Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Santiago Mariño de Margarita un mardi à 14h30, et déjà les premiers signes étaient là : files interminables à la douane, distributeurs vides, tension palpable dans l'air climatisé qui sentait le renfermé. L'agent douanier nous a demandé trois fois si nous avions de l'argent en espèces — pas de cartes, m'a-t-il dit avec un sourire fatigué. Notre premier hôtel, le Bella Vista (très bien noté en ligne), avait fermé six mois plus tôt. Nous avons dû nous rabattre sur la Posada Margarita, une petite maison avec piscine vide rue 4 de Mayo à Porlamar, tenue par Rosa, une femme de 60 ans qui nous a cuisiné des empanadas au fromage blanc pour 2,50 euros pièce. Les plages de Margarita m'ont déçu. Playa Caribe était envahie de déchets plastiques, avec une odeur d'algues pourries mêlée à du fuel. Nous avons loué des chaises longues cassées (50 000 bolívares pour la journée) et avons passé un moment à Playa Agua, plus calme, où des pêcheurs locaux nettoyaient leurs filets tout en regardant les touristes avec une indifférence bienveillante. L'eau était tiède, 28°C, mais le ciel gris ne donnait pas envie de rester longtemps. Un repas de poisson grillé au restaurant El Tiburon sur le port de Margarita nous a coûté 4 euros pour deux assiettes — le morceau le plus frais qu'on ait mangé du voyage. La descente à Mérida et le malaise croissantNous avons pris un autobus de la compagnie Expresos Los Andes le jeudi matin à 6h, direction Mérida, 12 heures de route pour 2,20 euros. Le bus était bondé, les vitres cassées, et nous avions un homme qui respirait très fort à côté de nous — une angoisse silencieuse s'installait. Arrivée à Mérida à 18h30. La ville était grise, froide (altitude 1 630 m), avec des bâtiments en parpaings repeints en orange criard. Les rues du centre étaient pratiquement vides après 19h. Nous avons marché jusqu'à l'Hôtel Teleférico (boulevard 23 de Febrero), un bâtiment datant des années 1980 avec une réception fermée la moitié du temps. Le moment difficile : le second jour à Mérida, nous avons voulu visiter le téléphérique vers Pico Espejo, attraction majeure depuis 1960. Fermé. Complètement fermé. Des cadenas rouillés, des graffitis. Une dame nous a expliqué qu'il ne fonctionnait plus depuis 2010. Aucune information en ligne. Nous avons flâné dans la Plaza Bolívar où des groupes de jeunes vendaient des cartes mémoire et des films téléchargés. Une sensation d'abandon, d'infrastructure gelée dans le temps. Moments de vie, cuisines et rencontresMais il y a eu aussi de vraies connexions. Un matin, nous avons pris un café au Bar Fresa, un petit établissement rue 4 avec du café noir servi dans des tasses en émail blanc. L'amertume du café était parfaite, intense, et le serveur nous a parlé 45 minutes de la vie avant et après. La arepa aux fromages qu'on a mangée au marché municipal de Mérida (prix local : 1,50 euros, avec du queso de mano frais qui fondait en bouche). Les enfants qui nous ont approchés pour essayer de vendre des bracelets et qui, quand on les a refusés poliment, ont commencé à nous faire des blagues en español. À Margarita, l'expérience la plus positive : une excursion en bateau vers Los Roques avec un pêcheur local, Javier, qui connaissait chaque rocher, chaque poisson par son nom de rue. Pour 20 euros, nous avons eu trois heures seul avec lui, snorkeling entre les formations géologiques orangées, silence absolu sauf le clapotis de l'eau. Javier fumait des cigarettes sans filtre qui sentaient fort, parlait en marmonnant, mais sa passion était contagieuse. Nourriture : arepa con queso, empanadas, bandeja de arepas à Porlamar (marché central)Transport : chaos constant, retards systématiques, pénurie d'essence intermittenteSécurité : tension palpable la nuit, évitement automatique de certaines zonesLe bilan final : nous avions espéré une destination caribéenne relaxante. Nous avons trouvé un pays en profonde transformation, avec des ressources naturelles remarquables mais une infrastructure effondrée, des gens très gentils mais marqués par l'incertitude. Aucun regret du voyage, mais la conscience que nous visitons une nation figée dans une transition douloureuse.
Les bons plans repérés sur place.
Playa Agua sur Margarita : petite crique avec pêcheurs locaux, calmer la journée
Café au Bar Fresa, Mérida (boulevard 4) : excellent café noir, personnel bavard, 1,20 euro
Excursion bateau Los Roques avec Javier : snorkeling privé, 20 euros, trois heures seul
Marché municipal de Mérida : arepa fraîche avec queso de mano, observer la vie locale
Téléphérique de Mérida (fermé) : monument à la stagnation, paysage depuis la base toujours spectaculaire
Photos — Isla de Margarita / Mérida
Et au final.
Le Venezuela nous a offert des rencontres authentiques et des paysages bruts — les Andes, les eaux turquoises de Margarita — mais aussi une expérience marquée par l'absence (hôtels fermés, téléphérique arrêté, pénuries discrètes). Nous avons aimé, mais c'était compliqué. Ne pas venir sans préparation sérieuse et humilité.
