Comment ça s'est passé.
Arrivée à l'aéroport Piarco le matin à 7h30, après un vol Caribbean Airlines depuis Montréal. L'air chaud et humide m'a frappée dès la sortie du terminal – une moiteur collante, chargée d'odeur de diesel et de végétation. Taxi jusqu'à Port-of-Spain, 40 TT$ (environ 6 euros), chauffeur bavard qui m'a expliqué que le Carnaval était « dans trois semaines seulement » avec une tension dans la voix. Je me suis installée à la guesthouse Tres Palmas, rue Nook Avenue, chambre 12, vue sur la rue animée. Le propriétaire Winston m'a conseillé de rester dans les zones touristiques après 18h – un détail qui m'a mise mal à l'aise, mais qu'il a énoncé sans dramatiser. Le breakfast inclus était très généreux : doubles (pain frit rempli de pois chiches) pour 25 TT$, jus de goyave frais qui coulait dans tous les sens. Les rues de Port-of-Spain et ses contrastes bruts Le centre-ville respire l'énergie chaotique. J'ai passé ma première matinée au marché Woodford Square, en commençant tôt à 6h pour éviter la chaleur. Les vendeurs de roti croustillants et de crevettes épicées braillaient leurs prix – une symphonie sonore intense, étourdissante. J'ai mangé un crevette roti (shrimp roti) pour 45 TT$ (7 euros) ; le vendeur l'a aromatisé avec un mélange d'épices tellement piquant que j'ai dû acheter une eau de coco froide chez la vendeuse d'à côté (15 TT$). Le goût s'attardait, brûlant mon palais pendant une heure. Le National Museum of Trinidad and Tobago, sur Frederick Street, fermait à 16h. J'y suis allée un après-midi et j'ai dû payer 25 TT$ pour un guide très compétent, Desmond, qui connaissait chaque objet par cœur – collections d'outils taïnos, céramiques coloniales, armes de guerre civile locale. L'endroit était glacial, climatisé à outrance, contraste violent avec les 32 degrés Celsius dehors. Mahal's Restaurant et une galère de transport Un soir, j'ai réservé une table chez Mahal's, un restaurant indien réputé sur Maraval Road. Le repas était délicieux – un chicken biryani vapeur et un naan au fromage – mais j'ai attendu 50 minutes après avoir commandé. La raison ? Une coupure d'électricité dans le quartier. Pas de warning. J'ai dû rester à la table, transpirante, fans tournant au ralenti. Les serveurs s'excusaient chaque cinq minutes. Coût : 280 TT$ pour deux plats (42 euros). C'était bon, mais cette attente m'a énervée. Le trajet retour vers Tres Palmas en taxi a été kafkaïen. Je suis montée dans un véhicule partagé (route taxi, système local) sans demander le prix. Le trajet qui devait prendre 20 minutes en a pris 65 à cause d'embouteillages sur la Saddle Road. Le chauffeur écoutait du soca à volume maximum. J'ai payé 35 TT$ au lieu des 20 TT$ attendus. Arnaque ? Malentendu ? Je ne saurai jamais. L'Arima et la forêt J'ai loué une voiture compacte chez Budget (aéroport) pour 120 TT$ par jour et je me suis enfoncée dans la Vallée de l'Arima, à 40 km au sud-est. Arrêt à Asa Wright Nature Centre, une réserve d'oiseaux. Entrée : 60 TT$. Les sentiers étaient collants de pluie, la jungle asphyxiante – odeurs de terre mouillée, de pourriture organique, d'une densité verdoyante qu'on ne respire pas vraiment, on la consomme. Guides locaux compétents qui m'ont montré des colibris, des ara militaires (perroquets énormes), des lézards. Moment marquant : un coucher de soleil vu depuis la terrasse du centre, le soleil rouge sang descendant derrière les montagnes, en silence absolu pendant trois minutes. À Arima ville, j'ai mangé un tchadon bania (soupe créole riche en légumes et viandes) au marché pour 30 TT$ chez une femme sans enseigne. Elle m'a parlé en créole qu'on appelle là-bas le « Nation Language ». Incompréhensible à 100 %, mais elle riait de mon expression perplexe. Mayreau Beach et les plages Une journée ferry Trinidad vers Tobago (2h30, compagnie First Caribbean Shipping, 150 TT$ l'aller simple). À Scarborough, capitale de Tobago, j'ai pris une pirogue avec un skipper nommé Ravi pour accéder à Mayreau Beach – plage isolée, cristalline. Le trajet a été merveilleux, le retour bousculé par une averse en fin d'après-midi qui m'a trempée. Ravi a négocié un prix global de 400 TT$ (60 euros) pour la journée entière. La plage elle-même était presque vide, sable blanc tiède, eau à 28 degrés, agréable mais l'eau était assez boueuse à cause de la saison des pluies. Nourriture locale chère : un repas simple de poisson grillé + riz + salade coûte 150-200 TT$ (22-30 euros) au restaurant. Transport peu fiable : les horaires de bus et route taxis s'inventent au jour le jour. Criminalité réelle mais exagérée dans les guides touristiques : j'ai marché sans peur le jour, évité les quartiers sud après le coucher du soleil, et rien ne s'est passé.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Woodford Square, Port-of-Spain le matin (6h-8h) : nourriture de rue pas chère et atmosphère dense
Asa Wright Nature Centre dans la Vallée de l'Arima : réserve d'oiseaux avec terrasse panoramique et sentiers en jungle
Mahal's Restaurant, Maraval Road : cuisine indienne de qualité, réserver à l'avance pour éviter les galères d'attente
Plage de Mayreau, accessible en ferry puis pirogue depuis Scarborough (Tobago) : isolée et limpide
National Museum of Trinidad and Tobago : collections coloniales et taïnos, climatisation salvatrice par forte chaleur
Photos — Port-of-Spain, Trinidad
Et au final.
Trinidad et Tobago m'a plu davantage que je ne l'attendais. L'énergie brute de Port-of-Spain, ses contrastes, sa nourriture chaleureuse et cette forêt tropicale qui écrase le corps de chaleur – tout cela m'a marquée. Mais l'infrastructure routière aléatoire, les attentes inattendues (ce vol vers Tobago survendu et déprogrammé) et l'insécurité très réelle après le coucher du soleil tempèrent mon enthousiasme. C'est un pays complexe, pas une île postale pour touristes.








