Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Ilulissat le 3 janvier à 14h30, après un vol SAS de Copenhague via Kangerlussuaq. L'aéroport est minuscule, juste une piste de gravier avec un bâtiment blanc. La température affichait -18°C. J'ai senti l'air glacé s'engouffrer dans mes poumons à la première respiration, sec et presque douloureusement froid. Notre hôtel, le Hotel Icefiord, se dresse face au fjord gelé. Chambre 207, vue directe sur les icebergs qui flottent lentement. 1850 DKK la nuit, petit-déjeuner compris (café chaud, pain d'orge, saumon fumé). Le premier jour, nous avons marché jusqu'au port. Les maisons colorées (rouges, jaunes, vertes) contrastaient bizarrement avec le blanc partout. Un enfant cria « Hallooo ! » en nous croisant, c'était une joie simple, étrangement émouvante dans ce silence quasi total. Nous avons mangé au restaurant Café Nirvana : soupe de morue avec pain de seigle, 145 DKK. Les poêles à bois crépitaient dans les coins. Le propriétaire, Malik, nous a prévenu : pas de bus public à Ilulissat, seulement des taxis (200 DKK pour l'aéroport, négociable). Il a aussi mentionné que la route vers Qasigiannguit était fermée, qu'il n'y avait aucun moyen d'y aller en janvier sans bateau privé. Les auroresNous avons loué des lampes frontales chez Arctic Bedside (50 DKK par jour) et nous levions entre 22h et 2h du matin. Le 5 janvier, vers minuit, les aurores se sont manifestées. Pas la grosse explosion verte qu'on imagine. D'abord un reflet gris-blanc sur l'horizon nord, puis une légère vibration vert pâle qui s'étirait. Nous étions seuls sur la route côtière, juste la neige qui crissait sous nos bottes. Le son du fjord gelé qui craque la nuit (expansion thermique) était étrange, presque menaçant. Le silence après, c'était du silence solide, pas juste l'absence de bruit. Les aurores n'ont jamais explosé vraiment pendant notre séjour. Elles ont dansé trois nuits de façon timide. J'avais fantasmé sur des rideaux verts qui couvraient le ciel. La réalité était plus subtile, plus froide, moins cinématographique. C'était honnêtement décevant par moments. Galère logistique et glacierLe 6 janvier, nous avions réservé une excursion en traîneau à chiens avec Tasiilaq Dogs (1200 DKK par personne, 4 heures). Le guide, Niels, ne s'est pas montré à 9h. Nous avons attendu au port 45 minutes. Un SMS en danois arriva : « car problem ». Il arriva finalement à 9h45 avec un pick-up Toyota rouillé. Le trajet jusqu'aux chiens prit 30 minutes. Le goût du froid dans la bouche, la sensation que les lèvres gelaient. Nous avons couru six kilomètres sur le plateau glacé du Sermersuaq. Les chiens hurlaient à chaque changement de direction. C'était primal, violent, magnifique et épuisant. Le 7 janvier, nous avons pris un bateau pour le glacier Sermerssuaq avec Arctic Guides. Départ 10h depuis le quai principal (vous ne pouvez pas le rater, c'est le seul). 15 minutes de navigation. Le glacier s'approchait, énorme, blanc-bleu. L'odeur du diesel se mêlait au froid. Le bateau s'est arrêté à 500 mètres. On voyait les séracs, les crevasses, les tons bleu cobalt des zones où la glace est extrêmement dense. Un énorme bloc s'est détaché pendant que nous étions là (vêlage glaciaire). Le bruit était sec, explosif, suivi d'un écho. Notre capitaine a dit « normal, très normal ». La routine du froidLes jours se ressemblaient. Levé à 5h45. Café à l'hôtel. Sortie à 6h. Marche jusqu'à 10h. Lunch au Café Nirvana ou au Restaurant Ataata (crevettes groenlandaises rôties, 165 DKK). Après-midi, classement de photos ou sieste. Dîner au restaurant de l'hôtel (filet de halibut, moutarde de miel, 320 DKK). Coucher avant 19h. Pas d'électricité ne manquait pas, juste une forme de léthargie qui s'installait. Le froid drainait l'énergie, même en restant assis. Nous avions apporté des vêtements appropriés, mais après le 5e jour, la monotonie commençait à peser. Ilulissat n'est pas un endroit où on flâne. Les rues sont glacées. Les magasins ferment tôt. Les gens sont polis mais distants. Un jour, nous avons essayé de visiter le musée de Knud Rasmussen (horaire officiel : 14h-17h). Il était fermé à 14h30. Personne pour expliquer pourquoi. DépartLe 11 janvier, vol SAS retour à 16h30. L'aéroport était vide. Une femme qatarie attendait aussi, seule. Nous n'avons jamais compris pourquoi elle était venue en janvier à Ilulissat. Peut-être la même raison que nous : vérifier que le bout du monde existe.
Les bons plans repérés sur place.
Glacier Sermerssuaq : bateau 10h au départ du quai principal, bloc de glace qui se détache, son explosif inoubliable
Hotel Icefiord, chambre côté fjord : vue directe sur les icebergs qui dérivent lentement la nuit
Traîneau à chiens avec Tasiilaq Dogs : 6 km sur le plateau du Sermersuaq, sensations primales et épuisantes
Aurores boréales discrètes : 22h-2h du matin, lampes frontales d'Arctic Bedside, vert pâle et silence glacial
Café Nirvana : soupe de morue chaude, poêle à bois qui crépite, propriétaire Malik qui prévient les pièges touristiques
Photos — Ilulissat
Et au final.
Ilulissat nous a donné du froid, des aurores mineures, un silence profond, et neuf jours sans vraie commodité. C'était difficile, exigeant, par moment ennuyeux. Mais nous n'oublions pas l'intensité du moment où le glacier craquait, ou ce enfant qui criait joyeusement en danois sous -18°C. Je ne suis pas sûr que j'y retournerais, mais d'avoir respiré cet air, d'avoir écouté ce silence, ça change quelque chose.








