Comment ça s'est passé.
Je ne vais pas te mentir : arriver à Damas en 2024, c'est accepter de voyager dans un pays qui respire encore la tension. Mais c'est aussi voir des choses que peu d'Européens voient. Levé à 5 h 30 le premier matin dans ma chambre de l'hôtel Semiramis (rue Aramon, face à la mosquée des Omeyyades), j'ai senti l'odeur caractéristique de la myrte et du jasmin qui flotte sur la Vieille Ville avant que le soleil tape vraiment. Le personnel du Semiramis était bienveillant mais visiblement fatigué—on voyait que le tourisme n'était pas revenu à la normale. Les premiers jours, je me suis perdu volontairement dans le souk al-Hamidiyya. Les vendeurs vendaient des dattes farcies au pistache à 200 livres syriennes le kilo (moins d'un euro). J'ai goûté un vrai kébab chez Abu Rami, une petite gargote sans enseigne près de la porte du souk : viande épicée, pain chaud cuit sur une plaque en fonte, et la sueur qui dégouline sur le front. Délicieux, mais les portions sont énormes. Les prix : 500 livres syriennes par assiette. On en parle souvent pas, mais la nourriture là-bas est salée, très salée. Les monuments : entre beauté gelée et abandonLa mosquée des Omeyyades m'a arrêté net. En entrant par la cour aux colonnes blanches, vers 9 h du matin, j'ai été frappé par le silence. Pas dix touristes. Les carrelages bleus et turquoise des murs de la salle de prière brillaient encore, mais les éclaboussures brunes sur le marbre (des traces de bombardements) rappellent que ce lieu a été une ligne de front. Un moment étrange, humiliant presque : admirer l'art pendant que des gens essaient juste de survivre à côté. Deuxième galère concrète : le bus 20 qui était censé me mener au palais Azem. Arrivée prétendue à 14 h, arrivée réelle à 15 h 45. Le climatiseur ne marchait pas, les fenêtres étaient fermées, température intérieure d'au moins 38°C. Une femme âgée à côté de moi a été gentille, elle m'a offert une gorgée de son verre d'eau rose. On ne parle pas d'assez de ces petits gestes. Le palais Azem lui-même (XVIIIe siècle) est une merveille architecturale figée. Cour intérieure avec bassin, colonnes, faïences sculptées. Mais la moitié des salles sont fermées, le personnel est réduit au minimum. J'y ai passé deux heures, seul ou presque. C'était beau et triste à la fois. Vie quotidienne et réalité économiqueJ'ai tenté de me mêler aux locaux au café Bakdash, une institution historique du souk depuis 1895. On y vend des glaces faites main : safran, pistachio, et une spécialité à base de mastic que personne ne sait expliquer aux touristes. 1000 livres syriennes la portion. Un vieux a engagé la conversation en arabe—j'ai bluffé avec mon arabe d'école—et on a parlé de foot, de la vie à Damas avant et maintenant. Il n'a pas dit grand-chose sur la politique. Tout le monde fait attention à ça. Les prix des hôtels : le Semiramis coûtait 60 euros la nuit, chambre double sans vue. Les restaurants touristiques affichaient 20-30 euros le plat, ce qui est dingue pour les Syriens. Mais les petits restaurants locaux ? 2-4 euros. L'écart économique crève les yeux. Les transports : un ticket de minibus (microbus) coûte 125 livres syriennes, le paiement se fait au chauffeur en espèces uniquement. Les cartes bancaires étrangères ne fonctionnent nulle part. J'ai dû utiliser un bureau de change à la gare de Damas Central, et j'ai probablement me faire avoir sur le taux, mais impossible de vérifier sur place. Moment marquant, et quelques déceptionsLe matin du 7e jour, je suis montée au panorama de Jabal Qasioun. Vue sur Damas étalée sur les collines, soleil derrière la ville, pollution légère mais visible. Un gamin d'une dizaine d'années vendait des cartes postales avec des photos de Damas d'avant 2011. Il m'a montré une photo en couleur d'une avenue que je venais de traverser. L'avenue était la même, mais plus verte, plus vivante. Le gamin a juste dit « avant » et j'ai achete cinq cartes, même si je ne sais pas trop quoi en faire. Ce qui m'a déçu : l'insécurité invisible mais présente. Les contrôles militaires (checkpoints) qu'on croise un peu partout, le feeling qu'il ne faut pas traîner tard le soir, la sensation de vivre dans une bulle touristique très mince. À 19 h, la Vieille Ville se vide. Je n'ai pas eu de problème, mais on sent qu'on ne peut pas se comporter comme dans un pays normal.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée des Omeyyades : entrée vers 8 h 30 pour éviter la foule (même mince), cour intérieure, silence presque religieux
Souk al-Hamidiyya : tunnel couvert, 600 m de marche, vendeurs de dattes/épices/tissus, odeur de cannelle écrasée
Café Bakdash : glace faite main depuis 1895, mastic et pistache, 1000 LS, coin de la terrasse du Semiramis
Palais Azem : bassin central, faïences bleues, fermé partiellement, 20 min à pied de la mosquée
Jabal Qasioun panorama : coucher de soleil, cartes postales « avant », perspective brutale sur le temps
Photos — Damas
Et au final.
Damas m'a marqué, mais pas comme une destination touristique « classique ». C'est un voyage dans un pays qui se reconstruit, avec des moments de beauté intense et d'autres de malaise. La nourriture est bonne, les monuments sont réels, les gens sont curieux et généreux. Mais la situation économique et sécuritaire pèse, et c'est honnête de le dire. Je ne regrette pas d'être allé, mais c'était exigeant.








