Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à l'aéroport José Martí de La Havane un mercredi matin vers 7h30, après un vol Air Europa de 8h45 depuis Paris. La première chose qui m'a frappé en sortant du taxi collectivo (5 CUP par personne, soit moins d'un euro), c'était l'odeur : mélange de diesel des vieilles Chevrolet de 1957 et de fleurs de jasmin quelque part dans les ruelles de Centro Habana. Nous avons logé à la Casa Particular El Jardín del Príncipe, dans le quartier de Vedado, chez Margarita, une grand-mère qui louait deux chambres avec petit-déj. 45 CUC par nuit (environ 40 euros), c'était correct pour La Havane. Le premier matin, levés à 5h30 pour voir le soleil se lever sur le Malecón depuis notre balcon. Les vagues frappaient le mur avec un bruit sourd régulier ; la brise sentait le sel et la rouille des anciens réverbères. La Havane : beauté décatie et galère administrativeNous avons passé quatre jours en centre-ville. La Catedral de San Cristóbal, dans La Habana Vieja, valait vraiment le coup. L'intérieur était paisible, frais (climatisé, rare à Cuba), les murs baroques jaune pâle encore impressionnants malgré les taches d'humidité. Entrée gratuite. À côté, la Plaza de la Catedral grouillait de touristes et de dessinateurs ambulants ; un vieux monsieur nous a proposé un portrait au charbon pour 15 CUC. Refusé poliment, mais j'ai regretté. Le restaurant El Floridita, fameuse adresse où Hemingway venait boire des mojitos, nous a déçus : 8 CUC pour un cocktail médiocre (le rhum cubain n'était pas bon, verdict d'un ami qui s'y connaît), service lent, ambiance de piège à touristes. Nous avons préféré la petite cafétéria Casa del Café, 50 mètres plus loin, où un café crème coûtait 1,50 CUC et où on voyait des Cubains qui discutaient vraiment. Galère concrète : nous avons voulu prendre un bus municipal (numéroté 6, direction La Playa) au départ de la Estación Central. File de 40 personnes. Le bus n'est jamais venu. Un homme nous a expliqué en espagnol rapide que le chauffeur avait un pneu crevé ; personne ne semblait stressé. Nous avons attendu 45 minutes avant de renoncer et de prendre un taxi particulier (15 CUC, arnaque touristique avoue-je, mais on était en retard). Trinidad : le voyage dans le temps qui scintilleNous avons pris une casa particular qui proposait le transfert : Viazul, compagnie privée, bus confortable (20 CUC par trajet, 3h30 en route de La Havane vers Trinidad). Le paysage a basculé : routes de campagne, champs de canne à sucre roux sous le soleil de 14h, petits villages aux maisons pastel. Trinidad, c'est une bourgade coloniale gelée au XIXe siècle. Vraiment. Nous avions loué une chambre chez Rosa María, Plaza Mayor 25 (impossible à noter, juste « la maison bleu ciel près du musée »), 35 CUC. La Plaza Mayor était le cœur vivant : des enfants jouaient au baseball avec un bâton de fortune, des vendeurs ambulants proposaient des glaces (1,50 CUC la portion dans un gobelet carton). Nous avons mangé au Restaurant la Botija : ropa vieja (bœuf effiloché), riz blanc, haricots noirs, plantains frits, un verre de rhum local = 12 CUC. Les arômes du restaurant – ail, épices, l'huile qui crépite des plantains – restent présents. Moment marquant positif : le soir du 10e jour, nous étions assis sur les marches de l'Iglesia de la Santísima Trinidad au coucher du soleil. Un groupe de musiciens amateurs s'est formé avec des instruments bricolés : guitare vraie, guiro (courge évidée), quelque chose qui ressemblait à des castagnettes. Ils jouaient du son cubain sans public, juste pour eux. Nous les avons écoutés 30 minutes. Gratuit. Un des musiciens, Carlos, nous a parlé une demi-heure en anglais basique : il gagnait sa vie en tant que guide touristique mais jouait chaque soir, « parce que c'est comme respirer ». Nous avons visité la Vallée de los Ingenios (vestige de plantations de sucre du XVIIIe) : une excursion en bus touristique (20 CUC par personne) depuis Trinidad. La Torre Manaca-Iznaga, tour de surveillance de 45 mètres, offrait une vue sur les collines. Humidité oppressante, 32°C, nous avons transpiré à travers nos t-shirts en 15 minutes. Petits détails qui restentL'eau courante était intermittente (3 jours sans eau à Trinidad, le matin du 11e jour : galère concrète numéro 2). Internet était lent partout, sauf chez des cybercafés officiels (2 CUC l'heure, vitesse Adsl 2005). Nous avons acheté de l'huile solaire à la pharmacia locale : marque cubaine inconnue, 8 CUC, parfum chimique très sucré. Ça a brûlé plutôt que de protéger.
Les bons plans repérés sur place.
Casa Particular El Jardín del Príncipe (Vedado) : petit-déj fait maison, Margarita qui raconte l'histoire de chaque coin du quartier
La Botija (Trinidad, Plaza Mayor) : ropa vieja exceptionnelle, les plantains frits croustillants, ambiance locale
Sunset à l'Iglesia de la Santísima Trinidad avec les musiciens de Carlos : gratuit, inoubliable
Viazul bus vers Trinidad : confortable, paysage de canne à sucre en arrière-plan, 3h30 de vraie pause
Malecón de La Havane au lever du soleil : seul avec les vagues et les pêcheurs, avant la foule
Photos — La Havane et Trinidad
Et au final.
Cuba nous a marqués : les gens sont généreux, la musique est partout, les voitures anciennes sont un spectacle en soi. Mais c'est un pays en difficulté économique véritable, et l'infrastructure touristique demande une certaine flexibilité. Il faut accepter les pannes, les files d'attente, les prix gonflés pour les touristes. Si on lâche prise sur le confort occidental, on trouve quelque chose d'authentique.
