Damas en temps de reconstruction : entre ruines et sourires de résistance
CarnetSyrie202610 jours

Damas en temps de reconstruction : entre ruines et sourires de résistance

J'arrive à l'aéroport de Damas le 12 novembre en fin d'après-midi. Le vol avec Syria Air depuis Beyrouth a eu deux heures de retard — problème de documentation douanière, m'explique l'hôtesse avec un sourire fatigué.…

TL
Publié le · mis à jour le
10 jours3/5
Le récit

Comment ça s'est passé.

J'arrive à l'aéroport de Damas le 12 novembre en fin d'après-midi. Le vol avec Syria Air depuis Beyrouth a eu deux heures de retard — problème de documentation douanière, m'explique l'hôtesse avec un sourire fatigué. Dehors, l'air sent la poussière de construction et l'essence brûlée. Les routes vers la Vieille Ville sont à moitié défoncées. Je descends à l'Hôtel Sham, rue Nawas, chambre 307 : murs couleur ocre, ventilateur qui grince, mais eau chaude et vue sur les toits de la médina. Nuit à 45 euros la chambre. Le lendemain, 6h du matin, je marche vers la Grande Mosquée des Omeyyades. L'air frais du matin porte l'odeur du pain qui sort des fours à bois de la boulangerie Al-Rabih, à côté du souk. Je prends deux pains chauds pour 50 livres syriennes (moins de 1 euro). La mosquée est fermée ce jour-là pour travaux de restauration. Déception. Mais en traînant près du minaret de Qaitbay, je croise Amir, un guide local d'environ 50 ans, qui me propose une visite du souk. Il m'extorque finalement 20 dollars pour « trois heures complètes », mais ne nous en fait que deux. Classique. Le souk de Damas : des jours et des jours de ruelleLe souk Al-Hamidiyeh s'étend sur presque 600 mètres. Poutres de bois noircies au plafond, odeur de clou de girofle et de cumin qui prend la gorge. Je m'arrête chez Bakdash, le fameux glacier depuis 1895, rue Droite. Une boule de crème de pistache : 200 livres syriennes (0,35 euro). C'est sucré, dense, le goût de pistache véritable — pas cet arôme artificiel qu'on trouve partout ailleurs. Amir m'fait goûter du « pain de cumin » chez un boulanger dont il connaît le fils — geste calculé pour générer un pourboire supplémentaire. Le pain est bon, même si déjà vu cent fois. Le moment marquant du voyage : dimanche après-midi, café Nawas, près de l'entrée du souk. Je m'assieds à une table basse avec Ahmed, un homme d'environ 35 ans qui réparait des vieux radios avant la guerre. On boit du café noir serré (avec un côté sucré naturel, pas du sirop). Il me raconte, sans pleurer mais avec une voix très unie, comment il a dû fermer sa boutique en 2012, comment trois membres de sa famille ont quitté le pays, comment lui a décidé de rester. Il ne demande rien. Il parle juste. À la fin, j'insiste pour payer son café aussi. Ça m'a secoué. Malula et la chapelle de Thecla : montagne et détour compliquéJeudi, je loue une voiture avec chauffeur — Mustafa, 58 ans, qui n'a pas la climatisation en marche parce que « ça consomme trop ». Route vers Malula : 60 kilomètres au nord-est. La température extérieure atteint 28 degrés. Malula s'accroche à la montagne, maisons blanches et bleues empilées comme des cubes. La Chapelle de Thecla, creusée dans la roche, date du 1er siècle. L'intérieur est frais, presque froid. Quelques femmes en noir prient. Pas beaucoup de touristes. Malula a souffert pendant les années de conflit, et ça se voit : des façades noircies, des fenêtres vides. Mustafa dit que beaucoup de chrétiens d'ici ont quitté la Syrie. Bain de pieds dans une petite gargote locale : hummus maison avec un trait d'huile d'olive noire, pain lavash, une petite assiette de tomates-concombre. 350 livres syriennes (0,60 euro). Pas mal, mais servi sans grand enthousiasme. Retour à Damas vers 18h. Mustafa me demande 200 dollars pour la journée complète. Je négocie à 140. Ce genre d'arnaque rampante fatigue : chaque touriste potentiel est une source de surcoûte. Ça finit par peser psychologiquement. Derniers jours : Musée National et départSamedi, Musée National de Damas. Mosaïques de Shahba, murs du désert, objets nabatéens. L'entrée coûte 600 livres syriennes (1 euro). Le musée est vide — trois personnes avec moi. Les salles sentent l'humidité et le temps arrêté. C'est beau mais mélancolique. Pas de bande sonore, pas de reconstitution, juste les objets et le silence. Une vitrine montre une statuette de Vénus datée de 2700 avant J.-C. : toute petite, lisse, énigmatique. Dernier soir, restaurant Alzahra near Shukri Al-Quwatli Street, où j'avale un kebab « Damascus style » — viande finement haché épicée, grillée sur charbon, servie dans du pain sangak chaud — 1 200 livres syriennes (2 euros). Bier n'existe pas légalement en Syrie (pays musulman officiellement), donc eau minérale gazeuse locale. Je discute avec un couple de touristes allemands qui trouvent Damas « trop compliquée ». Je comprends ce qu'ils veulent dire.

À ne pas rater

Les bons plans repérés sur place.

