Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Zurich le 14 septembre à 11h45 avec les Ryanair qui volent fort bas. L'aéroport sent le café de gare suisse, celui qui coûte 6 francs le petit noir et goûte le caoutchouc brûlé. On a pris le train S6 direction Lucerne, 45 minutes, paysage très vert, très plat, très suisse—zéro surprise. Lucerne d'abord. Hotel Alpina, trois étoiles, chambre 204, vue sur les toits des autres hotels. Prix : 158 francs la nuit. On a marché droit vers la vieille ville, Altstadt, c'était dimanche matin, les rues étaient molles, endormies. La Chapelle du Pont (Kapellbrücke) était fermée pour restauration. Ça nous a énervés. On s'attendait à la voir, elle était cachée derrière des échafaudages bleus. On a découvert ça en arrivant. Moment marquant négatif : on avait décidé le voyage autour de cette photo de la chapelle. On a mangé le premier jour au Wirtshaus Galliker, rue de Zürich. Fondue au Gruyère AOP, 34 francs le petit bol, pain blanc mou fourni gratuitement. C'était riche, gras, on a ressenti cette lourdeur quatre heures après, les sueurs froides du lactose. Vin blanc local, Fendant du Valais, 8 francs le verre. Le serveur était lent mais souriant, il prenait son temps, il écoutait les autres tables parler allemand, français mélangé—on était vraiment à la frontière. Jour 2 : remontée vers Rigi par train à crémaillère. Ligne RigiBahn depuis Arth-Goldau, 1 h 20 de montée. La locomotive tirait fort, ça sentait l'huile chaude et le frein. Le paysage s'élevait, les maisons devenaient petites. Sommet à 1797 mètres. Froid soudain, peut-être 8 degrés, on grelottait. Buffet au sommet, Rigi Kulm, Rösti avec œuf et bacon, 28 francs. Touristes chinois partout, ils prenaient les mêmes photos que nous avec dix minutes de décalage. Le moment décisif : jour 4, on a pris le Glacier Express depuis Zermatt. Train très célèbre, très cher : 189 francs par personne. Sept heures et demie entre Zermatt et Saint-Moritz, assis à côté de fenêtres larges. Le personnel passait avec des plateaux de fromage local, de saucisse de Grisons. On a vu trois tunnels majeurs, puis des gorges vertigineuses. À un moment, vers 13h, le train s'est arrêté net au milieu du paysage montagneux, pas de gare. Quarante minutes d'attente. Panne électrique. On s'est inquiétés, puis on a ri bêtement avec la dame allemande en face. Le train a redémarré. C'était énervant mais ça a cassé la routine touristique. Zermatt était notre but : montagne qui domine, le Cervin, 4478 mètres. Pas mal de brouillard le premier jour. On a dormi à l'Hotel Bahnhof, 220 francs la nuit, très proche de la gare centrale. Village sans voitures, électriques ou chevaux uniquement. Le matin du jour 5, on s'est levés à 5h15 pour remonter vers Rothorn par le train à crémaillère (Rothornbahn, départ 6h exact). L'air était gelé, sec, ça brûlait les narines en respirant. On a croisé des chamois sur les pentes herbeuses. Au sommet, 3103 mètres, le Cervin s'est dégagé du brouillard vers 7h30. Ça, oui, c'était impressionnant : la montagne nue, triangulaire, pointue, rocheuse, pas de flou. On a mangé une fondue au fromage différente, version Valais pure, à la Stube du Riffelhaus, refuge à 2580 mètres. Fondue nature, 26 francs, pain complet cette fois. Goût plus acide que la version Lucerne. On aurait dû garder de la place : le Raclette du soir à l'hôtel coûtait 32 francs et on n'avait pas faim. Jour 6-8 : on a trainé, on a pris des remontées mineures, on a marché vers Schwarzsee, petit lac glaciaire noir d'eau froide. Le reflet du Cervin dedans était vrai, pas faux. On a dépensé beaucoup sans raison, souvenirs à la boutique touristique de Zermatt, cartes postales, trucs avec le logo de la montagne. Arnaque douce du tourisme. Retour à Lucerne jour 9. Même train Glacier Express en sens inverse. Même ennui, moins de fraîcheur. Le dernier jour (jour 10), on a marché sans but dans Lucerne. On a trouvé un marché de fruits près de la gare centrale le samedi matin. Cerises suisses, 12 francs le kilo, goût concentré, très sucré, peut-être trop. Café au Rathaus Café & Bar : très bon expresso, 5 francs, mur jaune, tables en bois massif, ambiance calme.
Les bons plans repérés sur place.
Remontée en train à crémaillère Rothornbahn (départ 6h de Zermatt) : Cervin dégagé à 7h30, alpage vrai, pas décor
Restaurant Galliker à Lucerne (rue de Zürich) : fondue 34 francs, Fendant du Valais blanc, service lent
Glacier Express Zermatt-Saint-Moritz : panne à mi-parcours, fenêtres énormes, prix 189 francs mais ça vaut
Marché de fruits samedi matin près gare centrale Lucerne : cerises suisses 12 francs/kilo, goût sucré, vrais locaux
Rothornbahn jusqu'à 3103 mètres : air glacé, chamois vus, fondue Valais 26 francs au refuge avec vue Cervin
Photos — Lucerne / Valais
Et au final.
La Suisse, c'est cher (on a pas compté vraiment jusqu'à la fin), ça marche trop bien (trains à l'heure, routes lisses, absence de chaos), et c'est beau sans être spectaculaire si tu viens avec les mauvaises attentes. On a aimé le vrai, le quotidien suisse, moins les cartes postales que tout le monde photographie. La chapelle fermée, c'était décu, mais le panne du train a sauvé le voyage de l'ennui total.
