Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport de Mérida Juan Manuel Díaz Rangel un mardi matin vers 7 h 30, après un vol de Caracas de deux heures avec Avior Airlines, j'ai d'abord senti cette odeur caractéristique de pin et d'humidité montagnarde. Même en descendant de l'avion, avant même de franchir la douane, on la respirait. Mérida est à 1 630 mètres d'altitude, et ça change tout. Je m'étais réservé une chambre à l'hôtel Chama, rue 24, face au parc Metropolitano. Vieux bâtiment colonial repeint en jaune, toilettes qui fonctionnaient une fois sur deux, mais le propriétaire, un homme d'une soixantaine d'années nommé Rafael, m'a donné des tuyaux précieux. Il m'a averti tout de suite : «Les distributeurs ne fonctionnent plus. Il faut retirer l'argent avant.» J'aurais dû l'écouter plus tôt. Le premier jour, je me suis retrouvé sans bolivares liquides, mon compte bloqué par les restrictions du gouvernement. Trois heures à appeler ma banque, galère. La première visite qui s'impose : le téléphérique de Mérida, la Teleférico. C'est la plus haute remontée mécanique du monde, 4 765 mètres d'altitude, paraît-il. On part de la Plaza Las Heroínas, au pied de la montagne. Billet d'aller-retour : 160 000 bolivares en décembre 2023, soit environ 2,50 euros au taux du marché noir. Surréaliste. Mais j'ai appris que les tarifs officiels et les vrais tarifs, c'était deux univers parallèles. Le trajet dure deux heures, avec quatre stations intermédiaires. Arrivé au sommet, Espejo de Mérida, la température a chuté de 18 degrés. Veste devenue indispensable. La vue sur les vallées andines ? Nuageuse. Complètement prise par les brumes. J'ai attendu une heure, rien. C'est ça aussi, le Venezuela : les promesses de paysages qu'on ne voit pas. Pour manger, j'ai découvert le merengue au Mercado Principal. Merveilleux pain local fourreau à la noix de coco râpée, vendu par une dame, Doña Mariela, debout derrière un petit étab depuis 6 h du matin jusqu'à midi. 8 000 bolivares pièce. J'en ai acheté deux jours de suite. Le goût sucré, légèrement salé, c'était la saveur centrale de mon séjour. Au restaurant El Obispo, rue 3 entre 21 et 22, j'ai mangé une truite locale à la plancha avec du riz et des plantains pour 120 000 bolivares. Portion énorme. Le serveur, jovial, m'a dit qu'ils recevaient un menu du gouvernement pour plafonnner les prix, mais que tout coûtait double en réalité. Le moment qui m'a vraiment marqué, c'était une nuit au village de Los Nevados. À 4 000 mètres. Petit refuge affilié à la Asociación Andina. J'y suis allé avec un guide du coin, Carlos, que j'ai trouvé via Rafael. Nuit glacée. Thermomètre sous zéro. Et à minuit, Carlos m'a montré Canopus se lever à l'horizon sud. Je n'avais jamais vu une étoile aussi lumineuse, aussi proche. Il m'a dit : «Ici, pas de électricité, pas de pollution lumineuse. C'est pour ça que les gens restent.» On a parlé trois heures, assis dehors avec du café à la braise, son haleine gélée dans la lumière de sa lampe frontale. Il m'a raconté que sa mère avait quitté pour la Colombie trois ans plus tôt. J'ai visité aussi le Jardín Botánico, entrée 50 000 bolivares. Musée petit, un peu en délabrement, mais un hectare de plantes vraiment unique. Un oasis vert au milieu de la crasse du centre-ville. Puis Los Aleros de Mérida, village artisanal à 10 kilomètres au sud, où j'ai regardé des femmes tisser à la main des ponchos de laine selon des motifs indiens. Une pièce se vend 200 euros, même ici. Inabordable pour la plupart des locaux. Le transport ? Bus locaux Unibus, numéro 8 depuis la Plaza Las Heroínas jusqu'à la gare routière. Cahoteux, bruyant, 3 000 bolivares. J'ai pris un autocar Rodovia pour Trujillo, trois heures de route montagne. Chauffeur qui roulait à une seule main, l'autre tenant un téléphone collé à l'oreille. Classique. L'insécurité n'a pas posé de problème direct, mais une tension permanente. On me disait à chaque coin de rue : «Ne sors pas le soir après 20 h.» Du coup, ma vraie vie s'arrêtait à 19 h 30. Frustrant pour un voyageur.
Les bons plans repérés sur place.
Télérico de Mérida, station Espejo à 4 765 m d'altitude, coucher de soleil quand les nuages permettent
Doña Mariela au Mercado Principal : merengue à la noix de coco, 8 000 bolivares, 6 h-midi
Refuge Los Nevados, nuit glacée à 4 000 m, guide Carlos, 0° la nuit
Restaurant El Obispo rue 3 : truite locale à la plancha, 120 000 bolivares
Jardín Botánico, hectare de flore endémique, 50 000 bolivares l'entrée
Photos — Mérida
Et au final.
Mérida m'a offert des instants bruts, loin des circuits touristiques. Le téléphérique ne livre pas ses promesses, les pénuries rendent chaque détail d'organisation compliqué, et l'économie en ruine se voit partout. Mais les gens restent incroyablement doux, et cette nuit aux Nevados m'a rappelé pourquoi les montagnes valent le détour.








