Comment ça s'est passé.
Levée à 5 h 30 à l'hôtel Saratoga pour attraper le premier bus touristique à 6 h 45. La Havane n'endort pas, elle vous réveille avec l'odeur acre du diesel qui s'échappe des vieux camions Chevrolet des années 1950. Ces voitures jaunes citron, bleu électrique ou roses bonbons font partie du paysage urbain — pas de cliché, c'est juste qu'il n'y a pas eu d'importations depuis 1959, et les Havanais les ont transformées en sculptures mécaniques. Notre chauffeur, Enrique, 68 ans, nous a expliqué en roulant vers la Fortaleza de San Carlos de la Cabaña qu'il remonte lui-même ses moteurs tous les six mois. Le premier jour, direction le Malecón au coucher de soleil. Les gens s'assoient sur le muret, les pieds pendant au-dessus de l'eau grise. Un jeune couple se tient la main, une grand-mère vend des cacahuètes grillées dans des petits cornets en papier. On a payé 2 CUC (environ 1,80 €) pour une portion. L'odeur était divine : sel, arachides chaudes, et cet indéfinissable mélange tropical. Mais attention : le tourisme à Cuba, c'est aussi des arnaques. Un homme s'est approché en prétendant travailler pour un hôtel Casa Particular et nous proposer une chambre « bien meilleur marché ». On a décliné. Enrique nous a confié plus tard que c'était un vieux tour pour obtenir un pourcentage sur la réservation. Carnets gastronomiques et gares routièresOn a mangé au restaurant La Guarida, situé au deuxième étage d'un bâtiment délabré du Vedado, accessible par un escalier qui aurait besoin d'un sérieux coup de peinture. Leur ropa vieja (bœuf effiloché) coûtait 12 CUC (environ 10,80 €) — c'était tendre, un peu gras, excellent. À côté, un mojito à 3 CUC. Les serveurs parlaient un anglais parfait, ce qui tranche avec le reste de la ville où on doit se débrouiller en espagnol. Pour se rendre à Trinidadé, nous avons emprunté un bus de la compagnie Víazul au terminal de Boyeros à 8 h du matin. Six heures de route sur une autoroute qui traverse les champs de canne à sucre. Une autre passagère, Lucia, avait un poulet vivant dans un carton sous son siège — bienvenue à Cuba. On a dû ouvrir les fenêtres. À l'arrivée à Trinidadé vers 14 h 30, l'air était saturé de l'odeur sucrée du mélasse qui s'échappe de l'usine locale. La ville elle-même est figée dans le XVIIe siècle : maisons colorées, rues pavées, zéro circulation motorisée au centre-ville. Moments marquants et petites galèresOn a séjourné à la Casa Particular « Casa Juan », où la proprio, Yolanda, préparait du café au lait à 6 h du matin, bien avant qu'on le demande. Les draps sentaient la lessive au savon dur, la chambre était impeccable, le prix : 25 CUC la nuit (22,50 €). Le petit-déjeuner (œufs, fromage blanc, pain, fruits) était inclus. Une vraie relation humaine s'est nouée — elle nous parlait de ses petits-enfants, de la difficulté à trouver du lait condensé au marché. On a acheté quelques provisions à la bodega locale, ce petit magasin d'État où les prix sont contrôlés mais où il faut y aller tôt sinon les rayons sont vides. La visite du monument Manaca Iznaga (la tour de guet édifiée en 1816) a été le moment marquant du voyage. Grimper 80 marches en bois grinçant sous le soleil de midi, 38 °C, pratiquement pas de vent. En haut, vue sur les vallées de canne à sucre qui s'étendaient à perte de vue, les montagnes au loin, et le silence presque complet. On a eu une vraie sensation de flottement, loin des circuits touristiques — c'était nous trois, une vieille dame en robe rose, et point. Petite galère : le distributeur ATM du centre-ville de Trinidadé était en panne deux jours d'affilée. Impossible de retirer des pesos. On a dû demander à Yolanda d'aller en changer avec ses propres devises — transaction délicate, mais elle l'a fait de bonne grâce. Cuba reste compliqué pour les paiements électroniques, encore aujourd'hui. Le dernier jour à La Havane, on a flâné rue Obispo, la rue commerçante piétonne. Arrêt au café Floridita pour un daïquiri (7 CUC) — service sans enthousiasme visible, mais le cocktail était glacé et franc. Balade au musée de la Révolution (8 CUC l'entrée) : intéressant mais la clim était cassée, et on s'endormait debout en lisant les panneaux. Au moins, c'était honnête d'écrire la suite dans l'ennui.
Les bons plans repérés sur place.
Malecón de La Havane au coucher de soleil : prendre un café La Cubana au bar du Saratoga et observer les voitures jaunes qui passent
Restaurant La Guarida au Vedado : leur ropa vieja et la vue sur la ville depuis la terrasse
Torre Manaca Iznaga à Trinidadé : grimper tôt le matin (avant 8 h) pour éviter les groupes de touristes
Casa Particular locale (type Casa Juan) : petit-déjeuner inclus, échange authentique avec la proprio
Marché local (bodega) de Trinidadé : fruits frais, fromage blanc, prix en pesos, y aller avant 9 h 30
Photos — La Havane et Trinidadé
Et au final.
Cuba nous a offert des moments d'intensité vraie, loin du rouleau compresseur touristique classique. Les gens sont chaleureux, la nourriture basique mais bonne, et les paysages respirent. En revanche, l'infrastructure routière est fatiguante (6 h de trajet seconde classe), et l'inflation affecte les tarifs touristiques. À revenir, mais pas pour rester trois semaines.
