Comment ça s'est passé.
On a atterri à Damas un mardi soir vers 20h30, aéroport international de Bassel Al-Assad. La douane a pris deux heures – pas de malveillance, juste du bureaucratique. Notre hôtel, le Cham Palace (chambre 412), surplombait la Rue Droite depuis un balcon étroit. Premier impact : l'odeur du jasmin mêlée aux gaz d'échappement des vieilles Lada jaunes qui encombrent les rues. Étouffant dès le départ. Le mercredi matin, levés à 6h pour le souk al-Hamidiyya. C'était fermé. Les commerçants n'ouvraient qu'à 10h. On a traîné dans les cafés autour de la mosquée des Omeyyades, bu du café turc serré (50 livres syriennes) en regardant les groupes de touristes russes. La mosquée elle-même était à moitié fermée pour restaurations – on n'a vu que la cour intérieure, avec ses arcades en marbre rose pâle et des pigeons qui picoraient partout. Déception mineure, mais c'était prévu dans les brochures d'avant 2015. Les souks : claustrophobie et négociationsLe souk al-Hamidiyya, quand il a enfin ouvert, c'était l'inverse de ce qu'on attendait. Au lieu de boutiques de souvenirs touristiques, on s'est retrouvé dans un dédale de vendeurs de tissu, de pièces électriques, de fruits secs. L'air était chaud, humide, lourd. On suait à travers nos vêtements après 15 minutes. Un marchand nous a alpagué pour du cuivre martelé – galère classique. Il voulait 2500 livres (5 euros) pour un petit plateau de rien du tout. On a marché jusqu'à 800 livres. Il n'a pas aimé. Tant pis. Déjeuner au restaurant al-Zahra, coin de la Rue Madhat Pasha : kibbeh cru et hummus – 600 livres pour deux. Le goût était correct, pas transcendant. La viande était froide, probablement préparée le matin. On a eu un moment bizarre quand le serveur a versé du raki (alcool anis) sans qu'on demande. Nous, on n'en voulait pas – gêne de part et d'autre. Il a dit que c'était offert par le patron. On a bu poliment, ce qui n'était pas le plan. Palmyre : une déception minéraleExcursion à Palmyre le jeudi, via un minibus de l'hôtel (4 places, 8000 livres par personne). Trajet de deux heures et demie à travers le désert beige, monotone, brûlant – thermomètre du minibus affichait 38°C à midi. Pas de climatisation en marche. Arrivée à Palmyre vers 14h. On s'y attendait à moitié : les ruines sont endommagées. Les colonnes du Grand Colonnade sont toujours là, mais le Temple de Bel n'est qu'un squelette en pierre. Les photos d'avant les bombardements montraient autre chose. C'était poignant et vide. Un groupe de militaires en uniformes nous a observé de loin, sans intervenir. On a marché deux heures sous le soleil, les pieds qui brûlaient même avec les chaussures, le sable qui s'infiltrait partout. Pas une âme à part un vendeur de Pepsi à l'ombre d'un rocher. Une litre à 500 livres. On a payé. Malula et le silence des villagesSamedi direction Malula, le village où on parle l'araméen. C'est à 45 minutes au nord de Damas. Bus 22 depuis la gare routière du Haramein (c'est là qu'on a failli se perdre – personne n'indique bien les départs). Le bus était blindé, fenêtres empoussérées, musique arabe à fond. Assis à côté d'un homme qui mangeait des graines de courge pendant deux heures. Malula était plus petit qu'on imaginait. Les églises maronites sont impressionnantes, nichées dans le roc. Le Couvent de Sainte-Thècle, suspendu à flanc de montagne. À l'intérieur, des icônes, des chandelles, l'odeur incense-humidité. Silence total. C'était le genre de moment qui justifie le voyage – pas de pose, pas d'extase artificielle, juste de la solitude dans un endroit habité depuis 2000 ans. On a cherché un restaurant local. Il y en avait un avec deux tables. La propriétaire nous a servi des brochettes de poulet (820 livres), du pain pita chaud et une salade tomate-concombre. C'était bon, honnêtement. Elle nous a versé du thé à la menthe frais sans demander – celui-ci, on a apprécié. Elle ne parlait pas français ni anglais, juste l'arabe. Gestuels. Ça a marché. Bilan contrastéLes derniers jours, on a flâné dans les quartiers Christians et Straight Street. Acheté du miel de pins (700 livres pour un petit pot) chez un vieux monsieur qui tenait un tout petit magasin depuis 40 ans. Mangé des ma'amoul (biscuits fourrés) chez Bakery Al-Nabil (300 livres la boîte de trois). Dimanche matin avant le vol, café allongé à la terrasse du café al-Nofara – le même endroit où Hafez al-Assad venait jouer au backgammon, selon le serveur. Vue sur la ville qui se réveillait, brume de pollution au loin.
Les bons plans repérés sur place.
Souk al-Hamidiyya : arriver tôt à 10h, négocier sans précipitation, essayer les petites boutiques de fruits secs plutôt que le cuivre
Malula et le Couvent de Sainte-Thècle : prendre le bus 22, y aller avant 15h pour éviter les groupes, manger chez l'habitante près de l'église principale
Mosquée des Omeyyades : cour intérieure accessible même durant les restaurations, murs en marbre rose, meilleur moment en fin d'après-midi
Palmyre depuis Damas : minibus direct depuis l'hôtel, apporter de l'eau et une protection solaire sérieuse, rester 3 heures max vu la chaleur
Rue Droite (Via Recta) : se perdre volontairement, boire du café turc chez les petits marchands, pas besoin de guide
Et au final.
Damas n'est pas un coup de cœur, mais ce n'était pas la catastrophe qu'on redoutait non plus. C'est une ville grise, chaude, en reconstruction lente. Les gens sont courtois, distants, fatigués. On repart avec des sensations plutôt qu'avec des photos de rêve. À refaire ? Oui, mais pas en priorité. La Syrie n'est pas un pays facile pour le tourisme en ce moment – logistique compliquée, infractions, chaleur écrasante. Ce qu'on a vu valait le détour, juste pas la peine d'en rajouter.







