Comment ça s'est passé.
J'arrive à l'aéroport de Damas le 12 novembre en fin d'après-midi. Le vol avec Syria Air depuis Beyrouth a eu deux heures de retard — problème de documentation douanière, m'explique l'hôtesse avec un sourire fatigué. Dehors, l'air sent la poussière de construction et l'essence brûlée. Les routes vers la Vieille Ville sont à moitié défoncées. Je descends à l'Hôtel Sham, rue Nawas, chambre 307 : murs couleur ocre, ventilateur qui grince, mais eau chaude et vue sur les toits de la médina. Nuit à 45 euros la chambre. Le lendemain, 6h du matin, je marche vers la Grande Mosquée des Omeyyades. L'air frais du matin porte l'odeur du pain qui sort des fours à bois de la boulangerie Al-Rabih, à côté du souk. Je prends deux pains chauds pour 50 livres syriennes (moins de 1 euro). La mosquée est fermée ce jour-là pour travaux de restauration. Déception. Mais en traînant près du minaret de Qaitbay, je croise Amir, un guide local d'environ 50 ans, qui me propose une visite du souk. Il m'extorque finalement 20 dollars pour « trois heures complètes », mais ne nous en fait que deux. Classique. Le souk de Damas : des jours et des jours de ruelleLe souk Al-Hamidiyeh s'étend sur presque 600 mètres. Poutres de bois noircies au plafond, odeur de clou de girofle et de cumin qui prend la gorge. Je m'arrête chez Bakdash, le fameux glacier depuis 1895, rue Droite. Une boule de crème de pistache : 200 livres syriennes (0,35 euro). C'est sucré, dense, le goût de pistache véritable — pas cet arôme artificiel qu'on trouve partout ailleurs. Amir m'fait goûter du « pain de cumin » chez un boulanger dont il connaît le fils — geste calculé pour générer un pourboire supplémentaire. Le pain est bon, même si déjà vu cent fois. Le moment marquant du voyage : dimanche après-midi, café Nawas, près de l'entrée du souk. Je m'assieds à une table basse avec Ahmed, un homme d'environ 35 ans qui réparait des vieux radios avant la guerre. On boit du café noir serré (avec un côté sucré naturel, pas du sirop). Il me raconte, sans pleurer mais avec une voix très unie, comment il a dû fermer sa boutique en 2012, comment trois membres de sa famille ont quitté le pays, comment lui a décidé de rester. Il ne demande rien. Il parle juste. À la fin, j'insiste pour payer son café aussi. Ça m'a secoué. Malula et la chapelle de Thecla : montagne et détour compliquéJeudi, je loue une voiture avec chauffeur — Mustafa, 58 ans, qui n'a pas la climatisation en marche parce que « ça consomme trop ». Route vers Malula : 60 kilomètres au nord-est. La température extérieure atteint 28 degrés. Malula s'accroche à la montagne, maisons blanches et bleues empilées comme des cubes. La Chapelle de Thecla, creusée dans la roche, date du 1er siècle. L'intérieur est frais, presque froid. Quelques femmes en noir prient. Pas beaucoup de touristes. Malula a souffert pendant les années de conflit, et ça se voit : des façades noircies, des fenêtres vides. Mustafa dit que beaucoup de chrétiens d'ici ont quitté la Syrie. Bain de pieds dans une petite gargote locale : hummus maison avec un trait d'huile d'olive noire, pain lavash, une petite assiette de tomates-concombre. 350 livres syriennes (0,60 euro). Pas mal, mais servi sans grand enthousiasme. Retour à Damas vers 18h. Mustafa me demande 200 dollars pour la journée complète. Je négocie à 140. Ce genre d'arnaque rampante fatigue : chaque touriste potentiel est une source de surcoûte. Ça finit par peser psychologiquement. Derniers jours : Musée National et départSamedi, Musée National de Damas. Mosaïques de Shahba, murs du désert, objets nabatéens. L'entrée coûte 600 livres syriennes (1 euro). Le musée est vide — trois personnes avec moi. Les salles sentent l'humidité et le temps arrêté. C'est beau mais mélancolique. Pas de bande sonore, pas de reconstitution, juste les objets et le silence. Une vitrine montre une statuette de Vénus datée de 2700 avant J.-C. : toute petite, lisse, énigmatique. Dernier soir, restaurant Alzahra near Shukri Al-Quwatli Street, où j'avale un kebab « Damascus style » — viande finement haché épicée, grillée sur charbon, servie dans du pain sangak chaud — 1 200 livres syriennes (2 euros). Bier n'existe pas légalement en Syrie (pays musulman officiellement), donc eau minérale gazeuse locale. Je discute avec un couple de touristes allemands qui trouvent Damas « trop compliquée ». Je comprends ce qu'ils veulent dire.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée des Omeyyades (murs restaurés en 2024, minaret de Qaitbay visible)
Bakdash glacier, rue Droite — crème de pistache depuis 1895
Chapelle de Sainte-Thècla à Malula — intérieur du 1er siècle, température glaciale
Souk Al-Hamidiyeh — matin avant 9h pour éviter la foule et la chaleur
Musée National, section nabatéenne — très calme, entrée à 1 euro
Et au final.
Damas m'a déçu et marqué à la fois. J'ai trouvé une ville qui panse ses plaies, mais lentement, avec une certaine amertume envers le tourisme. Les gens sont généreux quand ils baissent leur garde — comme Ahmed au café. Mais l'infrastructure touristique reste parasitée par des arnaques petites mais usantes. Je ne reviendrais pas de sitôt.







