Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Carrasco (aéroport international de Montevideo) un jeudi matin à 7h30, déjà épuisés après 13h de vol depuis Paris avec Air Europa. Première galère : la navette de bus n°5 (ligne ATM) coûtait seulement 35 pesos, mais le chauffeur n'a pas voulu rendre la monnaie sur mes 50 pesos. Bienvenue en Amérique du Sud. Nous avons roulé une heure vers le centre-ville, le long de la Rambla, cette route côtière grise qui longue l'océan Atlantique. L'hôtel Alma Histórica (Calle Piedra 335, Ciudad Vieja) nous attendait. 95 USD la nuit pour une chambre double avec vue sur la baie. Le patron, un type d'une cinquantaine d'années qui parle français, nous a expliqué les bus locaux en prenant un café. Son café était amer, presque noir, servi dans une petite tasse blanche — c'est devenu notre routine matinale, accompagnée d'un medialunas (croissant sucré Uruguay, 2-3 pesos). Montevideo : les pieds dans l'histoire, la tête dans le tangoNous avons commencé par la Calle Sarandí, la vieille ville pédestre. Chaque bâtiment colonial a ses fissures, ses couleurs passées. Ça sentait le café moulu et les gaz d'échappement en même temps. Le marché du Mercado del Puerto, juste à côté, vendait du chopp (bière locale) à 60 pesos le verre, et des brochettes de viande (« chivitos », la spécialité) à 180-220 pesos. Nous avons mangé là vers midi, assis sur des tabourets en bois, en regardant des retraités jouer aux cartes. Le moment marquant : jeudi soir, nous avons loué deux places au Café Tortoni (Avenida 18 de Julio 1391) pour un spectacle de tango « folklorique ». Le spectacle lui-même était survenddu (beaucoup de touristes, peu d'authenticité), mais en sortant, vers 23h, nous avons croisé quatre musiciens dans une ruelle adjacente — guitare, bandonéon, violon — qui jouaient pour eux-mêmes. Pas de touristes. Aucun bruit de voiture. C'est là que nous avons ressenti l'Uruguay. Le Museo Nacional de Historia Natural était fermé un lundi (horaires affichés nulle part). Deuxième galère. En revanche, le Théâtre Solís (Avenida 18 de Julio) restait impressionnant de l'extérieur, même sans billets. Nous y avons bu un cortado (café crème) à 3,5 euros dans un bar miteux à côté. Colonia del Sacramento : la glace et le temps qui s'arrêteMardi matin, 7h50 : nous avons pris le ferry ColoniExpress (terminal port de Montevideo, Rambla 25 de Mayo) vers Colonia. 26 USD par personne, traversée d'une heure. L'eau du Río de la Plata était grise, agitée, et le bateau roulait pas mal. Pas mal de touristes argentins qui prenaient des selfies. Arrivée à 9h. Colonia est un village de 21 000 habitants, suspendu en 1750. Nous avons marché vers la Calle de los Suspiros (rue pavée de galets ronds). Ses façades jaunes et bleues, ses lampadaires d'époque (restaurés), ses petits restaurants. Nous nous sommes installés au Restaurant Álamo (Calle del Comercio 161) : milanesa de ternera (escalope de veau) avec frites pour 320 pesos, très bien. La propriétaire, une femme de 60 ans, nous a parlé 20 minutes du déclin du tourisme en 2024. Nous avons choisi la Posada del Gobernador (Calle 18 de Julio) : 3 nuits pour 280 USD. La chambre avait du froid (chauffage électrique très faible en mai — température extérieure 14°C). J'ai dû utiliser les deux lits pour empiler les couvertures. Le petit-déj inclus : jus d'orange concentré, café instantané, medialunas. Honnêtement décevant. Mais l'accueil du gérant était chaleureux. Mercredi, nous avons loué deux vélos chez Bicicletas Colonia (50 pesos de l'heure) pour explorer les alentours. Route jusqu'à Carmelo (45 km, piste mal marquée, crevaison sur mon vélo à km 20). Un mécanicien dans un petit atelier de fortune à Nueva Helvecia a réparé ça en 45 min pour 150 pesos. Nous avons réalisé que l'Uruguay rural, c'est moins l'aventure et plus l'isolement avec des routes cassées. Retour à Colonia jeudi matin. Nous avons visité le Musée du Carnaval (gratuit) : maquettes de chars en carton, costumes. Le guide (un retraité bénévole) parla trop, trop longtemps. En fin d'après-midi, ferry de retour pour Montevideo. Vendredi, décollage à midi vers Buenos Aires (ce carnet ne couvre que l'Uruguay).
Les bons plans repérés sur place.
Mercado del Puerto à Montevideo : boire une bière à 60 pesos en fin de matinée entouré de locaux, pas de touristes anglophones
Spectacle de tango spontané dans une ruelle adjacente au Café Tortoni, 23h, 4 musiciens, ambiance réelle
Ferry ColoniExpress vers Colonia del Sacramento (26 USD) : trajet d'une heure sur le Río de la Plata, eau grise, Vue sur deux pays
Calle de los Suspiros à Colonia : marcher sur galets ronds entre façades jaunes 18e siècle, restaurant Álamo avec propriétaire bavarde
Location de vélos à Colonia jusqu'à Carmelo : crevaison, réparartion locale à 150 pesos, réalité rurale bien loin des brochures
Photos — Montevideo / Colonia del Sacramento
Et au final.
L'Uruguay nous a donné des moments intenses et de beaux silences. C'est un pays plus lent, moins touristique que ses voisins, et ça change. En revanche, les routes secondaires ne sont pas pratiques, et l'infrastructure touristique reste basique pour les prix pratiqués. Nous repartimos satisfaits, mais réalistes : ce n'était pas du luxe, juste du vrai.
