Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport José Martí de La Havane un mardi à 14 h, j'ai tout de suite senti cette odeur de diesel mélangée à celle des fleurs de frangipanier qui s'échappe des jardins des vieilles maisons. Le taxi bleu à demi-asphyxiant jusqu'à l'hôtel Saratoga (calle Paseo de Martí, Habana Vieja) m'a coûté 25 euros, ce qui m'a semblé correct pour 8 km. Les trois premiers jours, j'ai exploré Habana Vieja à pied. La cathédrale construite au XVIIe siècle, avec sa façade en tuf jaune qui s'écaille, est moins impressionnante de près qu'on ne l'imagine. J'ai déjeuné au restaurant La Floridita (où Hemingway venait boire des daiquiris) : 18 euros pour un mojito médiocre servi tiède et un sandwich cubain (pan con lechón) correctement juteux mais salé. Le rhum Havana Club 7 años, lui, m'a vraiment plu : j'en ai ramené deux bouteilles. Le moment le plus marquant a été une panne d'électricité le mercredi soir vers 19 h dans tout le quartier. Coincé au troisième étage de mon hôtel, je me suis retrouvé à discuter avec le veilleur de nuit qui m'a raconté des histoires de la Révolution en fumant un cigare roulé main. Cet homme avait 67 ans, travaillait depuis 1985, et gagnait moins qu'un serveur touristique. Son regard quand il m'a dit « tu as de la chance d'être né ailleurs » m'a dérangé longtemps après. Je me suis ensuite dirigé vers Trinidad en prenant le bus Viazul (départ gare Central, calle Aguilera) à 6 h 30 du matin le jeudi. Le trajet de 4 heures coûte 25 euros. Le bus lui-même était confortable, climatisé, avec des sièges assez larges. À Trinidad, j'ai logé à la casa particular « Colonial Dreams » (rue Simón Bolívar, deuxième étage, 35 euros la nuit). La propriétaire, Carmen, cuisinait des repas copieux : ropa vieja, tostones, salade de tomates locales acides qui crissaient sous les dents. Les assiettes débordaient. Trinidad m'a déçu partiellement. Oui, les façades colorées et les toits en tuile rouge existent, mais la Plaza Mayor est envahie de vendeurs de « coquillages » en plastique. Un gamin de 10 ans a tenté de me vendre du « tabac de qualité » en discrétion. La plage la plus proche, Playa Ancón, à 12 km, nécessitait un taxi à 20 euros aller. L'eau était chaude (environ 28 °C) mais terne, remplie de sargasses. J'ai visité le musée de la Lutte contre les Bandits (museo de la Lucha Contra Bandidos) : un musée de propagande classique, ambiance froide, deux salles, 2 euros l'entrée. En revanche, grimper au clocher de l'Iglesia Mayor de la Santísima Trinidad en fin d'après-midi, vers 17 h, m'a offert une vue douce sur les montagnes de l'Escambray. Le ciel s'était teint en orange rosé. Aucun touriste là-haut. Juste moi et une femme qui rentrait chez elle avec ses courses. Au retour à La Havane le dimanche, le bus Viazul a eu une crevaison à 40 km de la capitale. Deux heures d'attente sur le bord de la route nationale, sous 32 °C, avec un chauffeur qui fumait les cigarettes des passagers. La compagnie nous a donné une bouteille d'eau chacun. Aucun dédommagement. Les Cubains autour de moi ont juste ri de l'absurdité de la situation. Les derniers jours, j'ai flâné sur le Malecón au coucher du soleil, visité les petits bars de la rue Obispo où le mojito coûte 4 euros et le café 0,50 euros. Le goût sucré du guarapo frais (jus de canne), pressé devant vous par un vendeur ambulant, m'a accompagné plusieurs matins.
Les bons plans repérés sur place.
Cathedral de La Habana (Habana Vieja, gratuit) : les détails en tuf jaune s'éclairent mieux le matin vers 9 h
Musée Ernest Hemingway (calle Línea 305, Vedado) : maison exacte où il écrivait, flacons de rhum alignés sur le bar
Playa Las Tumbas (Trinidad, 20 km) : moins touristique que Playa Ancón, eau plus claire, deux petits restaurants locaux
Viazul bus company : réservez vos billets à l'avance, délai d'1 heure avant le départ recommandé
Casa particular à Trinidad (chambre chez l'habitant) : meilleur rapport qualité-prix et repas inclus, demandez Carmen sur Simón Bolívar
Photos — La Havane et Trinidad
Et au final.
Cuba m'a donné ce que je cherchais : de vraies rencontres, des paysages intacts, et surtout une leçon de simplicité. Mais j'aurais aimé dépasser cette relation prédateur-prédateur entre touriste et résident. La dépendance économique envers le tourisme étranger crée une distance qu'aucun mojito n'efface.
