Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Kigali International Airport un dimanche soir, mal préparés au choc thermique : 24 degrés et une humidité qui colle la chemise au dos immédiatement. La file d'attente à la douane a pris deux heures. Notre guide, Jean-Claude, nous attendait avec un panneau cartonné à la sortie, vêtu d'une veste usée mais arborant un sourire large qui allait nous suivre dix jours. Les trois premiers jours, nous avons resté à Kigali pour nous acclimater et visiter le Mémorial du Génocide. Nous logions au Serena Hotel, établissement blanc et bien trop cher, mais doté d'une piscine salvatrice. Chaque matin, nous prenions le petit-déjeuner au café Ikibina (à côté de la cathédrale) : des œufs, du pain d'avoine avec du lait de coco et des bananes. Le prix tournait autour de 4 000 RWF, soit 3,50 euros. Le bruit des motos-taxis revenant de la nuit m'a réveillée plus d'une fois : c'est un bourdonnement grave qui devient une trame sonore de la ville. Le matin du quatrième jour, levé à 4h30 pour le trajet vers Volcanoes National Park. La route nationale 1A entre Kigali et Musanze dure environ 3 heures. Nous avons pris un minibus partagé de la compagnie Jaguar Bus, surpeuplé et chauffage défaillant. Un homme avec des poules vivantes s'est assis à côté de moi. Les odeurs de volaille vivante mélangées aux gaz d'échappement et à l'humidité des montagnes que nous gravissions : pas ma meilleure heure. Le chauffeur n'arrêtait pas de klaxonner à chaque virage. Nous avons séjourné au Kinigi Guesthouse, basique mais fonctionnel, dirigé par une femme d'une cinquantaine d'années nommée Francine. Elle préparait elle-même le dîner : des haricots, du riz et une petite portion de chèvre braisée pour 5 000 RWF. Le goût était travaillé, relevé avec du gingembre frais. Les murs en béton non peint et les fenêtres sans verre, juste des volets, rendaient les nuits froides vers 15 degrés. J'ai dormi avec trois pulls. Le jour du trekking aux gorilles des montagnes. Levé à 5h pour un dernier café au gingembre préparé par Francine. Nous avions payé 1 500 dollars (environ 1 400 euros) pour deux personnes pour la journée complète, tracker inclus. Le parc Volcanoes National Park charge des frais d'entrée astronomiques, mais il n'y a pas d'alternative légale. Notre tracker, Désiré, parlait très peu anglais et pas un mot de français. Il marchait pieds nus sur les pentes volcaniques à 2 500 mètres. Après trois heures de montée, les jambes brûlaient, les poumons suffoquaient d'hypoxie et d'humidité. Puis nous avons entendu les grognes : famille de treize gorilles des montagnes. Six mètres à peine nous en séparaient. L'odeur est celle d'une étable chaude mélangée à des herbes mâchées. Moment émouvant, bien sûr, mais aussi étrange d'être observé par un mâle dominant de 150 kilos qui regarde votre présence comme une intrusion dans son intimité familiale. Nous avons respecté le silence imposé. Une heure seulement, puis redescente. Le sixième jour, nous avons visité le marché central de Musanze. Étalages de tomates, maïs, avocats énormes à 500 RWF pièce, et des femmes assises à même le sol avec des seaux de tissus. Nous avons acheté des bananes plantain frites (matoke) chez une vendeuse sans établi, juste installée à côté d'un pneu brûlé qui servait de réchaud. Elles étaient nappées d'une huile rougeâtre et chaudes : 1 500 RWF pour quatre. Délicieuses, trop salées, mais délicieuses. Galère : le septupled jour, notre minibus a eu un problème mécanique sur la route retour vers Kigali. Trois heures d'attente au bord de la route. Notre guide Jean-Claude ne communiquait pas le timing. Pas de réseau téléphonique stable. Le conducteur priait en kinyarwanda sous le capot ouvert. Nous avons mangé des œufs durs vendus par une femme passante dans un panier en plastique. Arrivés à Kigali à 20h au lieu de 14h. Le dernier jour, nous avons visité le Genocide Memorial Centre (entrée : 3 000 RWF). Exposition immense, chambres froides menant à des ossements alignés. La fin du parcours vous écrase : silence presque oppressant. Ce n'était pas une attraction touristique, c'était une obligation morale.
Les bons plans repérés sur place.
Volcanoes National Park (Parc National des Volcans) : trek gorilles à 2 500 m, mais partir avec des bâtons de randonnée et une bonne acclimatation
Marché de Musanze : fruits et légumes frais, matoke frite à côté du pneu brûlant (5 000 RWF pour un repas complet)
Genocide Memorial Centre à Kigali : ne pas sauter cette visite, même si l'ambiance est lourde (3 000 RWF, 2h30 minimum)
Kinigi Guesthouse : gîte simple tenus par Francine, petit-déj inclus et cuisine locale authentique
Route nationale 1A en minibus partagé Jaguar Bus : expérience chaotique mais véritable immersion dans la mobilité rwandaise
Photos — Kigali, Musanze
Photos — Kigali, Musanze
Et au final.
Le Rwanda a tenu ses promesses concernant les gorilles, mais aussi bousculé nos idées sur le tourisme éthique : payer 1 500 dollars pour une heure avec des animaux soulève des questions qu'on ne peut pas ignorer. Les routes sont épuisantes, l'infrastructure touristique peu développée, et certains endroits affichent leurs prix de manière honteuse. Malgré tout, l'accueil des gens, la nourriture décente et la beauté des paysages montagneux justifient le voyage.








