Comment ça s'est passé.
On a débarqué à La Havane le 14 mars en fin d'après-midi par Cubana de Aviación, et franchement, le premier choc c'est l'odeur : mélange de diesel, de climatisation qui crache dans la rue et d'eau stagnante près du Malecón. Pas exactement une odeur romantique, mais c'est ça qu'on respire dès qu'on pose le pied. On s'est retrouvés dans un taxi Lada jaune (immatriculée de 1987, je pense) qui nous a emmenés à l'hôtel Meliá Cohiba, chambre 704, vue sur la mer mais pas de climatisation fiable. Trois jours à attendre la connexion aux bus Viazul pour Trinidad, qui coûte 25 CUC l'aller, trajet de 4h30 depuis la gare de La Havane. Trinidad elle-même, c'est une petite ville gelée dans les années 1950. On s'est logés à la Casa Particular La Bodeguita del Medio (oui, le même nom que le bar à Hemingway), rue Maceo número 103, tenue par Rosa María et son fils Carlos qui préparaient des ropa vieja chaque midi. Le plat : 8 CUC avec du riz et des frijoles noirs. Les murs sont rose bonbon, il y a des fissures partout, et honnêtement, les carreaux du sol de la chambre ressemblaient à un Tetris détruit. Mais c'était 35 CUC la nuit, et Rosa María s'était levée à 5h chaque matin pour faire le café. Les ruines de la ValléeLe point fort : la Vallée de los Ingenios, à 12 km de Trinidad. On a pris une jeep locale (chauffeur Miguel, 40 CUC pour la journée entière). La sucrerie Manaca-Iznaga nous a laissés de marbre, et je pèse mes mots : on a grimpé les 144 marches de la tour de surveillance en sueur (température de 38°C à midi), et le guide racontait sans enthousiasme comment les propriétaires españoles surveillaient les esclaves des plantations. C'était pas une visite agréable, mais nécessaire. Au sommet, tu vois les champs qui s'étalent, les ruines des murs de pierre, les fondations des bâtiments de traitement : zéro végétation romantique, du béton écorché et des murs éventrés. Moment catastrophe : Miguel nous a dit qu'on pouvait visiter la Bodega de La Vieja Casa en libre accès. C'était un piège à touristes. Un mec nous a collé 15 CUC pour une visite qui durrait 10 minutes, sans explications sincères. On a payé. C'est ça, Cuba : tu peux te faire avoir même avec un guide local. Playa Ancon et la réalitéLa plage d'Ancon, celle qu'on nous vantait depuis Nantes, c'est juste du sable blanc avec des rochers noirs en bordure et des hôtels tout-inclus fermés. On a mangé au petit resto Clandestina, une crevette à l'ail (camarones ajillo) pour 12 CUC, servis dans une portion ridicule. Le goût était bon, sec, poivré, mais tu aurais eu faim deux heures après. En fin d'après-midi, on a senti le goût du sel dans chaque souffle d'air. C'était la seule part bonne : cet air-là, cette sensation. Le retour à La Havane en Viazul le 27 mars : retard d'une heure. Le bus était bondé. On avait des billets, mais trois femmes sans réservation se sont levées et ont réclamé leurs places. Elles les ont eues. Voilà. Aucune logique apparente, juste une question de qui crie le plus fort. Ce qu'il faut emporterDes dollars américains en espèces (les cartes Visa ne passent partout que si tu croises les doigts)Une batterie externe (coupures d'électricité récurrentes)De la crème solaire forte (38°C à 40°C mi-avril)Une patience inépuisable pour les bureaucraties locales
Les bons plans repérés sur place.
Manaca-Iznaga : tour de surveillance de 144 marches avec vue sur toute la vallée des plantations, 3 CUC l'entrée
Rosa María et sa Casa Particular rue Maceo : ropa vieja à 8 CUC avec vrai café cubain fait à l'ancienne
Playa Ancon au coucher du soleil vers 18h : sable blanc mais peu fréquenté, eau à 28°C
Viazul bus n°7 : Havane-Trinidad en 4h30, réservation obligatoire 48h avant au terminal de la Calle 26
Clandestina restaurant : camarones ajillo 12 CUC, petite portion mais goût de la mer vrai
Photos — Trinidad
Et au final.
Trinidad mérite le détour pour son urbanisme colonial qui ne dépareille pas, et la Vallée de los Ingenios force vraiment à affronter l'histoire du sucre et des esclaves, pas juste à la lire. Les gens sont gentils, mais c'est un pays fragile avec des pénuries réelles. On n'a pas trouvé du lait pendant trois jours, et les routes sont un cauchemar pour circuler en voiture de location. Je recommande, mais sans illusions.








