Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international de Chișinău (aéroport Henri Coandă, vol Air Moldova) un mardi matin à 7h30, avec zéro attente à la douane et un sentiment bizarre de débarquer dans un pays que personne n'évoque jamais autour de nous. Notre chauffeur, Sergei, nous a déposés à l'Hôtel Lido (rue Alexei Mateevici, chambre 312, 45 euros la nuit) où l'accueil était froid mais efficace. Les murs beige clair sentaient fortement l'humidité et le parquet craquait à chaque pas. Premier repas à 11h au restaurant Negroni (str. Armenească 99) : mici (boulettes moldaves) avec pain chaud à 3 euros, bortsch à 2,5 euros, et un verre de vin blanc sec local à peine 1,80 euros. Le goût surprenant du vin sans prétention nous a amusés — il y a une raison si la Moldavie produit plus de vin par habitant que la France. Mercredi matin, nous avons pris le marshrutka (minibus) n°107 depuis la gare routière centrale vers le monastère d'Optina (à 30 km nord). L'expérience fut chaotique : le minibus était bondé, sentait la fumée de cigarette et les passengers ne parlaient que le roumain et le russe. Un homme nous a demandé des euros à trois reprises, poliment mais insistant, ce qui nous a mis mal à l'aise pendant 20 minutes. Le trajet a duré 1h45 au lieu des 1h annoncées. Mais une fois arrivés au monastère Optina, avec ses églises blanches datant de 1672 et ses cyprès verts foncé se profilant contre le ciel gris, nous avons compris pourquoi nous étions venus. Les murs intérieurs sentaient l'encens lourd. Une nonne nous a offert du thé noir dans des verres à pied à 14h30 — moment de paix simple qui contrastait avec le chaos du minibus. Les routes du vin et les galères du quotidienJeudi, nous nous sommes loué une petite Dacia auprès de Sixt (agence Chișinău centre, 28 euros/jour avec assurance) pour explorer les caves de Cricova. La route n°1 vers Cricova est bien balisée mais bosselée. Nous avons visité la cave Cricova à 11h (visite guidée 12 euros par personne, durée 2h). Le guide, Gheorghe, nous a fait descendre 80 mètres sous terre où la température baisse à 12°C et l'air sent le soufre et la levure. Les galeries s'étendent sur 120 km, c'est dingue. Nous avons goûté un Feteasca Albă 2018 directement du fût — frais, minéral, à 4 euros la bouteille en cave. Retour à Chișinău vers 17h, crème brûlée au café (Casa di Bača, str. Bănului 6) à 3,5 euros. Vendredi, moment marquant : nous avons visité la forteresse d'Orhei (à 50 km nord-est). En arrivant, vers 9h du matin, un orage s'est levé brutalement. Nous étions les seuls touristes sur place. Les ruines de l'église du XVe siècle se dressaient dans le brouillard jaune-gris, dégoulinantes d'eau. Le bruit de la pluie sur les pierres créait une ambiance austère. Nous sommes restés 3h sur le site, trempés, sans voir un autre visiteur. C'était à la fois déprimant et bizarrement mémorable — pas Instagram, pas groupe de touristes anglais, juste nous et l'histoire qui s'effrite. Déjeuner ultérieur à Orhei-Vechi (village situé 2 km en bas) chez une habitante (Vera) qui nous a servi mâmaliga (polenta moldave) avec fromage blanc et 0,5 L de vin maison à 7 euros pour deux. Le maïs avait une saveur grillée intense. Samedi, repos partiel à Chișinău. Nous avons flâné dans le marché central (Piața Centrală, ouvert 6h-16h) et acheté des fruits de saison : prunes acides à 1 euro le kg, tomates rouges vif à 0,8 euro. L'odeur du marché est écrasante — mélange de poisson, fromage blanc et herbes fraîches. Café en fin d'après-midi à La Madeleine (str. Mitropolit Varlaam 64) : cappuccino 1,5 euros. Dimanche matin avant départ, marche rapide à la cathédrale Nașterea Domnului (centre-ville, libre d'accès) — iconostase dorée impressionnante mais très touristique. BilanNous avons quitté Chișinău le dimanche à 18h via Air Moldova (vol 006, retard de 30 min). La Moldavie n'est pas un endroit confortable ni facile. Les routes sont mauvaises, le service hôtelier basique, et il faut accepter l'imprévisibilité. Mais le rapport coût-aventure est imbattable et les gens sont curieusement généreux avec les étrangers qui font l'effort.
Les bons plans repérés sur place.
Monastère d'Optina (église blanche avec cyprès, 30 km nord Chișinău) : arrivez avant 10h pour éviter les cars de pèlerins
Cave Cricova (80 m sous terre, visite guidée en français possible) : achetez les petites bouteilles 4-5 euros à la boutique plutôt qu'à Chișinău
Marché central de Chișinău (Piața Centrală) : allez tôt le samedi matin, négociez les prix de fruits, l'odeur est intense mais authentique
Forteresse d'Orhei en fin d'après-midi (50 km, route n°1) : visitez seul si possible, évitez les groupes organisés qui passent à midi
Vin blanc Feteasca Albă local (2-3 euros la bouteille) : à boire frais sur place, ne voyage pas bien au-delà de 2-3 jours
Photos — Chișinău et région du Dniestr
Photos — Chișinău et région du Dniestr
Et au final.
Dix jours intenses loin de l'Europe touristique convenue. La Moldavie m'a surpris par sa rudesse plutôt que par une beauté lisse. L'absence de foules et d'infrastructure légère était rafraîchissante mais aussi frustrante : les trajets prennent deux fois plus longtemps que prévu, et il faut toujours avoir de la monnaie liquide. Je recommande ce voyage surtout à ceux qui acceptent le désordre comme partie de l'expérience.
