Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Bergen-Flesland un mardi matin à 7 h 30 avec les appréhensions classiques : la météo norvégienne, le budget qui dégringole, et surtout cette question lancinante du décalage entre les photos Instagram et la réalité. Spoiler : la réalité n'a pas déçu, mais elle m'a aussi rappelé que la Norvège n'est pas un parc d'attractions. La première chose qui nous a frappés en sortant du terminal, c'est l'odeur de l'air : ce mélange salé d'océan Atlantique et d'humidité forestière qui entre dans les poumons et qu'on retrouve partout en Norvège. Notre hôtel, le Solsiden sur le quai de Bergen, offrait une vue directe sur les maisons colorées de Bryggen. Le petit-déjeuner included (42 euros la nuit, ça semblait raisonnable en Norvège) comprenait du saumon fumé, du fromage brun caramélisé, du pain noir. Les prix à la carte au restaurant adjacent : un fish and chips 34 euros, un café allongé 5,50 euros. C'est là qu'on comprend qu'on n'est pas en France. Jour 1-2 : Bergen, la ville côtière mouilléeNous avons marché jusqu'à Bryggen vers 9 h du matin. Les ruelles étroites du quartier hanséatique dégageaient une odeur d'humidité et de bois ancien. Les boutiques de souvenirs vendaient les mêmes pulls en laine pour 89 euros, mais on en a croisé un vrai marché fermier au Vågen quai, le mardi et samedi, avec des baies fraîches (myrtilles à 8 euros le barquette), du poisson fumé à la braise. Nous avons commandé une soupe de poisson au restaurant Bare Vesterbyggen (28 euros) : authentique, chaude, le genre de plat qu'on oublie pas après 2 h sous la pluie. Le bus numéro 4 nous a menés jusqu'au mont Fløyen (12 euros aller-retour sur le funiculaire). Le moment marquant : vers 21 h 30, assis au sommet, le soleil était encore visible sur l'horizon nord. Pas un coucher de soleil, juste... du jour qui s'accrochait. La température était tombée à 8°C en t-shirt. Nous avons redescendu à pied par les sentiers, nos jambes tremblaient un peu, autant de froid que d'adrénaline. Jour 3-5 : Traversée vers les LofotenNous avons pris le bus Kjeøy (8 h 45 de Bergen, compagnie Vy) jusqu'à Bodø, puis embarqué sur le ferry côtier Hurtigruten. Cette ligne mythique longe le littoral nord. Un couple britannique à bord nous a dit « c'est obligatoire en Norvège », ce qui nous a amusé : rien n'est obligatoire, mais c'était vrai que ce trajet en bateau, avec les îles qui passent, le bruit du moteur, la brise qui monte et descend, ça restait gravé. À Svolvær, capitale des Lofoten, notre gîte Kabelvägen Guesthouse était un petit chalet de pêcheur transformé, 67 euros la nuit. Le propriétaire norvégien, Knut, nous a expliqué qu'en hiver, les aurores boréales dansent à 2 h du matin au-dessus de l'eau. En juillet, bien sûr, rien de tout ça. Mais la nuit ne s'obscurcissait jamais vraiment. Nous avions l'impression de vivre dans un jour qui s'éternise. Galère concrète : le deuxième jour à Svolvær, nous avons loué un camping-car pour la journée auprès de Lofoten Rent-a-car. L'essence coûtait 2,40 euros le litre, le location 78 euros la journée. En route vers Reine, nous avons dépassé le village de Hamnøy : des maisons en bois rouge sur l'eau, des filets de pêche pendus. Magnifique. Mais l'employé du magasin local (l'unique épicerie, fermée le dimanche) nous a dit que les touristes gênaient de plus en plus. Je comprends son amertume. Nous avions un peu la sensation d'être sur un plateau de cinéma. Jour 6-8 : Rando et pêcheNous avons randonnée le sentier Reinebringen (4 km, 2 h 30). La montée ravalait les genoux. Au sommet, les pics rocheux tombaient directement dans l'océan noir-vert. Le vent suffisait à nous faire osciller. Aucun bruit, si ce n'est nos respirations saccadées. Nous avons mangé un sandwich au haddock fumé qu'on avait acheté à Reine (12 euros) en regardant les bateaux de pêche en contrebas. Un matin, nous nous sommes levés à 5 h 15 pour une sortie pêche avec Lofoten Fishing Tours (91 euros par personne, 4 h). Le capitaine, taciturn, nous a appris à remonter des cabillauds. L'odeur du poisson fraîchement remonté, cette odeur d'algues et de sel intense, restera longtemps gravée. Pas un seul poisson, mais personne n'y croyait vraiment. Sur le retour, nous avons croisé deux aigles de mer qui rasaient l'eau. Jour 9-10 : Retour précipitéRetour en Hurtigruten vers Bodø. Un retard de 4 heures à cause de la météo. Nous avons manqué notre correspondance bus. Le coût : deux nuits supplémentaires à Bodø, 94 euros l'hôtel. Frustrant. Mais honnêtement, cela nous a permis de visiter le musée Nordland, moins touristique, avec des maquettes de bateaux viking et des photos de la vie rurale des années 1950.
Les bons plans repérés sur place.
Marché du quai Vågen à Bergen, mardi et samedi matin, pour le poisson fumé à la braise (8-15 euros)
Funiculaire Fløyen au coucher de soleil (21 h 30 en juin), puis descente à pied par les sentiers forestiers
Ferry Hurtigruten de Bodø à Svolvær, cabine sous pont incluse, un trajet de 11 h qui vaut une nuit d'hôtel
Sentier Reinebringen aux Lofoten, 500 m de dénivelé brut avec vue sur Reine en contrebas
Restaurant Bare Vesterbyggen à Bergen pour la soupe de poisson, loin de l'arnaque touristique (28 euros)
Photos — Bergen et Nordland
Et au final.
La Norvège m'a donné des images cristal-claires : le silence des nuits blanches, le goût de l'eau glacée en grappes de baies. Mais le pays reste une destination de privilégié. Les prix cassent le budget, et l'afflux touristique commence à user les villages de pêcheurs. Je reviendrais, mais en avril ou septembre, quand les routes sont libres.
