Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport Ferenc Liszt de Budapest un jeudi matin à 7h30, avec cette sensation de froid humide caractéristique de l'automne danubien qui m'a saisi dès la sortie de l'avion. Le trajet en minibus partagé (3500 HUF par personne) jusqu'à notre hôtel Casa Bella au pied du château de Buda a duré quarante minutes. Le chauffeur, un homme d'une soixantaine d'années, nous a expliqué en anglais cassé les tracasseries des travaux sur le pont Széchenyi. Nos premiers pas nous ont menés directement aux thermes Széchenyi, en fin d'après-midi. L'odeur du soufre mélangée à celle du chlore nous a frappées dès l'entrée. Les bassins extérieurs affichaient 38°C. Je me souviens précisément de cette sensation surréaliste : tremper dans une eau chaude qui fumait légèrement sous le ciel gris, tandis que des Hongrois jouaient aux échecs sur les bords, impassibles. L'entrée valait 6200 HUF pour la journée complète. On y a passé quatre heures. C'est devenu notre rituel quotidien. Le marché central et l'incident du changeSamedi matin, on a pris le tram n°2 (600 HUF le ticket, ligne mythique longeant le Danube) pour rejoindre le Vásárcsarnok, le Grand Marché couvert. Les étals débordaient de paprika rouge, de saucisses de Pick, de gâteaux au pavot. Un vendeur nous a tendu un test de paprika pure à goûter : c'était intense, presque brûlant, et ça ne s'oublie pas. On a acheté 500g pour 1200 HUF, pensant faire une bonne affaire. C'est là que s'est produit notre galère majeure. En quittant le marché, on a croisé un type au coin de la rue Régiposta qui proposait un meilleur taux de change qu'à la banque. Naïves, on lui a échangé 200 euros. Il nous a rendu 58 000 HUF au lieu des 62 000 attendus. On s'en est aperçues qu'après, en recalculant à l'hôtel. Une arnaque basique, certes pas dramatique, mais ça nous a mises de mauvaise humeur pour le reste du week-end. Leçon apprise : les distributeurs automatiques, même avec leurs petites commissions, valent mieux que les « gentils échangeurs » de rue. Les rues de Pest et un moment salvateur à la Ruin BarDimanche soir, on s'est trouvé un peu perdues (mon téléphone était passé à 2% de batterie) dans le dédale des ruelles de Pest, côté Kazinczy. Les façades du XIXe siècle s'effritaient doucement autour de nous, et on entendait de la musique qui sortait d'une porte en bois. On a suivi le son et on a atterri à Szimpla Kert, une bar branché occupant un ancien immeuble délaissé. À l'intérieur, les murs étaient couverts de graffitis, des canapés dépareillés traînaient un peu partout, et ça sentait la bière versée depuis des mois. On a commandé deux Dreher (la bière locale classique, 800 HUF la pinte). Un groupe de quatre musiciens hongrois jouaient du folk/jazz improvisé dans un coin. Ce moment-là, assis sur un escalier branlant avec la bière à la main, écoutant une musique qu'on ne comprenait pas, c'était celui où Budapest s'est vraiment ouvert à nous. Derniers jours : la basilique et les déceptionsMercredi, on a grimpé les 364 marches de la basilique Saint-Étienne. La vue sur la Chaîne du Danube était bien, mais franchement, on s'attendait à plus spectaculaire. L'intérieur était plutôt sobre, gris. L'entrée coûtait 4500 HUF avec audioguide inclus, mais ce dernier était mal synchronisé. On a aussi fait un détour par la Grande Synagogue (2800 HUF, jeudi à 15h) : les murs rouge brique imposaient le respect, mais la visite guidée obligatoire était bâclée. Le guide se contentait de lire un texte sans lever les yeux. Pour manger, on a préféré fuir les pièges touristiques autour de la Place de la Cathédrale. On a découvert un petit resto typique appelé Kádár Étkezde dans le VIe arrondissement (rue Kádár) : paprika de boeuf (gulyás) à 3200 HUF, palacinta au fromage blanc à 2800 HUF. C'était généreux, chaud, et le service était souriant sans être obséquieux. Notre dernier jour, on a pris l'autobus 16 très tôt (5h45) pour rejoindre Memento Park, l'endroit où on garde les statues soviétiques oubliées. À la lumière grise du matin, ces monuments tombés avaient quelque chose de mélancolique. Aucune âme dehors, juste nous et un gardien qui sirotait son café. C'était intéressant, même si on ne peut pas dire que c'était indispensable.
Les bons plans repérés sur place.
Széchenyi Baths : les piscines en plein air à 38°C, l'après-midi vers 17h, pas trop de monde (6200 HUF)
Szimpla Kert (bar en ruine, Kazinczy utca 14) : musique live le soir, odeur de vieil immeuble, Dreher à 800 HUF
Grand Marché couvert (Vásárcsarnok) : paprika rouge, saucisses Débréczeni à 2100 HUF la paire, tram n°2 pour y aller
Kádár Étkezde (restaurant populaire) : gulyás servi dans un cadre sans prétention, 3200 HUF le plat
Memento Park : les statues soviétiques au lever du soleil (bus 16, très calme le matin)
Photos — Budapest
Et au final.
Budapest, c'est un endroit qui grandit avec toi. Les premiers jours, tu trouves ça sympa mais pas transcendant. Puis les thermes, les petites rues, une conversation surprise dans un bar deviennent ta raison d'être là. Cela dit, l'arnaque du change, la basilique décevante et l'inflation touristique dans le centre-ville m'ont rappelée que ce n'était pas le paradis perdu. Je reviendrais, mais je prendrais plus mon temps sur les quartiers résidentiels.








