Comment ça s'est passé.
Levé à 4 h 30 du matin pour attraper le bateau sur le Gange. L'air était glacial, presque humide, et mes mains tremblaient en descendant les ghâts de Dashashwamedh. Le batelier, Rajesh, m'a demandé 800 roupies pour deux heures (environ 9 euros). Le soleil s'est levé progressivement sur les temples dorés, et j'ai vu des femmes faire leurs ablutions dans une eau qui sentait fortement le linge mouillé mélangé à quelque chose de moins ragoutant. Je n'ai pas posé de questions. J'ai logé au Ganges View Hotel, rue Assi Ghat, chambre 304. Balcon minuscule mais vue directe sur le fleuve. Petit-déjeuner inclus : pain indien plat, dhal aux lentilles jaunes, et un lassi nature salé qui m'a fait grimacer les deux premiers matins. À partir du troisième jour, je l'attendais avec impatience. La première vraie galère : j'ai pris la mauvaise autobus (numéro 5, pas le 7) pour Sarnath. Trente kilomètres au lieu de quinze. Serré entre des poules dans une cage et un monsieur qui transpire du cou. Deux heures au lieu de quarante minutes. Sarnath était pourtant impressionnant, le temple bouddhiste immense, silencieux, avec des moines en robes safran qui lisaient assis sur les marches. L'air y était pur, c'était étrange après Varanasi. Au restaurant Pizzeria Vaatika (rue de Godowlia), j'ai commandé un paneer tikka masala réputé « meilleur de la ville ». Pièce de résistance : 320 roupies (3,80 euros), et le fromage était élastique, presque caoutchouteux. Mais un soir, au petit restaurant sans enseigne à côté du marché aux épices, une cuisine maison m'a offert un aloo gobi (pommes de terre et chou-fleur) pour 150 roupies qui était bien supérieur. Cette femme n'arrêtait pas de rire en me voyant avaler mon plat en suant. Les ruelles de Varanasi sont un dédale où j'ai tourné en rond trois fois avant de trouver mon hôtel. Aucun GPS fiable là-bas. Les odeurs : encens mélangé à urine de chat, fleurs de marigold écrasées sous les pieds. Des corbeaux partout. Un jour, j'en ai vu un voler un sandwich à une fillette. Elle a crié, ses parents ont ri. C'était le genre de moment où tu te dis « je suis vraiment ailleurs ». J'ai loué un scooter Bajaj chez Mohan Rental (dépôt de caution 2000 roupies, soit 24 euros) pour explorer les villages autour. La route était défoncée. Le scooter faisait un bruit de cafetière le matin, mais il m'a mené à Ramnagar fort, l'ancien palais royal, presque désert. Un homme y vendait du thé à 20 roupies la tasse. Je l'ai acheté trois jours de suite. À Varanasi, le moment qui m'a vraiment marqué : une nuit, j'ai assisté à une cérémonie d'incinération au ghat principal. Je n'avais pas prévu d'y aller. C'est brutal, cru. Le feu qui crépite, l'odeur que tu ne peux pas nommer (c'est de la mort, techniquement), les hymnes des prêtres. Je me suis senti voyeur et respectueux en même temps, ce qui m'a mal à l'aise. Un homme m'a regardé et a hoché la tête, comme s'il comprenait mon malaise. L'arnaques classiques : deux vendeurs de cartes postales m'ont suivi pendant une heure en disant « spécial prix pour ami ». L'une m'a crié qu'elle était enceinte pour que je l'achète. J'ai décliné, bien sûr. Une autre fois, un « guide touristique » (sans licence) m'a proposé une visite du ghat au coucher du soleil pour « seulement 1200 roupies ». Je me suis renseigné : le prix normal était 400. Je suis allé seul. Le Café Coffee Day à Godowlia était mon refuge l'après-midi. Cappuccino correct, 180 roupies, climatisation glaciale. J'y ai lu, échangé avec d'autres voyageurs français. C'est là qu'on m'a mise en garde contre le ghat où les « sadhu » se battent pour les photos (vrai : j'ai vu une altercation).
Les bons plans repérés sur place.
Bateau privé au lever du soleil avec Rajesh depuis le ghat Dashashwamedh (800 roupies, partir avant 5 h)
Aloo gobi sans enseigne près du marché aux épices (vrai goût maison, 150 roupies)
Ramnagar fort à scooter (route défoncée mais vaut le coup, aucun groupe de touristes)
Cérémonie au main ghat (ne pas photographier, arriver juste avant le coucher du soleil)
Lassi salé du Ganges View Hotel, chambre 304 (à l'aube, avec la vue sur l'eau)
Et au final.
Varanasi m'a déstabilisé et fasciné à parts égales. C'est bruyant, souvent dégueulasse, les gens te harcèlent pour vendre. Mais il y a quelque chose qui colle à la peau. Je repartirais, mais avec moins de naïveté, et plus d'argent en petites coupures.







