Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Damas le 2 novembre, tard en fin d'après-midi. Le vol Turkish Airlines TR842 était à l'heure, mais à la douane, trois questions sans fin sur nos intentions. Le policier aux yeux gris, style militaire strict, nous a demandé trois fois si nous étions journalistes. Pas journalistes, juste deux curieux. L'hôtel Bab Sharqi, en plein cœur de la vieille ville, s'est avéré être une vraie surprise : chambre 312 avec lit king-size, douche chaude, 45 euros la nuit. La patronne, Fatima, une femme d'environ 60 ans, parlait anglais et nous a tout de suite prévenu : « Les routes vers Palmyre, c'est fini pour maintenant. Les bus ne roulent pas régulièrement. » Elle n'avait pas tort. Le premier matin, levé à 6 h 30 pour visiter la Mosquée Omeyyade avant la cohue. L'air était froid, sec, avec cette odeur de pierre ancienne mélangée aux parfums d'encens et de poussière qui monte des souks. Les quatre minarets se dressaient contre un ciel rose pâle. À l'intérieur, la lumière dorée filtrait par les claustras en bois. Un moment rare, franchement. Pas de foule de touristes, juste quelques fidèles et deux groupes d'étudiants locaux. Petit-déjeuner au Café Nawas (corner de la rue Midhat Pasha et Souk al-Hamidiyah). Nous avons mangé du manakish za'atar pour 1,50 euros, du laban chaud et du café fort qui vous réveille les papilles. Le propriétaire, un homme trapu d'environ 55 ans, mâchait de la noix de bétel. Son café était servi dans de petites tasses en porcelaine blanche, sans poignée. Brûlant. Le Souk al-Hamidiyah nous a pris toute la matinée. C'est un dédale de galeries marchandes couvertes d'une verrière métallique jaunie. On y respire un mélange puissant : épices (cannelle, cardamome, clou de girofle), cuir fraîchement tanné, et une odeur acidulée de menthe fraîche qu'on écrase dans les petits verre de thé. Nous avons acheté des tissus de soie bruts chez Khalil, un vendeur de 70 ans passés qui nous a parlé de ses trois enfants émigré en Allemagne. Les prix : 8 euros le mètre pour du tissu correct. Il a baissé le prix de 20 % quand il a compris qu'on n'était pas des agences de tourisme. Le grand problème : nous voulions rejoindre Palmyre en bus. La compagnie Karnak suppose devrait partir à 7 h le matin de la gare routière Nord (près de la Place des Martyrs). Nous y avons été. Le bus n'était pas là à 7 h. À 7 h 45, un responsable nous a dit « inshallah, 8 h ». À 9 h, on nous a expliqué que le bus ne partait pas aujourd'hui. Combustible, entretien, on ne sait pas trop. Frustration absolue. Nous avons renoncé à Palmyre. À la place, nous avons visité le Château de Saladdin (Qal'at Salah al-Din), à environ 90 km au nord. Un service de taxi privé, 60 euros le trajet aller-retour avec attente de 3 heures. Le chauffeur, Hassan, écoutait des chansons de Oum Kalthoum à plein volume. La route était cabossée, avec des nids-de-poule. Le château en ruines se dresse sur une crête rocheuse, les murs gris effondré partiellement, des tours en pierre massives. Nous avons grimpé pendant une heure. La vue sur la plaine était immense, un peu plate, honnêtement. Dîner le 5 novembre au restaurant Al-Khayam : brochettes d'agneau (kafta) pour 5 euros, houmous maison et pain pita chaud à 1,50 euros. Nous avons mangé dans une petite cour couverte de feuillage artificiel, sous des lampes tempête. La viande était tendre, bien épicée. Un groupe de trois hommes en complet discutaient fort en arabe à la table voisine, cigarettes partout. L'air était enfumé, lourd. La dernière journée, nous avons trainé au Musée National, un bâtiment taché, mal climatisé. Mosaïques romaines magnifiques, vraiment. Une mosaïque de Ghassan (IIe siècle) représentant une chasse montrait un détail stupéfiant : chaque poil du cheval était visible. Les vitrines étaient poussiéreuses. Entrée à 5 euros seulement. Le gardien nous a offert du thé à la menthe gratuitement quand nous avons dit qu'on trouvait que le musée méritait mieux. Les trois dernières nuits à l'hôtel, il y avait des coupures d'eau. Fatima nous a laissé des seaux. Pas idéal pour prendre une douche. Le dernier jour, le vol retour a démarré avec 45 minutes de retard. À cause de la paperasse administrative, paraît-il.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Omeyyade à 6 h 30 : lumière dorée sur les claustras, peu de touristes, odeur d'encens immédiate
Souk al-Hamidiyah, galerie marchande couverte : négocier les tissus de soie chez Khalil, prix à la baisse
Château de Saladdin (90 km nord) : taxi Hassan avec Oum Kalthoum, ruines grises sur crête rocheuse
Petit-déjeuner manakish za'atar au Café Nawas : café brûlant sans poignée, laban chaud
Musée National (5 euros) : mosaïques romaines poussiéreuses mais exceptionnelles, thé à la menthe gratuit du gardien
Photos — Damas
Et au final.
Damas m'a donné un sentiment mitigé : la vieille ville et ses monuments valent le voyage, l'hospitalité des gens nous a surpris positivement. Mais la désorganisation pratique (transports chaotiques, services basiques instables) pèse lourd. Je ne recommande pas à tout le monde, c'est une destination pour qui accepte les imprévus.








