Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Dubrovnik un mardi matin de septembre, à 7h30. L'air était déjà chaud, humide, avec cette odeur caractéristique du sel marin mélangé aux pins. Loger à l'Hôtel Hilton Imperial était au-dessus de notre budget initial, mais nous avons trouvé une chambre correcte à la Pensione Neptun pour 45 euros la nuit, rue Poljana Paska Miličevića, à deux pas des remparts. Le premier jour, nous avons pris le bus numéro 1A depuis le port jusqu'aux portes de la Vieille Ville. Le chauffeur portait une chemise bleue, écoutait de la folk yougoslave à volume moyen, et il y avait une odeur de cigarette inévitable dans le bus. Les tickets coûtaient 12 kunas (environ 1,60 euros). Nous avons grimpé les marches de la Plaça jusqu'à la Cathédrale de l'Assomption vers midi. À 13h, nous avons mangé un burek au café Roza, une petite gargote avec une terrasse branlante. Le burek à la viande avec du yaourt froid coûtait 18 kunas. Pas extraordinaire, mais chaud et réconfortant. Le moment marquant de ce séjour s'est produit le troisième jour. Nous avons loué une barque auprès d'un pêcheur nommé Marko, un homme de 65 ans aux mains calleuses et au sourire édenté, qui proposait des excursions informelles autour de l'île de Lopud pour 35 euros par personne. En pleine mer, vers 10h du matin, le moteur a rendu l'âme. Marko a juré en croate, a tiré plusieurs fois sur le cordon de démarrage, puis il s'est résigné à nous faire avancer à la rame pendant une heure. Pas de panique, juste une galère frustre, mais nous avons fini par atteindre Lopud. Nous avons mangé des huîtres fraîches au restaurant Kolona – 8 euros les six huîtres – et ce goût iodé, ce contact froid et glissant en bouche, c'était parfait pour oublier le stress du moteur cassé. Split nous a accueillis par un ferry de la compagnie Jadrolinija qui partait à 14h du port de Dubrovnik. Le voyage durait quatre heures. Dans le ferry, une femme âgée vendait des sandwichs à la truite fumée pour 20 kunas. Nous en avons mangé deux en regardant la côte passer. Nous avons logé à l'Hôtel Marmont pour 50 euros la nuit, une chambre spartiate mais propre. Le Palais de Dioclétien était impressionnant : nous y avons passé deux heures le quatrième jour, à 6h du matin, avant que les cars de touristes n'arrivent. À cette heure-là, les dalles de marbre étaient fraîches sous nos pieds, la lumière rasante peignait les colonnes d'or pâle. Nous avons mangé au restaurant Konoba Hvarana, coin perdu dans une ruelle du Palais. La poulpe grillée avec du citron, 32 euros. Le serveur nous a dit que le poulpe venait de Vis, une île au large. Nous y avons cru. Nous avons aussi tenté de visiter le musée archéologique de Split le cinquième jour, mais il était fermé le mardi – une information qui ne figurait nulle part en ligne. Petite arnaque mentale. Les îles nous appelaient. Le sixième jour, nous avons pris un ferry local direction Hvar. La cabine était bondée, l'air sentait la transpiration et l'eau de Cologne bon marché. Durée du trajet : 2h30. À Hvar, nous avons marché sans plan, traversé des ruelles étroites où le soleil ne rentrait pas, dégusté un café serré à la Forja pour 8 kunas. Il y avait un groupe de musiciens qui jouaient du violon près de la cathédrale, vers 19h. Aucune amélioration sonore, des cordes désaccordées, mais quelque chose de sincère, sans artifice. Retour à Dubrovnik les deux derniers jours. Nous avons marché sur les remparts en fin d'après-midi, quand la lumière tourne. 30 kunas l'entrée. Les pierres étaient chaudes. Nous avons vu des couples se prendre en photo, des vendeurs de cartes postales, un vieil homme assis sur un banc qui regardait la mer sans bouger pendant vingt minutes. Dernier dîner au restaurant Sebastijan : moules à la sauce blanche, riz, vin rouge local (Dingač). Facture : 85 euros pour deux. Correct. Pas renversant.
Les bons plans repérés sur place.
Remparts de Dubrovnik au lever du soleil (5h30) – avant les groupes, avec juste le bruit des vagues et des corneilles
Île de Lopud : le restaurant Kolona avec ses huîtres iodées et la vue sur le port
Palais de Dioclétien à Split à 6h du matin – colonnes vides, lumière rasante, aucun touriste
Ferry Jadrolinija Dubrovnik-Split : quatre heures sur la mer Adriatique, sandwichs à la truite fumée
Ruelle anonyme près de Hvar avec les violonistes improvisés vers 19h – sincère, sans publicité
Photos — Dubrovnik
Et au final.
La Yougoslavie nous a offert dix jours contrastés : des moments de beauté brute et des galères quotidiennes. Dubrovnik aurait pu être écrasant de tourisme, mais les premières heures et les horaires décalés nous ont préservé. Split était plus honnête, moins mise en scène. Ce qui nous a manqué : une véritable connexion avec les habitants – les conversations restaient superficielles, marchandes. Et puis cette odeur omniprésente de tuyauterie ancienne dans les petits hôtels. Nous repartions avec le sentiment d'avoir effleuré quelque chose plutôt que de l'avoir compris.
