Damas, entre ruines et quotidien fragile : 10 jours dans la Syrie d'après
CarnetSyrie202610 jours

Damas, entre ruines et quotidien fragile : 10 jours dans la Syrie d'après

Je ne vais pas te mentir : arriver à Damas en 2024, c'est accepter de voyager dans un pays qui respire encore la tension. Mais c'est aussi voir des choses que peu d'Européens voient. Levé à 5 h 30 le premier matin dans…

MA
Publié le · mis à jour le
10 jours1 album3/5
Le récit

Comment ça s'est passé.

Je ne vais pas te mentir : arriver à Damas en 2024, c'est accepter de voyager dans un pays qui respire encore la tension. Mais c'est aussi voir des choses que peu d'Européens voient. Levé à 5 h 30 le premier matin dans ma chambre de l'hôtel Semiramis (rue Aramon, face à la mosquée des Omeyyades), j'ai senti l'odeur caractéristique de la myrte et du jasmin qui flotte sur la Vieille Ville avant que le soleil tape vraiment. Le personnel du Semiramis était bienveillant mais visiblement fatigué—on voyait que le tourisme n'était pas revenu à la normale. Les premiers jours, je me suis perdu volontairement dans le souk al-Hamidiyya. Les vendeurs vendaient des dattes farcies au pistache à 200 livres syriennes le kilo (moins d'un euro). J'ai goûté un vrai kébab chez Abu Rami, une petite gargote sans enseigne près de la porte du souk : viande épicée, pain chaud cuit sur une plaque en fonte, et la sueur qui dégouline sur le front. Délicieux, mais les portions sont énormes. Les prix : 500 livres syriennes par assiette. On en parle souvent pas, mais la nourriture là-bas est salée, très salée. Les monuments : entre beauté gelée et abandonLa mosquée des Omeyyades m'a arrêté net. En entrant par la cour aux colonnes blanches, vers 9 h du matin, j'ai été frappé par le silence. Pas dix touristes. Les carrelages bleus et turquoise des murs de la salle de prière brillaient encore, mais les éclaboussures brunes sur le marbre (des traces de bombardements) rappellent que ce lieu a été une ligne de front. Un moment étrange, humiliant presque : admirer l'art pendant que des gens essaient juste de survivre à côté. Deuxième galère concrète : le bus 20 qui était censé me mener au palais Azem. Arrivée prétendue à 14 h, arrivée réelle à 15 h 45. Le climatiseur ne marchait pas, les fenêtres étaient fermées, température intérieure d'au moins 38°C. Une femme âgée à côté de moi a été gentille, elle m'a offert une gorgée de son verre d'eau rose. On ne parle pas d'assez de ces petits gestes. Le palais Azem lui-même (XVIIIe siècle) est une merveille architecturale figée. Cour intérieure avec bassin, colonnes, faïences sculptées. Mais la moitié des salles sont fermées, le personnel est réduit au minimum. J'y ai passé deux heures, seul ou presque. C'était beau et triste à la fois. Vie quotidienne et réalité économiqueJ'ai tenté de me mêler aux locaux au café Bakdash, une institution historique du souk depuis 1895. On y vend des glaces faites main : safran, pistachio, et une spécialité à base de mastic que personne ne sait expliquer aux touristes. 1000 livres syriennes la portion. Un vieux a engagé la conversation en arabe—j'ai bluffé avec mon arabe d'école—et on a parlé de foot, de la vie à Damas avant et maintenant. Il n'a pas dit grand-chose sur la politique. Tout le monde fait attention à ça. Les prix des hôtels : le Semiramis coûtait 60 euros la nuit, chambre double sans vue. Les restaurants touristiques affichaient 20-30 euros le plat, ce qui est dingue pour les Syriens. Mais les petits restaurants locaux ? 2-4 euros. L'écart économique crève les yeux. Les transports : un ticket de minibus (microbus) coûte 125 livres syriennes, le paiement se fait au chauffeur en espèces uniquement. Les cartes bancaires étrangères ne fonctionnent nulle part. J'ai dû utiliser un bureau de change à la gare de Damas Central, et j'ai probablement me faire avoir sur le taux, mais impossible de vérifier sur place. Moment marquant, et quelques déceptionsLe matin du 7e jour, je suis montée au panorama de Jabal Qasioun. Vue sur Damas étalée sur les collines, soleil derrière la ville, pollution légère mais visible. Un gamin d'une dizaine d'années vendait des cartes postales avec des photos de Damas d'avant 2011. Il m'a montré une photo en couleur d'une avenue que je venais de traverser. L'avenue était la même, mais plus verte, plus vivante. Le gamin a juste dit « avant » et j'ai achete cinq cartes, même si je ne sais pas trop quoi en faire. Ce qui m'a déçu : l'insécurité invisible mais présente. Les contrôles militaires (checkpoints) qu'on croise un peu partout, le feeling qu'il ne faut pas traîner tard le soir, la sensation de vivre dans une bulle touristique très mince. À 19 h, la Vieille Ville se vide. Je n'ai pas eu de problème, mais on sent qu'on ne peut pas se comporter comme dans un pays normal.

À ne pas rater

Les bons plans repérés sur place.

1

Mosquée des Omeyyades : entrée vers 8 h 30 pour éviter la foule (même mince), cour intérieure, silence presque religieux

2

Souk al-Hamidiyya : tunnel couvert, 600 m de marche, vendeurs de dattes/épices/tissus, odeur de cannelle écrasée

3

Café Bakdash : glace faite main depuis 1895, mastic et pistache, 1000 LS, coin de la terrasse du Semiramis

4

Palais Azem : bassin central, faïences bleues, fermé partiellement, 20 min à pied de la mosquée

5

Jabal Qasioun panorama : coucher de soleil, cartes postales « avant », perspective brutale sur le temps

Album · 7 photos

Photos — Damas

Damas, entre ruines et quotidien fragile : 10 jours dans la Syrie d'après
Damas — 2
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Conclusion

Et au final.

