Comment ça s'est passé.
On a pris le vol Ryanair FR4821 à 6h45 depuis Paris Beauvais un mardi de février. Arrivée à Vilnius à 10h30, température affichée : -8°C. Le froid m'a frappée dès la sortie de l'aéroport — pas une sensation dramatique, juste cette morsure sèche qui vous rentre dans le cou. On a pris le bus 1 jusqu'à la Gare centrale (Vilniaus Centrinis Autobusų Stotis), environ 30 minutes pour 2 euros par personne. L'hôtel Rūdninkų Manor, rue Rūdninkų n°34, était décent : chambre 42 m², chauffage fiable, petit-déj à 8 euros. Premier soir, on s'est perdu en cherchant le restaurant Belmontas au bord de la Neris. Le GPS de mon téléphone a gelé deux fois. On a fini par y arriver à pied, trempés. Le bigos lituanien qu'on a commandé (plat de chou fermenté avec viande, 9,50 euros) était riche, lourd, exactement ce qu'il faut par -7°C. L'odeur de viande braisée et de vinaigre s'échappait de la cuisine ouverte. Jeudi, on a grimpé la Cathédrale de Vilnius. Les marches extérieures étaient glissantes ; j'ai failli tomber trois fois. À l'intérieur, le contraste thermique a créé une buée qui rendait la nef baroque encore plus spectrale. Les Portes de l'Aurore (Ausros Vartai) avec l'icône de la Mère de Dieu — l'endroit était calme, juste trois touristes asiatiques et une babouchka en prière. Pas de foule, ce qui était rare pour un site touristique. Moment galère mémorable : samedi, le trolleybus 4 sur lequel on était montés s'est arrêté brusquement rue Gedimino. Le chauffeur a éteintt le moteur. On a patienté 18 minutes en silence. Le froid montait par les vitres mal isolées. Une femme à côté de moi a grommelé quelque chose en lituanien. Panne électrique, m'a dit un homme en anglais. Pas de communication, pas d'excuse officielle. On a dû descendre et marcher jusqu'à la Vieille Ville en traînant nos sacs. Ça m'a énervée. Mais la Vieille Ville elle-même valait largement la galère. La Place de la Cathédrale gelée, avec la Cloche de la Paix qui sonnait à midi, créait une atmosphère différente de ce qu'on voit sur les photos été. Les pavés brillaient comme du verre. On a mangé des kugel (gâteau de pommes de terre lituanien) au café Pabo, rue Pilies n°26, pour 4,50 euros. Gouteux, sucré-salé, pas du tout ce qu'on attendait. Mercredi, on a pris un train local (numéro 6015, Vilnius-Trakai, 5 euros aller-retour) vers le château de Trakai. Voyage de 35 minutes. Le château est construit sur une île dans le lac Galvė, mais en février, le lac était partiellement gelé. Le contraste entre le château rouge vif et la glace grisâtre était saisissant. À l'intérieur du château, les salles étaient froides malgré les radiateurs. On y a passé deux heures, un peu moins qu'on aurait voulu parce qu'il n'y avait presque rien à faire dedans le hiver — pas de café, pas de terrasse, juste les murs. La Kazerne de Vilnius, rue Konstitucijos n°14, transformée en espace artisanal, nous a agréablement surprise. Petites galeries, ateliers de céramique encore en activité. On y a acheté une assiette peinte pour 18 euros. L'artisan, une femme d'une soixantaine d'années, parlait un peu français et nous a montré ses techniques. Ce moment-là a senti le vrai — pas du pur tourisme. On a trainé trop longtemps dans les cafés pour chapper au froid. Bar à shots Vodka Vodka, rue Aušros Vartų, était sympático mais cher (shots à 6 euros l'unité). La vodka lituanienne coupe vraiment la gorge. Les gens autour buvaient sec, sans complexe. L'odeur de fumée était épaisse à cause des radiateurs qui surchauffaient — contraste décalé avec le froid dehors. Au marché Markadėlė (rue Lazdynų), on a goûté du rupuche (pain noir dense) et du sūris (fromage traditionnel, 7 euros pour 200g). Saveurs fortes, austères, pas sucrées. Le pain noir lituanien, c'est une texte qu'on ne retrouve pas facilement ailleurs — dense et légèrement aigre.
Les bons plans repérés sur place.
Château de Trakai (île Galvė) — voir la façade rouge se refléter sur la glace du lac en fin d'après-midi
Bigos au restaurant Belmontas — le plat traditionnel avec viande braisée, goûtez-le chaud après une promenade glacée
Portes de l'Aurore (Ausros Vartai) — très moins touristique qu'en été, atmosphère concentrée
Marché Markadėlė — rupuche et fromage sūris direct des producteurs, prix transparents
Trolleybus 4 et 1 — le réseau de transport est bon marché mais imprévisible l'hiver, prévoir du temps
Photos — Vilnius
Et au final.
Vilnius en hiver, c'est moins touristique que l'été, ce qui nous a plu. Mais le froid était plus mordant qu'annoncé, et on s'est retrouvés à passer trop de temps à l'intérieur par 9-10°C. Le bug du trolleybus m'a rappelé que l'infrastructure post-soviétique a ses limites. Je reviendrais, mais mai serait mieux.








