avec Air Madagascar (vol AF714). Après huit heures de vol, l'arrivée à l'aéroport international d'Ivato (Antananarivo) nous a frappés par l'humidité étouffante : 28°C à 22 h, l'air saturé d'une odeur de terre mouillée mélangée à du diesel. Notre taxi depuis l'aéroport (800 000 ariary, soit environ 200 euros pour trois personnes) nous a menés à l'hôtel Colbert, rue Andrianampoinimerina, petit établissement colonial bien entretenu où la réceptionniste parlait un français impeccable. Les deux premiers jours à Tana ont été une débandade logistique. Les bus locaux (pas de numéro, seulement un point de départ au marché Analakely) sont surpeuplés et je ne maîtrisais pas l'itinéraire. On a dû demander de l'aide trois fois pour trouver le quartier d'Antaninarenina. Le Palais de la Reine surplombant la ville depuis la Colline Analamanga offrait une vue certes spectaculaire (je ne le dirai pas autrement), mais l'escalade des 300 marches sous le soleil m'a épuisé. Température : 32°C à midi. Nous avons ensuite mangé au Café Kely, un petit restaurant de la rue Joffre, où j'ai commandé un plat de brèdes avec du riz blanc (3 euros). Les brèdes – feuilles d'herbes cuites – dégageaient un goût terreux, presque âcre, que j'ai appris à apprécier seulement le troisième jour. Le marché d'Analakely nous a confrontés à notre première vraie galère. Mon sac à dos a été ouvert par un pickpocket habile, et j'ai perdu 50 euros. Pas une arnaque touristique flagrante, juste du vol opportuniste dans la foule dense. L'odeur du marché – mélange de poisson séché, d'épices et de déjections – était étouffante. Nous avons quitté Tana le jour 4 en prenant le vol de Tsaradia Airlines (compagnie locale) vers Nosy Be à 7 h 15 du matin. Durée : 1 h 10. Nosy Be nous a accueillis avec le bruit des vagues et une chaleur humide de 30°C dès 8 h 30. Nous avons loué une petite villa à Andilana, la plage au nord de l'île, chez Mme Razafindramisa (directrice de gestion locale). La maison coûtait 45 euros par nuit, basique mais propre, avec une terrasse face à la mer. Le premier matin, j'ai essayé de me lever à 5 h pour photographier le lever du soleil. Mauvaise idée : il pleuvait, tropical et violent, pendant 40 minutes. C'est le genre de détail que les guides ne mentionnent pas. Nous avons passé quatre jours à explorer l'île. Une excursion en pirogue à moteur vers l'Île-aux-Nattes (Île Sainte-Marie, distante de 2 km) s'est déroulée normalement. Le pêcheur Jaona nous a montré les « anges » – des petits bateaux de pêche bleus – et nous a parlé en malgache que je ne comprenais qu'à 20 %. Le repas sur la plage (poisson grillé, bananes, noix de coco fraîche) coûtait 8 euros et avait un goût de sel intense, agréable. Une journée entière de plongée avec Diving Dreams (centre au cœur de Hell-Ville, la capitale de Nosy Be) s'est révélée décevante : le récif était partiellement blanchi, et le moniteur français avait l'air aussi motivé qu'un escargot. 50 euros par personne pour deux plongées. À Hell-Ville même, nous avons diné au restaurant Chez Sophie, rue Mohammed-V, où les crevettes à la vanille (spécialité locale) coûtaient 12 euros et fondaient littéralement en bouche. Le jour 10, nous avons pris le bateau express vers la péninsule de Sambirano (3 heures de trajet, très secoué). Petit bémol : le port de départ n'était annoncé qu'en malgache à la radio locale. Nous avons visité quelques plantations de cacao et de vanille. L'odeur de la vanille en fleur dans les serres était enivrante, presque acidulée. Un planteur nommé Rakoto nous a parlé de la disparition de la forêt : 70 % de Madagascar est passée en 200 ans. Il n'y a pas de culpabilité coloniale facile ici, juste une réalité écologique qui le préoccupe. Les trois derniers jours ont été un mélange de détente et d'ennui. J'ai lu un roman, ma compagne a fait du snorkeling près d'Andilana. La fierté était de découvrir, en marchant le long de la plage, des traces de fossiles coralliens datant de plusieurs millénaires. Pas grand-chose à en tirer, sinon une question muette sur le temps.
Les bons plans repérés sur place.
Lever de soleil sur la Colline Analamanga depuis le Palais de la Reine (débuter avant 6 h, éviter la foule)
Repas de poisson grillé sur l'Île-aux-Nattes avec Jaona le pêcheur (8 euros, goût de sel authentique)
Plantation de vanille à Sambirano : l'odeur des fleurs de vanille en serre, rare et hypnotique
Café Kely, rue Joffre à Tana : brèdes et riz blanc local, goûter la vraie cuisine malgache avant les restaurants touristiques
Marchés d'Analakely et d'Hell-Ville : garder un œil sur ses affaires, mais observer comment vivent les gens ordinaires
Et au final.
Madagascar m'a surprise : ce n'est pas un paradis tropical packagé, mais un endroit compliqué, riche d'une biodiversité fragile et d'une humanité hospitalière mais discrète. J'ai aimé l'authenticité brute, le contact humain réel. Ce que j'ai moins apprécié : l'insécurité petite mais présente (le vol au marché), l'état des routes, et la sensation d'une nature qu'on sacrifie à chaque génération.