Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Dubrovnik un mardi matin de septembre, après un vol de deux heures depuis Vienne. Le bus local numéro 8 (1,50 € le ticket) nous a menés jusqu'à la vieille ville en trente minutes. L'odeur iodée de la mer Adriatique m'a frappée dès que nous avons quitté l'autobus. Nos valises trainées sur les pavés lisses de la Placa ont résonné dans les ruelles étroites — un son que j'associerai désormais à cette arrivée. Nous avons loué un petit appartement chez Marko, un propriétaire de soixante ans qui nous a proposé des ćevapi (petites brochettes de viande hachée) dès le premier soir, accompagnés d'une rakija maison à 3 € le verre. L'établissement où nous avons mangé, le Konoba Antunini, nichée près de la porte Pile, servait des portions généreuses : une assiette de poulpe grillé à l'huile d'olive pour 12 €, avec un verre de vin blanc local. Ce poulpe avait une texture ferme, presque caoutchouteuse au premier coup de dent, puis fondante. Le premier jour, levés à cinq heures, nous avons grimpé les remparts avant l'afflux des touristes. Cette marche de deux heures autour des murs de la ville a révélé des traces de la guerre : des impacts de balles encore visibles sur les façades ocre, des immeubles avec des murs fraîchement repeints d'un côté seulement. Une femme locale nous a expliqué, en croate hésitant traduit via notre téléphone, que les cicatrices restaient volontairement visibles. C'était un moment troublant, humiliant presque, d'être touriste parmi ces traces. Une galère nous a rattrapés le quatrième jour. Nous avions acheté des tickets pour le ferry jusqu'à Split auprès d'une agence de la Placa. À l'embarquement, on nous a dit que nous avions réservé la mauvaise date — une arnaque classique, apparemment. Nous avons perdu 40 € et dû acheter de nouveaux tickets auprès d'une agence officielle (la Jadrolinija, quai principal) pour 25 € supplémentaires. Le ferry lui-même, parti avec deux heures de retard, nous a permis au moins de voir les îles de Lopud et Sipan sous un soleil de fin d'après-midi. À Split, nous avons logé près du Palais de Dioclétien. Ce monument ne ressemble à aucune ruine que j'avais imaginée : c'est une ville entière enfouie dans des maisons construites au-dessus, une superposition vivante. Nous avons pris le petit-déjeuner au Café Iris (ouvert à 7 h), où un espresso et un krof (beignet sucré) coûtaient 3,50 € pour deux. Les locaux finissaient leur café dans les trois minutes, puis repartaient. Nous, touristes, étions restés quarante-cinq minutes, gênés. Le marchéGreen Market, près du Palais, sentait les poivrons grillés et les figues trop mûres. Les vendeurs nous ont pressés d'acheter des souvenirs en bois, des pierres de l'Adriatique emballées dans du plastique bon marché. Un moment où j'ai senti la saturation touristique peser — ce mélange de commercialité agressive et de patrimoine fragile. Nous avons exploré Trogir, une petite ville en bateau-taxi (5 € par personne) : ses ruelles sont tellement étroites qu'on voit le ciel par des lignes entrecroisées au-dessus de la tête. Le temple-musée de Kamerlengo, ancien forteresse vénitienne, était fermé lors de notre visite le mercredi après-midi. La déception habituelle de trouver un lieu fermé à une heure supposément d'ouverture. Nous avons participé à une excursion de randonnée d'une journée dans les monts Biokovo, organisée par un petit tour-opérateur local. Huit personnes, un minibus blanc des années 1990, un guide nommé Ivan qui connaissait chaque pierre. La température a grimpé à 32 °C en fin de matinée. L'effort physique était plus exigeant que prévu : notre guide avait soixante-deux ans et marchait deux fois plus vite que nous. Nous avons dû nous arrêter plusieurs fois, ce qui nous gênait face aux autres randonneurs plus jeunes. Le dernier soir, nous avons dîné au restaurant Konoba Matejuska, avec vue sur le port de Split. Le brodet (ragoût de poisson) à 18 € était complexe, riche de plusieurs poissons que nous ne pouvions pas identifier. Une harpe jouait dans le restaurant voisin — de la musique kitsch, mais qui correspondait d'une certaine manière à ce voyage oscillant entre patrimoine sérieux et consommation touristique.
Les bons plans repérés sur place.
Remparts de Dubrovnik au lever du soleil (5 h 30), avant 8 h du matin, sans foule
Konoba Antunini pour le poulpe grillé et la vue sur la baie de la Placa
Ferry Jadrolinija Split-Dubrovnik, route avec escale à Lopud et Sipan (25 € l'aller)
Marché Vert de Split (Green Market) le mercredi matin pour les figues et raisin local
Excursion randonnée Biokovo avec guides locaux (vérifier agences sérieuses, pas celles de la rue)
Et au final.
La Yougoslavie — ce nom qu'on n'utilise plus — nous a marqués par ses contrastes : un patrimoine vénitien intact et une histoire de guerre encore visible, l'hospitalité généreuse des habitants et le business touristique décomplexé, des moments d'authenticité simple et des tentatives commerciales maladroites. Nous y reviendrions, mais peut-être hors-saison.