1

Mosquée des Omeyyades (murs restaurés en 2024, minaret de Qaitbay visible)

2

Bakdash glacier, rue Droite — crème de pistache depuis 1895

3

Chapelle de Sainte-Thècla à Malula — intérieur du 1er siècle, température glaciale

4

Souk Al-Hamidiyeh — matin avant 9h pour éviter la foule et la chaleur

5

Musée National, section nabatéenne — très calme, entrée à 1 euro

Conclusion

Et au final.

Damas m'a déçu et marqué à la fois. J'ai trouvé une ville qui panse ses plaies, mais lentement, avec une certaine amertume envers le tourisme. Les gens sont généreux quand ils baissent leur garde — comme Ahmed au café. Mais l'infrastructure touristique reste parasitée par des arnaques petites mais usantes. Je ne reviendrais pas de sitôt.

En résumé

Avis Damas : carnet de voyage de 10 jours par thomasv-lyon

Destination
Damas →
Pays
Syrie →
Durée
10 jours
Période
novembre · Automne
Note du voyageur
3/5
Voyageur
@thomasv-lyon →
L'essentiel

Damas en bref

Pourquoi choisir Damas

  • Souk Al-Hamidiyeh : 600 mètres de ruelles historiques avec épices authentiques et glacier centenaire
  • Chapelle de Thecla à Malula : monument du 1er siècle creusé en roche, 60 km au nord-est
  • Budget ultra-accessible : repas complets 0,60-2 euros, hôtel 45 euros, musées 1 euro
  • Connexions humaines authentiques : rencontres intimes avec habitants racontant l'histoire contemporaine
  • Patrimoine archéologique : statuettes nabatéennes et mosaïques byzantines peu visitées

Pour qui ?

  • Archéologues et amateurs d'histoire ancienne
  • Voyageurs en quête d'authenticité et sensibles au contexte post-conflictuel
  • Routards au budget serré cherchant valeur extrême
  • Intellectuels intéressés par récits géopolitiques et résistance culturelle
  • Couples aventureux tolérants face à l'inconfort et l'imprévisibilité

À éviter si…

  • Vous recherchez confort touristique standard et infrastructure d'accueil efficace
  • Les situations géopolitiquement complexes ou l'ambiance mélancolique vous mettent mal à l'aise
  • Vous craignez les arnaquages petits mais répétés ou l'absence d'alcool légal
  • Vous avez besoin de musées médiatisés, restaurants haut de gamme ou attractions packagées
À découvrir aussi
Grande Mosquée des OmeyyadesMinaret de QaitbaySouk Al-HamidiyehMalulaChapelle de TheclaMusée National de DamasRue NawasRue DroiteGlacerie BakdashMontagne de MalulaAéroport international de DamasRoute nord-est vers Malula

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Souk
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Ruelle de Damas
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Haute couture à Damas
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Questions fréquentes

FAQ — Damas

Quel est le meilleur moyen de se déplacer à Damas ?

La location de voiture avec chauffeur est courante mais nécessite une négociation ferme des tarifs avant le départ — l'auteur a dû négocier de 200 à 140 dollars pour une journée complète vers Malula. Les routes principales vers les zones touristiques sont en mauvais état, particulièrement vers la Vieille Ville.

Combien coûte une visite guidée du souk Al-Hamidiyeh ?

Un guide local demande environ 20 dollars pour trois heures, bien que l'exécution peut être inférieure aux promesses. Le souk s'étend sur 600 mètres avec des rues couvertes de poutres de bois noircies, spécialisé en épices (clou de girofle, cumin) et glacier historique Bakdash depuis 1895.

La Grande Mosquée des Omeyyades est-elle toujours accessible aux visiteurs ?

Au moment du séjour (novembre), la mosquée était fermée pour travaux de restauration. Les horaires de visite doivent être vérifiés à l'arrivée. La zone reste accessible pour observer le minaret de Qaitbay et les alentours du souk.

Quel est le budget moyen quotidien pour un voyageur en 2024 ?

Selon le récit : hôtel 45 euros, repas locaux 0,60 à 2 euros, guides 20 dollars, entrées musées 1 euro. Budget total estimé 50-80 euros/jour tout compris, mais majoré par les négociations systématiques avec prestataires touristiques.

Malula vaut-elle le détour depuis Damas ?

Oui pour l'histoire (Chapelle de Thecla du 1er siècle creusée dans la roche) et architecture locale unique, mais la ville porte les cicatrices du conflit (façades noircies, fenêtres vides). À 60 km au nord-est, une journée complète est recommandée avec chauffeur.

Que proposent les restaurants de Damas ?

Cuisine locale authentique à bas prix : kebab damascène 2 euros, hummus maison 0,60 euro, pain frais moins d'un euro. L'alcool n'est pas disponible légalement. Établissements simples mais sans touristification excessive, contrairement aux zones côtières libanaises.

Le Musée National de Damas est-il intéressant ?

Oui pour amateurs d'archéologie : mosaïques de Shahba, artefacts nabatéens, statuettes Vénus datées 2700 avant J.-C. Entrée 1 euro, atmosphère mélancolique avec peu de visiteurs et aucune médiatisation interactive. Idéal pour une expérience contemplative.

Quels sont les risques liés au tourisme à Damas actuellement ?

Arnaquages pétits mais systématiques (majorations 50-100% sur tarifs guides et transports), infrastructure de base défaillante, et un certain malaise ambiant lié au contexte post-conflictuel. Les connexions humaines authentiques restent possibles mais demandent patience et respect.