Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport Imam Khomeini d'Ispahan vers 14h30 après un vol Iran Air depuis Téhéran (1h15, 89 euros), j'ai pris un taxi blanc collectif jusqu'à la place Naqsh-e Jahan. Le chauffeur, Reza, m'a déposé devant l'hôtel Abbasi à 15h45 pour 180 000 tomans (environ 4,50 euros). La réception parlait un anglais approximatif ; j'ai dû répéter ma réservation trois fois avant qu'ils trouvent mon nom dans le registre. Première galère : le wifi ne fonctionnait que depuis le hall, pas en chambre. Les premiers pas sur la place Naqsh-e Jahan m'ont frappé par l'odeur de brochettes grillées (kébab koobideh) qui traînait partout, mêlée aux gaz d'échappement des motos. J'ai commandé un plateau au restaurant Yas, en face de la mosquée de l'Imam, pour 350 000 tomans (8,70 euros) : riz safran, poulet farci aux pruneaux, pain lavash encore tiède. Le midi, la place était presque vide ; les locaux se cachaient sous les arcades pour éviter le soleil d'octobre qui cognait dur à 32°C. Vers 16h30, une foule d'étudiants en uniforme a envahi les jardins, riant et prenant des selfies. Mosquées et souks : le cœur difficile d'IspahanJ'ai passé deux jours entiers à explorer la mosquée de l'Imam (Masjed-e Imam). L'intérieur m'a figé : le silence sous le dôme turquoise, interrompu seulement par le son d'une jeune fille qui murmurait une prière. La acoustique rendait chaque bruit intime, almost gênant. Les carreaux bleus et turquoise captaient la lumière de fin d'après-midi de façon presque insoutenable. Entrée : gratuite, donation suggérée 50 000 tomans (1,25 euro). Photos interdites à l'intérieur, mon téléphone a été confisqué à l'entrée et je l'ai récupéré à la sortie. Le bazar de Qaisariyeh, collé à la place, s'est avéré un dédale étouffant. J'y suis entré vers 9h du matin, espérant éviter la foule. Erreur. Les vendeurs de tapis m'ont interpellé toutes les deux secondes : « Welcome, welcome, come here! » J'ai dû refuser poliment une trentaine de fois. L'air était saturé d'odeur de cardamome, de cuir brut et de sueur. Après trois heures, j'avais un mal de crâne légère et j'ai acheté un verre de dugh (yaourt salé pétillant) auprès d'un vendeur pour 20 000 tomans (0,50 euro) juste pour respirer différemment. Les ponts et le Zayandeh RudLe pont Si-o-Seh Pol (le pont des 33 arches) était mon endroit refuge. Je m'y suis assis chaque fin d'après-midi vers 17h. L'eau du Zayandeh Rud était basse, presque marron, mais sous l'arche centrale l'air était frais et le bruit de l'eau s'amplifiait bizarrement. Des enfants jouaient au football sur les rives, leurs cris résonnaient sous les arches. Le pont Khaju, plus au sud, m'a déçu : trop touristique, trop de groupes organisés avec des drapeaux de couleur, trop de vendeurs de pistaches et de gâteaux. J'ai loué un vélo auprès du propriétaire du chai-khane Azadi pour une journée (80 000 tomans, soit 2 euros). Pas d'antivol : j'ai laissé mon passeport en garantie. Le vélo avait des freins capricieux et j'ai dû descendre à pied sur un pont trop étroit. En pédalant le long des berges, j'ai croisé une femme âgée qui me vendait des cerises rouges depuis un petit panier. Je lui en ai acheté un kilo pour 100 000 tomans (2,50 euros). Elles étaient bonnes mais très acides. Villages et églises arméniennesUne journée entière à Vank, le quartier arménien. J'y suis allé en minibus de la ligne 7 depuis la place Naqsh-e Jahan (15 000 tomans, 0,37 euro, trajet 45 minutes). L'église Vank se trouvait au bout d'une petite ruelle pavée. L'intérieur était étonnamment vibrant : murs rouge-ocre, dorures partout, bas-reliefs en pierre détaillant des scènes bibliques. Une guide locale, Anahit, m'a expliqué l'histoire pendant 30 minutes et m'a demandé 200 000 tomans à la fin (5 euros). Je n'étais pas sûr si c'était trop ou pas assez. Retour galère : le minibus était complet, j'ai attendu 45 minutes sur le parking que le chauffeur fasse le plein d'essence. La file au poste était chaotique, les gens se bousculaient sans ordre. Moment marquant pendant l'attente : un vieil homme m'a proposé du thé chaud depuis sa petite échoppe, pour rien. On n'a pas parlé la même langue mais il a souri et s'est éloigné. Nourriture et cafésJ'ai mangé des fesenjan (ragoût de grenade-poulet) au restaurant Khansalar presque chaque midi : 450 000 tomans (11 euros) pour un repas complet. Le goût aigre de la grenade et le caractère riche de la noix concassée me rappelaient mes errances culinaires en Turquie, mais plus subtil ici. Le thé sucré était servi dans de petits verres sans poignée ; j'ai brûlé mes doigts la première fois. Les cafés modernes comme Café Naderi (rue Chaharbaghes) offraient un contraste : cappuccinos corrects (80 000 tomans, 2 euros), wifi fiable, des jeunes sur leurs laptops. En revanche, les toilettes étaient à l'iranienne, ce qui prenait du temps à s'adapter. Bilan de mes 12 joursJe repars avec les jambes fatiguées, l'esprit encombré d'images de carreaux bleus et les oreilles encore pleines d'appels à la prière. Les gens m'ont montré une gentillesse désarmante, même quand je me trompais de minibus ou quand je prononçais mal les noms.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée de l'Imam dès 6h du matin (avant 9h) : lumière rose sur les carreaux, presque pas de touristes, acoustique vertigineuse
Pont Si-o-Seh Pol en fin d'après-midi vers 17h-18h : s'asseoir sous une arche avec un verre de dugh acheté à un vendeur local
Bazar de Qaisariyeh tôt le matin (8h) plutôt que midi : moins dense, vendeurs plus détendus, achat de pâtisseries namak (sucré-salé)
Restaurant Khansalar pour le fesenjan : demander une table au fond, loin du bruit de la rue Chaharbaghes
Vank et son église arménienne : entrée gratuite, mais embaucher une guide locale parlant farsi et arménien pour vraiment comprendre
Photos — Ispahan (Esfahan)
Photos — Ispahan (Esfahan)
Et au final.
Ispahan m'a marqué par son silence contrasté avec le chaos urbain. Moins séduisant : la bureaucratie (demander des permissions pour prendre des photos, escroqueries subtiles des chauffeurs de taxi), l'air pollué par les motos, et une certaine fatigue émotionnelle à devoir toujours naviguer des malentendus culturels. J'y retournerais, mais pas immédiatement.








