Comment ça s'est passé.
Levé à 4h30 le premier matin à l'hôtel Ganges View Palace (chambre 307, vue sur le fleuve) pour ne pas rater le lever du soleil sur le Gange. L'odeur d'encens et de pollution mélangée m'a saisi tout de suite. Les ghats commençaient à s'animer : femmes qui se baignaient, crémations au loin, chiens qui fouillaient les escaliers mouillés. C'est réel, pas romanticisé. Pas beau à proprement parler, mais vivant. Les premiers jours à Varanasi ont été une succession de chocs sensoriels. J'ai loué un bateau avec le batelier Rajesh (contact via l'hôtel, 800 roupies l'heure) pour descendre vers Assi Ghat et Manikarnika. L'eau du Gange était d'une couleur gris-marron que je n'oublierai pas. Rajesh m'a montré où les bûchers brûlaient en continu. Il m'a expliqué qu'une crémation coûte 4000 à 8000 roupies selon les bois utilisés. J'ai ressenti un malaise : était-ce respectueux de regarder ? Mais c'est l'essence de Varanasi, paraît-il. La première galère : le rickshaw qui devait me mener à la gare de Varanasi Cantonment pour prendre le train vers Agra. Le chauffeur a prétendu que le train était annulé (faux). Négociation sur place. Finalement, j'ai pris un taxi via l'appli Uber pour 450 roupies, plus sûr. Le train Taj Express partait à 6h10, j'avais coupé court. Douze heures de trajet (classe 3AC : couchettes, ventilateur poussif). J'ai mangé un dosa au curry de pommes de terre à la gare de Mughal Sarai, vendu par une femme sans nom précis (25 roupies). Piquant, gras, servi dans une feuille de bananier. Goût qui restait en bouche jusqu'à Agra. Arrivée à Agra Junction à 19h20, épuisé. L'hôtel Laurel Residency (Tajganj, 400 mètres du Taj Mahal) m'attendait. Chambre propre, WiFi inexistant mais honnête sur le site. Le gérant Vikram m'a conseillé d'aller au marché de Sadar Bazar pour les vrais prix. Le lendemain, je me suis perdu volontairement : rues étroites, étal de lassi frais (20 roupies), odeur de cumin et de poussière mélangée. Un gamin m'a vendu des bracelets « silk » qui étaient synthétiques. Arnaque bénigne. Le Taj Mahal à l'aube (5h, billet 250 roupies au gate sud). Attendez-vous à une foule énorme même tôt. Pas de moment intime possible. J'ai quand même trouvé un angle moins encombré près du mausolée des deux fils de Shah Jahan. L'incrustration de marbre blanc avec les pierres précieuses a justifié le détour, mais franchement ? Trop attendu, trop de touristes qui criaient. J'ai mangé un butter chicken au restaurant Peshawri (Dum Pukht Aroma, promenade ITC Mughal) : 450 roupies. Riche, crémeux, trop sucré peut-être. Les pains naan cuits au tandoor restaient chauds dans le pannier. Meilleur repas du voyage. Trois jours à Agra ont suffi : Agra Fort (150 roupies, impressionnant mais dégradé), balade en vélo jusqu'à Itmad-ud-Daulah (l'autre petit Taj, moins touristique). La température a atteint 36 degrés mi-avril ; je transpirais même à l'ombre. Retour à Varanasi pour les trois derniers jours. J'ai suivi un cours de cuisine au homestay de Maya, Durga Nagar. Préparation d'un dal tadka et d'un saag paneer. Prix : 1500 roupies pour deux heures. Maya parlait un anglais rude mais enseignait avec générosité. Son fils regardait Bollywood sur un petit écran dans la cuisine. C'était intime, loin des circuits touristiques. Soirée aarti (cérémonie religieuse avec lampes) à Dashashwamedh Ghat. J'ai vu un enfant en larmes qui n'avait pas assez d'argent pour acheter un autel floral. Moment qui m'a marqué négativement : la misère visible côtoyant la dévotion. Les chants des prêtres, l'odeur de fleurs et d'huile d'encens qui brûle, les cloches qui sonnaient... c'était beau ET perturbant.
Les bons plans repérés sur place.
Balade en bateau au lever du jour sur le Gange (Assi Ghat, vers 5h) avec Rajesh, batelier recommandé par l'hôtel Ganges View Palace
Cours de cuisine chez Maya à Durga Nagar, Varanasi (dal tadka et saag paneer, 1500 roupies, vrai apprentissage)
Taj Mahal côté sud avant 6h du matin, angle moins encombré près du monument des fils de Shah Jahan
Marché de Sadar Bazar à Agra, perte intentionnelle pour goûter le lassi frais (20 roupies) et naviguer l'arnaque bénigne
Dîner aarti à Dashashwamedh Ghat, Varanasi, en fin d'après-midi (gratuit, contributions volontaires)
Photos — Varanasi / Agra
Et au final.
Douze jours qui m'ont secoué plus qu'ennobli. L'Inde demande une certaine lâcher-prise ; le confort n'est pas la priorité. J'aurais aimé plus de temps loin des centres touristiques, moins de stress à naviguer les arnaqueurs. Mais les vraies rencontres (Rajesh, Maya, Vikram) m'ont montré une générosité qu'on ne synthétise pas sur Internet.
