Comment ça s'est passé.
On a pris l'avion JAT Airways le 15 juillet, décollage à 6 h 45 de Lyon-Satolas. Arrivée à Split vers 10 h. L'aéroport sentait le tabac froid et la cire. On a loué une Yugo – oui, cette petite voiture yougoslave – à la réception Hertz. Elle faisait un bruit bizarre à l'accélération, mais elle roulait. Direction Dubrovnik par la côte, quatre heures de route. On s'est arrêtés à Omiš pour manger un pašticada (ragoût de bœuf aux pruneaux) chez Restoran Miho, dans une ruelle étroite. Environ 450 dinars le plat, du pain frais inclus. L'odeur du laurier-sauce était tellement présente qu'on la sentait encore le lendemain sur nos vêtements. Les remparts de Dubrovnik et le premier chocOn s'est installés à l'hôtel Ariston, face aux murailles, chambre 308. Vue directe sur le port. Dès l'après-midi, on a fait la tour des remparts en deux heures. Il faisait 34 °C. L'eau de la fontaine près de la Porte Pile était tiède. On croisait des groupes allemands, italiens, mais peu de Français. À 18 h, assis à la terrasse du Café Stradun (c'est le nom de la rue principale), un homme nous a abordés pour nous proposer des changes au marché noir. On a décliné. Il a insisté, un peu agressif. On a senti une tension bizarre, pas vraiment de peur, mais cette impression que quelque chose était en train de se fissurer ici. La vue depuis la Porte Plocë au coucher du soleil vaut le coupL'église Sv. Blaise sentait l'encens lourd et les ciergesOn a mangé des huîtres de Konavle au marché Gundulić – 120 dinars les troisLes îles : Lopud et ŠipanOn a pris le catamaran à 7 h depuis le port. C'était un vieux bateau qui roulis pas mal, peinture écaillée. Trajet 45 minutes pour Lopud. L'île elle-même était calme, presqu'endormie. Une plage de galets noirs. On a loué deux chaises longues 60 dinars pour la journée. Le serveur de la plage avait une radio qui crachait des infos en serbe. On ne comprenait rien, mais le ton semblait sérieux. À midi, sandwich pršut i sir (jambon et fromage local) et rakija (eau-de-vie de prune) : 200 dinars. La rakija était presque de l'essence. Šipan, l'île voisine, était encore plus vide. Petit port de pêche. On y a passé une nuit à l'auberge Viktorija. La proprio, Zvonka, nous a parlé de ses enfants qui étaient en service militaire. Elle paraissait inquiète. Elle a refusé de prendre de l'argent pour le petit déj du matin – juste des pains locaux, du miel épais et du slatko (confiture de fruits maison). Moment marquant : elle nous a montré des photos de sa famille. Son fils était au Kosovo. Elle disait « le monde va changer bientôt ». On n'a pas bien compris ce qu'elle voulait dire à l'époque. Retour et galèresAu retour vers Split, panne du catamaran pendant 40 minutes au large. Moteur qui surchauffait. Les passagers turcs et allemands restaient calmes, mais nous on regardait juste la côte en se demandant si c'était normal. Le capitaine a redémarré finalement. On s'est éternisés à Split avant de repartir. Le bus pour Zadar – compagnie Autotrans, départ 18 h de la gare principale – a eu deux heures de retard. Route de montagne la nuit, conducteur qui slalomait entre les camions. On est arrivés vers minuit, lessivés. Zadar : les tuyaux d'orgue et la torpeurOn a marché jusqu'au Musée archéologique de Zadar en fin de matinée. Fermé pour travaux. Les tuyaux d'orgue du Danube (l'installation sonore qui génère des notes avec l'eau et le vent) marchaient à moitié. On entendait surtout le vent et les vagues. Dîner au Restaurant Fossa, spécialité locale : brodet (bouillabaisse de poisson) à 520 dinars. Copieux, épicé. Deux jours sans vraiment quitter la ville, ce qui était dommage. Le dernier soir, bivouac à l'hôtel Cosmacendi à Trogir, petite ville entre Split et Zadar. Chambre spartiate, chauffage inexistant. On dormait en pull. Mais la vue sur le Vieux Monde en pierre depuis la fenêtre était sublime. On a croisé un groupe de journalistes dans le couloir qui parlaient de tensions politiques. On n'y a pas vraiment prêté attention. Erreur rétrospectivement.
Les bons plans repérés sur place.
Les remparts complets de Dubrovnik au coucher du soleil (34 °C, vue sur l'Adriatique entre chaque crénel)
Lopud et sa plage de galets noirs (60 dinars la chaise longue, eau turquoise à 26 °C)
Pašticada chez Restoran Miho à Omiš (450 dinars, sauce aux pruneaux incomparable)
Les tuyaux d'orgue du Danube à Zadar (installation bruitiste gratuite, marginal mais fascinant)
Petite auberge Viktorija sur Šipan pour le repas du matin sans prétention (pain miel slatko)
Photos — Dubrovnik et côte dalmate
Et au final.
Ce voyage nous a laissés un mélange confus : la Dalmatie était belle, vivante, les gens généreux. Mais on sentait une nervosité sous-jacente, des signaux qu'on n'a pas vraiment pris au sérieux sur le moment. Les événements de 1991 nous ont rappelé que cette insouciance était malplacée. On regrette de ne pas avoir mieux écouté les histoires de Zvonka.
