Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport d'Ivato le 12 février à 14 h 30, trois heures de retard. La chaleur était écrasante dès la descente de l'avion — 28 degrés à 15 h, mais humide, suffocant. Le taxi collectif de la compagnie Taxi-Brousse (25 000 ariary, environ 6 euros) nous a déposés au quartier d'Analakely en fin d'après-midi. L'air sentait la friture, les gaz d'échappement et quelque chose de pourri dans les caniveaux. Première galère : le gestionnaire de l'hôtel Colbert (rue Ravinala, près de la cathédrale) ne reconnaissait pas notre réservation Booking. Nous avons attendu 45 minutes debout, tandis qu'il cherchait dans ses papiers en consultant son téléphone cassé. Une fois installés, nous avons exploré le centre à pied. Antananarivo se découvre mieux en grimpant : les rues sont en pente, les taxis rouges fonctionnent sans horaire fixe, et les gens crient les prix depuis les petits restaurants de rue. Nous avons mangé du vary loko (riz avec viande de zébu hachée) chez Madame Nora, sur le marché d'Analakely, pour 8 000 ariary (2 euros). Le riz était collant, la viande avait un goût salé intense, presque âcre. Route vers Île Sainte-Marie : 48 h d'épopéeLe 15 février, nous avons pris le bus Bemon (compagnie nationale) à 6 h 15 depuis la gare de Tanà, direction Soanierana Ivongo. 18 heures de route annoncées pour 85 000 ariary (20 euros). En réalité, 28 heures. Le bus s'est arrêté trois fois en panne sèche, le moteur surchauffait, les passagers descendaient, certains dormaient à même le sol. À Vohémar, à 3 h du matin, une femme s'était endormie sur mon épaule. Aucun toilette à bord. Quand nous avons atteint le petit port de Soanierana Ivongo, nous étions crasseux et affamés. Le bateau-taxi pour l'île (30 minutes, 12 000 ariary) était une barque en bois peinte en bleu, avec un moteur bruyant qui vibrait dans les os. L'île nous a absorbés complètement. Nous avons loué une petite maison près d'Ambaodilongy pour 35 euros la nuit chez une Malgache nommée Soanary. Elle faisait un café robusta chaud à 5 h 30 chaque matin — amer, fort, le genre qui vous réveille les neurones. Les baleines à bosse arrivaient en août, mais en février, c'était calme. Nous avons loué un pirogue (bateau à balancier) avec un guide, Rakoto, pour explorer le lagon. L'eau était translucide, turquoise, et chaude. On voyait les poissons. À 7 h du matin, le soleil frappait déjà dur. Rencontre avec les lémuriens et la vraie galèreLe 18 février, excursion au Parc Antalaha (25 km, très mauvaise route). Notre chauffeur, Benoît (gasconnade locale en français), conduisait comme un fou, klaxonnant à chaque virage. Dans le parc, nous avons marché 2 heures pour voir les lémuriens roux. Ils étaient là — bruyants, agressifs, sentant la poussière et l'urine animale. L'un d'eux a arraché un sachet de biscuits de mon sac à dos. Moment marquant ? Oui, mais décevant : ces animaux n'avaient rien de très majestueux. Ils couraient, criaient, s'accouplaient sans grâce. La guide disait qu'il y en avait moins chaque année. Problème réel : le retour. La pluie avait rendu la route en latérite impraticable. Nous sommes restés coincés 6 heures chez un vendeur de rhum artisanal. Benoît buvait du rhum à 11 h du matin. Les gens du village riaient. Nous moins. Derniers jours à Sainte-Marie et vol retourLe restaurant Les Délices de la Mer (petite terrasse face au lagon) proposait des langoustes fraîches pour 60 000 ariary (14 euros). On les voyait arriver le matin. L'odeur iodée du lagon se mêlait à celle du charbon de bois. Nous avons mangé face à l'eau bleu-vert, les pieds dans le sable. C'était bon, simple, sans fioritures. Retour à Antananarivo le 21 février par le même bateau, le même bus Bemon (cette fois seulement 22 heures). À Ivato, avant le vol Air Austral de 19 h 45, nous avons pris un café au comptoir de l'aéroport (3 euros, mauvais). L'avion a décollé avec une heure de retard. BilanMadagascar, c'est honnête, c'est usant, c'est beau partiellement. Les gens sont polis, les routes sont des cauchemars, les prix sont bas et les services peu fiables. Pas de wifi stable. Pas d'eau chaude dans la plupart des endroits. Mais la nourriture locale est savoureuse, les paysages du lagon sont vrais (pas des cartes postales), et les lémuriens existent. À recommander surtout pour les gens qui supportent l'inconfort et ne cherchent pas une expérience 5 étoiles.
Les bons plans repérés sur place.
Le marché d'Analakely à Antananarivo : fruits tropicaux, épices, chaos organisé. Aller tôt le matin.
Soanierana Ivongo : petit port de pêche où prendre le bateau pour l'île. Pas touristique, populaire, petit resto de poisson frais à côté du débarcadère.
Île Sainte-Marie, lagon d'Ambaodilongy : eau claire, repos. Louer une pirogue avec un guide local (compter 50 euros la journée).
Parc Antalaha : lémuriens rouges visibles mais pas faciles. Prévoir 6-7 heures aller-retour depuis l'île en 4x4.
Restaurant Nora sur marché d'Analakely : vary loko pour moins de 3 euros. Authentique, aucun anglais parlé.
Photos — Antananarivo / Île Sainte-Marie
Et au final.
Trois semaines intenses, fatiguées. Madagascar n'a rien d'un resort : c'est un voyage où on se sent vraiment hors de la France, où on dort mal, où on mange des choses bizarres et où les pannes sont fréquentes. Mais c'est justement pour ça qu'on y retournera probablement. Une chose : n'allez pas en février si vous craignez la pluie tropicale extrême et les routes défoncées.
