Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport international Silvio Pettirossi d'Asunción un mercredi vers 14h30, j'ai immédiatement senti l'humidité collante du Paraguay. Pas la douceur tropicale qu'on imagine : une moiteur épaisse, qui colle à la peau et aux vêtements. Le taxi du terminal coûtait 180 000 guaraníes (environ 25 euros) jusqu'à mon hôtel, le Cecilia Hostel sur l'Avenida España. Le chauffeur m'a prévenu d'emblée : « Ne montre pas ton téléphone dehors, surtout la nuit. » Pas rassurant, mais utile. J'ai passé les trois premiers jours en ville. Asunción n'est pas une capitale qui crie. Elle murmure, plutôt. Les rues du centre-ville sont étroites, encombrées de minibus jaunes et bleus qui klaxonnent sans raison apparente. Le Mercado 4 (le marché central) sent l'oignon frit, le calamar grillé et la poussière. Impossible de décrire ça autrement : c'est foutraque, bruyant, authentique au sens où aucune touche Instagram n'y a trempé. J'ai mangé une sopa paraguaya (pas une soupe, mais une sorte de cake maïs-fromage-oignon) chez une vendeur du marché pour 8 000 guaraníes (1 euro), et c'était lourd, savoureux, le genre de truc qui te tient au ventre. Le Palacio de López se visite sur inscription préalable (j'ai raté le créneau du jeudi). Le Musée d'Art Sacré del Obispado m'a occupé deux heures un matin. Pas spectaculaire, mais les retables du XVIIIe siècle valaient le coup. Entrée gratuite, mais le gardien attendait une donation (je lui ai donné 20 000 guaraníes). Le moment problématique : j'ai pris un bus urbain (la ligne 30 du terminal d'Encarnación) pour me rendre à la Catedral Metropolitana. Pas de système de billetterie clair. J'ai offert un billet à 2 500 guaraníes au chauffeur, il a fait une grimace et m'a rendu 1 000 guaraníes. Incompréhension totale. Un passager à côté m'a expliqué que j'avais payé trop cher. Mini-arnaque, pas grave, mais ça m'a énervé. Direction les Chutes d'Iguazú : vol domestique avec TAM (Transportes Aéreos del Mercosur) depuis Silvio Pettirossi jusqu'à Puerto Iguazú, 1h20 de vol. J'aurais pu prendre un bus (Empresa de Transportes Asunción, départ 21h, arrivée 6h du matin le lendemain), mais j'ai craqué pour le confort. Billet : 350 euros à l'aller-retour. Une fois à Puerto Iguazú, j'ai loué une chambre à l'Iguazu Falls Hotel, face aux chutes. Le panorama dès la baie vitrée de ma chambre était hallucinant : les chutes grondaient en continu, un bruit blanc et écrasant qui entre dans les murs. Première journée aux chutes : je suis entré par le côté paraguayen (Parque Nacional Iguazú), moins touristique que le versant argentin. Tarif d'entrée : 150 000 guaraníes (20 euros). Les passerelles de bois longeaient les cascades à une distance où tu sens l'embruns froids sur ta face. Temperature baisse d'un coup. L'air devient épais, gonflé de vapeur. C'est moins photogénique que le côté argentin, mais plus silencieux. Un groupe de toucans criards survolait les arbres. Le deuxième jour, j'ai traversé la frontière pour voir le côté argentin du Parc National d'Iguazú. Procédure simple : passeport, traversée du Pont Tancredo Neves, arrivée à Puerto Iguazú en Argentine. Tarif argentin : 600 pesos (environ 6 euros, beaucoup moins cher). Les passerelles argentines plongent au cœur des chutes. J'ai pris le Tren Ecológico jusqu'à la Garganta del Diablo, le spectacle ultime : les eaux qui plongent 80 mètres en continu. Assourdissant. Humidité à 99 %. Repas : au restaurant de l'hôtel, une milanesa de surubi (poisson d'eau douce pané) coûtait 180 000 guaraníes (25 euros). Savoureux, sec à l'intérieur, doré. Un verre de tereré (boisson glacée à base de yerba maté) à chaque pause : 5 000 guaraníes (0,70 euro). Les Paraguayens boivent du tereré toute l'année, même la nuit. J'ai essayé, c'est très sucré. Le moment marquant : le dernier matin à Iguazú, levé à 5h30 pour une visite en bateau au pied des chutes avec Jungle Explorer. Le bateau frôle les rochers moussus. L'eau est verte-marron, froide. On monte droit vers la Garganta, et là, les chutes tombent littéralement au-dessus de ta tête. Tu es trempé en trois secondes, ton appareil photo tient à peine dans tes mains. Un instant de vertige où tu penses « c'est peut-être un peu trop ». L'adrénaline monte. C'est là que tu comprends pourquoi on paie pour venir ici. Retour à Asunción le jour 10. Un dernier soir, j'ai dîné au restaurant La Pergola, derrière le Palacio, où on sert une chipa guazú (sorte de polenta sucrée-salée) avec une soupe de feuilles de courge. Ambiente tranquille, prix honnête (150 000 guaraníes avec boisson). Les gens parlent espagnol avec un accent chantant, parfois des mots de guaraní glissent dans les conversations. C'est un détail qui fait du bien.
Les bons plans repérés sur place.
Mercado 4 d'Asunción : arriver avant 10h pour éviter la foule massive, sopa paraguaya chez les vendeurs du fond
Parc National Iguazú côté Paraguay : moins connu, passerelles moins encombrées, accès gratuit au mirador de la Garganta
Bateau d'approche Jungle Explorer : lever de soleil, la montée sous la Garganta del Diablo, inévitablement mouillé
Tereré glacé dans un café d'Asunción ou Puerto Iguazú : boisson locale, à essayer même si sucré
Musée d'Art Sacré del Obispado : retables baroques du XVIIIe, gratuit, peu touristique
Et au final.
Le Paraguay surprend par son décalage avec la région. Asunción reste une capitale dense, un peu désorganisée, où tu dois rester attentif. Les chutes d'Iguazú valent le détour même si je les ai trouvées moins majestueuses côté paraguayen qu'argentin. Le pays m'a séduit par son absence de poli touristique : c'est brut, il faut accepter les petites embrouilles et les inefficacités. J'aurais aimé plus de temps pour explorer le Chaco ou les Missions, mais 12 jours c'était court.