Damas m'a marqué, mais pas comme une destination touristique « classique ». C'est un voyage dans un pays qui se reconstruit, avec des moments de beauté intense et d'autres de malaise. La nourriture est bonne, les monuments sont réels, les gens sont curieux et généreux. Mais la situation économique et sécuritaire pèse, et c'est honnête de le dire. Je ne regrette pas d'être allé, mais c'était exigeant.

En résumé

Avis Damas : carnet de voyage de 10 jours par marcusroaming

Destination
Damas →
Pays
Syrie →
Durée
10 jours
Période
septembre · Automne
Note du voyageur
3/5
Voyageur
@marcusroaming →
L'essentiel

Damas en bref

Pourquoi choisir Damas

  • Patrimoine architectural authentique et peu touristé : mosquée des Omeyyades et palais Azem préservés
  • Gastronomie locale riche et abordable : kébabs, glaces traditionnelles, dattes au pistache avec prix locaux
  • Expérience immersive en Syrie contemporaine : rencontres humaines authentiques sans massification touristique
  • Souk al-Hamidiyya historique avec commerce traditionnel vivant et ambiance orientale préservée
  • Voyage introspectif et conscient : destination exigeante pour voyageurs en quête de sens au-delà du confort

Pour qui ?

  • Voyageurs culturels conscients acceptant contextes géopolitiques complexes
  • Archéologues et historiens de l'architecture islamique médiévale
  • Amateurs de gastronomie authentique recherchant authenticité économique
  • Journalistes et documentaristes étudiant la reconstruction post-conflit
  • Aventuriers intrépides cherchant destinations non conventionnelles

À éviter si…

  • Vous cherchez une destination touristique sécurisée et conventionnelle avec services complets
  • Vous dépendez des cartes bancaires : seul le cash fonctionne
  • Vous êtes intolérant aux tensions géopolitiques et aux contrôles militaires visibles
  • Vous attendez du confort hôtelier standard et une normalité touristique complète
À découvrir aussi
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Photos communautaires : Damas

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Souk
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© Bagolina
Porte dans la vieille ville de Damas
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Il a osé !
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© jfgornet
Dessous de Damas
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Mode et voiles (2)
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5 years ago, Syrian rally : stop bombing Idlib
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© Jeanne Menjoulet
Ruelle de Damas
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© mickou
Haute couture à Damas
Haute couture à Damas
© jfgornet
Questions fréquentes

FAQ — Damas

Est-il sûr de visiter Damas en 2024 ?

Selon l'auteur, il n'y a pas eu de problèmes de sécurité directs, mais une vigilance est nécessaire : checkpoints militaires fréquents, nécessité de ne pas traîner après 19 h en Vieille Ville, et sensation d'une bulle touristique mince. La destination demande une acceptation consciente de la tension ambiante.

Quels sont les meilleurs hôtels et leurs tarifs ?

L'hôtel Semiramis (rue Aramon, face à la mosquée des Omeyyades) propose des chambres doubles sans vue à 60 euros la nuit. Le personnel est bienveillant mais le tourisme n'est pas revenu à la normale. Les restaurants touristiques facturent 20-30 euros par plat, tandis que les petits restaurants locaux coûtent 2-4 euros.

Comment fonctionne la monnaie et les paiements ?

Les cartes bancaires étrangères ne fonctionnent nulle part. Les transports (minibus) coûtent 125 livres syriennes par ticket, payement en espèces au chauffeur. Un bureau de change existe à la gare de Damas Central, où le taux peut être défavorable. Préparez des espèces avant le départ.

Quels monuments ne faut pas manquer ?

La mosquée des Omeyyades domine avec sa cour aux colonnes blanches et ses carrelages bleus turquoise ; elle conserve les traces du bombardement sur le marbre. Le palais Azem (XVIIIe siècle) offre architecture d'époque avec cour intérieure, bassin et faïences sculptées, mais la moitié des salles sont fermées.

Où manger et quelles spécialités goûter ?

Abu Rami, petite gargote sans enseigne près de la porte du souk al-Hamidiyya, propose d'excellents kébabs (500 livres syriennes). Le café Bakdash (depuis 1895) vend des glaces artisanales : safran, pistache et mastic (1000 livres syriennes). Les dattes farcies au pistache du souk coûtent 200 livres le kilo. Attention : la nourriture est très salée.

Quel est le meilleur point de vue sur la ville ?

Le panorama de Jabal Qasioun offre une vue sur Damas étalée sur les collines au lever ou coucher de soleil. La vue révèle aussi l'écart entre la ville présente (moins verte) et celle d'avant 2011, visible sur les cartes postales vendues par des enfants locaux.

Quand visiter et quel est le climat ?

Damas connaît une température d'environ 38°C en intérieur pendant la journée en période estivale. Le matin (5 h 30) offre une atmosphère plus fraîche avec odeurs de myrte et jasmin flottant sur la Vieille Ville. Éviter les heures chaudes pour les transports non climatisés.

Comment se déplacer dans la ville ?

Les minibus (microbuses) sont le transport principal, avec paiement au chauffeur en espèces. L'auteur a attendu 1 h 45 de plus que prévu pour un bus vers le palais Azem, avec climatiseur non fonctionnel. Prévoir du temps supplémentaire et accepter les délais.