Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Asunción un mercredi matin, après deux vols de nuit depuis Paris. Le taxi desde l'aéroport Silvio Petirossi nous a coûté 180 000 guaraníes (environ 24 euros), et le chauffeur roulait comme un fou sur la Ruta 2, klaxonnant à tout bout de champ. Première sensation : une chaleur moite qui vous colle à la peau dès qu'on sort de la climatisation du véhicule. La température affichait 31 degrés à 9 heures du matin. On s'est installés à l'hôtel La Posada del Viajero, dans le quartier de San Telmo, une vieille maison coloniale reconvertie en guesthouse pour 35 euros la nuit. Le proprio, Rubén, nous a recommandé de manger au restaurant Lido Bar, à deux pâtés de maisons. Nous y avons découvert la sopa paraguaya (une sorte de pain de maïs fourré au fromage) et surtout le Tereré : du thé glacé servi dans une petite courge avec une bombilla en métal. L'odeur du Tereré me paraissait bizarre au début, herbacée et légèrement amère, mais à la fin du séjour j'en buvais deux litres par jour. La galère principale : le système de bus à Asunción est un chaos. Pas de horaires affichés, des arrêts aléatoires, des tarifs de 2 500 à 4 000 guaraníes selon la distance. On a pris la ligne 30 pour aller voir la Catedral Metropolitana (au centre) et on s'est retrouvés à l'autre bout de la ville. Un vendeur de glace ambulant m'a arrêté dans la rue pour m'expliquer le système ; il parlait quatre langues mais avec un accent qu'on comprenait à peine. Finalement, après trois bus différents, on a atteint la cathédrale vers 15 heures. L'intérieur est plutôt sobre, avec des murs blancs et une certaine fraîcheur, mais rien d'exceptionnel. Le moment qui m'a vraiment marqué : une visite au Mercado Central, le mercredi matin vers 6 heures. C'est un bâtiment en béton datant des années 1970, bondé de vendeurs et d'acheteurs. On y respirait l'odeur mélangée de mangues fraîchement coupées, de poisson frais qui dégoulinait de glaçons, et une note désagréable de produits de nettoyage. Un homme vendait des plants de yerba maté. Les prix étaient incroyables : une livre de crevettes fraîches à 22 000 guaraníes (3 euros). On a acheté des fruits qu'on ne connaissait pas (des pitayas rouges), et la vendeuse nous a donné des échantillons gratuits. Ce moment était vraiment l'essence du Paraguay urbain : du commerce brut, sans filtre, sans packaging touristique. Après quatre jours à la capitale, on a pris un vol avec TAP Paraguay vers Concepción, une petite ville du nord-est, point de départ pour explorer la Chiquitanía. Le vol a une heure de retard (problème climatique paraît-il). L'avion était un petit twin-engine qui s'est secoué pendant 40 minutes. À Concepción, on a loué une 4x4 auprès d'une agence locale, Los Cedros Rent-a-Car, pour 55 euros la journée. On a conduit trois heures vers l'est, via la route 7, une piste rougeâtre en très mauvais état. On cherchait la réserve de Iguazú et le lodge Iguazú Reserve ecolodge. À mi-chemin, on s'est arrêtés au village de Corpus Christi, où un enfant vendait des tresses de maïs séché. La végétation changeait progressivement : moins de bâtiments, plus de forêts épaisses, des chants d'oiseaux incessants. Le température baissait aussi, enfin on pouvait respirer un peu. Au lodge (100 euros la nuit pour un bungalow), on a rencontré Héctor, un guide local qui connaissait chaque arbre de la forêt. Le premier soir, il nous a menés sur un sentier la nuit. C'était terrifiant et sublime à la fois. Les bruits nocturnes (crapauds, insectes, quelques jaguars au loin selon lui) créaient une symphonie inquiétante. On s'est perdus pendant 20 minutes parce que la lampe torche de Héctor s'était éteinte. Les trois jours suivants ont été consacrés à des balades plus classiques, des visites de cascades, des observations d'oiseaux. Une toucanet verte a traversé le sentier à moins d'un mètre. Les guides disaient que c'était une chance extraordinaire. Pour moi, c'était juste... un oiseau sympa que je regardais pendant 5 secondes avant qu'il disparaisse dans les feuillages. On a mangé très simplement au lodge : du poulet rôti avec du riz et du mandioca (racine locale) tous les jours. Pas compliqué, pas délicieux, mais correct à 8 euros par repas. L'eau du lodge goûtait bizarrement (minérale), et on a tous eu des petits soucis digestifs les deux derniers jours. On est revenue à Asunción pour les trois derniers jours. On a visité le musée du Cabildo, assez vide un jeudi après-midi. On a pris un verre au bar Estación de Trenes, un établissement rescapé d'une ancienne gare routière. C'était bruyant, enfumé, avec des hommes regardant le football sur trois écrans simultanément. Très atmosphérique, clairement pas un endroit pour touristes.
Les bons plans repérés sur place.
Le Mercado Central d'Asunción, un mercredi matin tôt : vendeuses à même le sol, fruits étranges, odeurs brutes
La route 7 vers Concepción : piste rougeâtre en terre battue, villages isolés, changement progressif du paysage
Le lodge Iguazú Reserve : bungalows simples, guides locaux compétents, observation de toucanet verte
La sopa paraguaya au restaurant Lido Bar : pain de maïs fourré au fromage, servi chaud pour 12 000 guaraníes
Le Tereré en gourde traditionnelle : boisson nationale, odeur herbacée particulière, apprentissage de la bombilla
Photos — Asunción
Et au final.
Le Paraguay m'a surpris par son manque de polish touristique : c'est un pays qui ne cherche pas à plaire aux voyageurs. Les infrastructures sont basiques, les horaires inexistants, les routes souvent en mauvais état. Mais c'est justement ce qui le rend vivant. Asunción est chaotique sans charme particulier, et les deux ou trois jours qu'on a pu y passer auraient pu être réduits. En revanche, la Chiquitanía vaut vraiment le coup si vous aimez la nature sans excès de commodités touristiques. Je repartirais, mais en restant deux semaines d'affilée dans la forêt plutôt que de partager mon temps entre la capitale.








