Comment ça s'est passé.
Nous arrivons à Managua vers 17 h, complètement crevés après un vol avec Avianca via San Salvador. À la sortie de l'aéroport Augusto C. Sandino, les taxis non homologués tournent autour comme des requins. On refuse les trois premiers, on finit par accepter un ancien Toyota jaune pour 30 dollars jusqu'à Granada. Le chauffeur, Diego, parle espagnol rapide et nous ignore royalement pendant une heure. Granada nous frappe d'emblée : la Calle Xalteva sent le diesel, les fleurs de bougainvillées et cette odeur de charbon brûlé qu'on trouve partout en Amérique centrale. Les façades coloniales sont vraies, criblées de balcons en bois pourri, certains peints en rose bonbon, d'autres en turquoise écaillé. Nous descendons à l'hôtel Colonial, une maison du XVIe siècle reconvertie avec des courettes intérieures. La douche est glaciale le premier jour (problème de tuyauterie, pas eau chaude avant mercredi), et la clim marche seulement le soir. Premiers jours à GranadaLe marché central, Mercado Municipal de Granada, ouvre à 6 h. Levés à 5 h 45 pour voir les femmes vendeurs installer leurs étals, on s'effondre complètement devant les montagnes de tomates et de piments rouges encore couverts de rosée. Le bruit est assourdissant : les vendeuses crient leurs prix, les moto-taxis klaxonnent dehors, les enfants qui ramassent les fruits tombés parlent fort. On achète des goyaves à 0,50 dollars la livre, et le jus frais du Café Oro, rue Granada, 2 dollars. C'est aigre, sucré et addictif. Mercredi, visite de la Cathédrale Metropolitana (entrée libre, mais la femme à l'accueil attend une donation de 2 dollars). À l'intérieur, l'acoustique est froide, les vitraux sont modernes et sans âme, déjà nettoyés plusieurs fois après l'ouragan Otto de 2016. Rien d'exceptionnel. Par contre, le cloître des Franciscanos est magnifique, couvert de mouche, et le père Miguel nous explique le saccage des années 1980 avec une certaine résignation. L'archipel de Solentiname : le moment où tout basculeSamedi matin, minibus local pour San Carlos (trajet 5 heures, 10 dollars, bus bleu Transportes San Carlos numéro 23). On croise une poule vivante dans le bus, et une femme qui vend des croquettes de maïs encore chaudes au dernier arrêt. À San Carlos, l'embarcadère est chaos total : trois bateaux partent vers Solentiname, mais sans horaire affiché. On attend 2 h 30 avec cinquante paysans, leurs poules, des sacs de riz. Le bateau part enfin vers 14 h 30, moteur diesel, odeur âcre qui vous traverse les poumons. Le Lago de Nicaragua est imense, presque oppressant. On arrive à Isla Mancarrón vers 17 h. L'île est minuscule, peut-être 2 km². On loge chez Manuel, une chambre avec deux lits, eau froide, 20 dollars par nuit, petit-déj inclus. Manuel prépare un gallo pinto le dimanche matin (riz, haricots noirs, œufs, oignons), mangé sur sa vérandah avec vue sur l'île voisine. Nous parlons trois heures. Il nous raconte les années 80, la Révolution, comment son frère a été mobilisé, comment il s'est caché trois mois dans une grotte du volcan Maderas. Il boit un café dans un bol (pas de tasse), fumé les cigarettes d'une main tremblante. C'est le moment où on réalise qu'on traîne dans l'après-guerre, pas dans un musée à ciel ouvert. On visite la petite église d'Isla Mancarrón lundi matin. Peintures murales faites par des enfants du coin dans les années 1980 (projet Ernesto Cardenal). Fresques colorées mais naïves. L'église est ouverte, vide, des chauves-souris virevoltent au-dessus de l'autel. On entend juste l'eau lécher les rochers dehors. Retour et galères administrativesMardi, nous voulons repartir. Manuel dit que le bateau « peut-être » part à 10 h. Finalement 13 h 30. On s'assoit sur des sacs de ciment, transpire à grosses gouttes (32 °C, humidité écrasante). Une autre famille avec trois enfants attend aussi. Quand le bateau arrive, c'est trois heures de moteur sans sièges confortables. Arrivée à San Carlos, plus aucun minibus pour Granada ce jour-là. On doit prendre une chambre au Hospedaje San Carlos (35 dollars pour une boîte sale) et attendre mercredi matin. Le mercredi, bus de retour. Diego, notre premier chauffeur, est aussi au volant cette fois. Il se souvient de nous, rit, nous vend du café froid qui goûte le plastique bouilli. Masaya et pêche à la ligneJeudi, on prend un autobus pour Masaya (ligne 101 depuis Granada, 5 dollars, 45 minutes). Le Marché d'Artisanat de Masaya est un piège à touristes complet : les prix affichés sont trois fois trop chers, mais après négociation (tactique : partir, revenir une heure après), on achète un hamac pour 18 dollars. Le volcan Masaya, visible depuis la route, fume doucement. On n'y va pas (prix d'entrée trop cher, 10 dollars, et guides qui harcelaient sur internet). Vendredi, pêche à la ligne sur le Lago de Granada avec don Roberto, un pêcheur de 62 ans. On ne prend rien. Quatre heures sur l'eau, chaleur étouffante, bière Toña tiède. Roberto fume et parle en regardant l'horizon. Perte de temps agréable.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Municipal de Granada en début de matin (avant 7 h) pour le jus de goyave frais du Café Oro
Cloître des Franciscanos (calle Real, gratuit avec donation) pour l'acoustique et la vue sur la baie
Café Mancarrón chez Manuel sur Isla Mancarrón : gallo pinto et histoires de guerre (prévoir cash)
Volcan Masaya visible depuis la route Managua-Granada, visible mais pas exploré par nous
Route en minibus local (ligne 101) pour sentir le Nicaragua ordinaire sans touristes, 45 min depuis Granada
Photos — Granada
Et au final.
Granada vaut le coup, surtout pour les galères qui forgent les souvenirs. Solentiname change la perspective : c'est moins touriste, plus vrai, mais c'est fatigant. Les gens sont généralement sympathiques, la nourriture est basique (beaucoup de riz blanc et de poulet frit), et il faut accepter que rien ne soit à l'heure. Ce qu'on a moins aimé : la chaleur sans climatisation et les prix qui grimpent exponentiellement quand on s'écarte des routes principales.








