Comment ça s'est passé.
Arrivée à 14h30 à l'aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince. Le chaos commence avant même de franchir la douane : trois files d'attente, un climatiseur qui rend l'âme, et des uniformes qui demandent des « frais » non officiels. J'ai refusé poliment. L'hôtel Karibe, rue Capois, était ma base pour les trois premiers jours. 85 dollars US la nuit, lit impeccable mais l'eau chaude fonctionne aléatoirement. La réception m'a averti : ne pas sortir seul après 19h dans ce secteur. Le lendemain, j'ai pris un tap-tap (minibus jaune avec des inscriptions bibliques) direction le marché Hypolithe Meyong, à deux km. Le trajet : quarante-cinq minutes pour ce qui aurait dû en prendre dix. Entassement, chaleur moite à 32 degrés, odeur de sueur et d'essence mélangée. Mais c'était vivant. Les femmes vendaient des fruits : mangues à 20 gourdes (0,15 euro), noix de coco pelées à la machette sous tes yeux. J'ai mangé une accra (beignet de morue) pour 50 gourdes chez une vendeuse sans nom — croustillant, sel parfait, goût iodé qu'on retrouve partout à Haïti. Port-au-Prince m'a déçu sur un point : les sites historiques ne sont pas entretenus. Le Palais national, en ruines depuis le séisme de 2010, est juste un mur blanc gardé sans âme. La Cathédrale-Métropole, elle, tient debout mais l'intérieur est vide, déprimant. J'avais lu des articles qui en parlaient comme d'une merveille. Rien de ça. Jeudi, bus privé direction Jacmel avec la compagnie Sunweb (400 gourdes, soit 3 euros). Route sinueuse, quatre heures jusqu'à la côte sud. Le paysage change : montagnes plus vertes, moins de béton. À Jacmel, petit port coloré et vraiment moins agressif que la capitale. L'hôtel Lamadère, une guesthouse de sept chambres, face à la mer. Gérant français, terrasse avec vue sur la baie. 65 dollars, petit-déj inclus. Visite de la plage de Raymond-les-Bains : sable noir, palmiers, eau à 28 degrés. Peu de touristes, beaucoup d'enfants locaux qui jouaient au foot avec des balles dégonflées. Un restaurant de pêcheurs, sur la plage, m'a servi une soupe de poisson (djon djon) pour 150 gourdes — goût de safran, chair tendre, servi avec de l'akasan (boisson à base de maïs) tiède. Parfait. Moment où je comprenais pourquoi Haïti mérite des visites : loin des zones tendues, c'est du calme authentique. Samedi, marché Jacmel en début de matinée, vers 6h. Fruits tropicaux empilés, cris des vendeurs en créole, odeur de poisson et d'épices. J'ai croisé une arnaque classique : un homme m'a proposé une « visite exclusive » de l'île de la Tortue pour 150 dollars. Je me suis renseigné après : le prix normal était 80. Les gens ici connaissent les tarifs touristiques. Retour à Port-au-Prince lundi matin. Le trajet inverse, bus surpeuplé, une panne de 45 minutes à Leogane (problème de carburateur, dit le chauffeur). Pas de climatisation. Trois femmes assises sur un même siège. C'était dur, honnêtement. Mais les gens riaient, chantaient des hymnes en créole, partageaient leur manger. Ambiance simple, sans fioritures. Les repas restent abordables. Dîner au restaurant Quartier Français (Port-au-Prince) : griot (porc mariné) avec sauce, riz blanc, légumes, pour 200 gourdes (1,50 euro). Bière Prestige locale à 75 gourdes. Goût sucré et léger, servie glacée dans une flûte. Départ mercredi matin. L'aéroport, de nouveau, avec ses queues et son manque d'ordre. Mais j'avais compris Haïti. Ce n'est pas un pays où tout fonctionne. Les routes ne sont pas lisses, les institutions ne sont pas fiables, la sécurité demande de la prudence réelle. Cela dit, les gens accueillent avec sincérité. Les paysages côtiers valent le coup. Et manger sur place, c'est bon marché et savoureux.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Hypolithe Meyong (Port-au-Prince) : accras de morue et mangues épluchées à la machette
Plage de Raymond-les-Bains (Jacmel) : eau calme, peu de touristes, restaurants de pêcheurs directs
Tap-tap jaune : expérience de transport local, chaotique mais mémorable
Djon djon chez les pêcheurs (Jacmel) : soupe de poisson avec safran local
Lever à 6h au marché Jacmel : ambiance vraie avant l'arrivée des touristes
Photos — Port-au-Prince / Jacmel
Et au final.
Haïti m'a marqué davantage par ses gens que par ses monuments. Port-au-Prince est fatigant et parfois inquiétant, mais Jacmel et sa région offrent une autre Haïti, plus reposante. J'aurais souhaité plus de clarté sur les zones à éviter et une communication touristique mieux organisée, mais c'est un voyage qu'il faut faire les yeux ouverts, sans attentes romantiques.
