Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Damas le 14 mars à 23h40 via la compagnie FlyDamascus depuis Beyrouth. L'aéroport international Bassel el-Assad était presque désert, pas de queue aux douanes. Un taxi blanc sans compteur nous a menés à l'hôtel Bab Sharqi dans la vieille ville pour 800 livres syriennes (environ 3 euros au taux officiel, mais nous avons appris plus tard que le marché noir le doublait). La chambre sentait le jasmin et la moisissure humide mélangés — une odeur qu'on retrouvait partout dans les ruelles. Lever à 5h le premier matin pour traverser la médina avant la chaleur. Les souks d'Hamidiye — cette longue galerie couverte datant du 19e siècle — commençaient tout juste à s'animer. Un vendeur de café turc nous a proposé un minuscule verre à 200 LS (0,80 euro). Le goût était amer, épais, presque griteux, mais on en a commandé deux de suite. Les murs gris du souk restaient frais à cette heure. Puis nous avons marché vers la mosquée des Omeyyades. L'entrée était libre, mais un employé a murmuré qu'une « donation » était bienvenue. Nous avons donné 1000 LS sans vraiment vouloir — premier moment où on s'est sentis arnaqués. Les zones grises de la reconstructionRien ne prépare à voir des bâtiments éventrés à côté de petits restaurants qui fonctionnent encore. Nous avons emprunté le microbus ligne 41 (600 LS par personne) pour rejoindre le quartier de Jobar, à l'est. Le chauffeur roulait vite sur des routes défoncées, des trous béants à certains endroits. Deux habitants ont descendu avant nous — on a senti une tension dans le bus, personne ne parlait beaucoup. Des immeubles résidentiels criblés de trous de balles, certains effondrés, d'autres en cours de démolition. Les gens semblaient vaquer à leurs affaires malgré tout, comme si la normalité était une discipline à entretenir malgré la cicatrice urbaine. Le restaurant Elissr, rue Droite, nous a servis un mezze complet pour 3000 LS (environ 12 euros). Hummus crémeux, feuilles de vigne, brochettes d'agneau encore tiédissantes, pain frais sorti d'un four en pierre visible de la salle à manger. Une femme à la table voisine nous observait en silence, puis a souri brièvement. Ce moment m'a rappelé que les gens ici ne demandaient probablement qu'une chose : qu'on vienne les voir tels qu'ils sont, pas comme des victimes d'un musée vivant. Galère logistique et surprisesObtenir de l'argent liquide s'est avéré cauchemardesque. Les distributeurs acceptaient rarement les cartes bancaires étrangères. Nous avons dû nous présenter trois fois à la banque al-Baraka, rue Jalaani, avant qu'un employé ne change nos euros au comptoir. Le taux proposé était environ 30 % moins intéressant que celui du marché noir. Les habitants échangeaient des devises dans des petits restaurants, chuchotaient les tarifs, mais nous n'avions pas assez confiance pour tenter l'expérience. Un jour, nous avons voulu visiter le château de Saladin à Qalaat al-Hosn, à 160 km au nord. Le seul service de minibus régulier partait de la gare Baramkeh à 6h du matin. Nous nous sommes trompés de route, avons dû refaire le trajet en taxi. Le château lui-même était fermé pour travaux. Trois heures perdues. Frustration brève, mais cela reflétait la réalité : beaucoup d'attractions ne fonctionnent pas normalement, certaines routes sont imprévisibles, les horaires sont davantage des suggestions. Derniers momentsLes deux derniers soirs, café Oz à côté du théâtre d'Al-Hamra, petit établissement avec des sofas rouge usé et une machine à café italienne bruyante. Un espresso raisonnable à 400 LS. Nous avons observé des jeunes Damascènes se retrouver, rire, utiliser leurs téléphones. La vie continuait, simplement, sans grande déclaration. Ce qui nous a frappés, c'était la banalité de l'existence : travailler, manger, socialiser, dormir. Pas de dramatisation, juste le quotidien dans ses murs fissurés.
Les bons plans repérés sur place.
Souk d'Hamidiye au lever du soleil — galerie couverte du 19e siècle, café turc épais à 200 LS, murs frais avant 6h
Mosquée des Omeyyades — cour intérieure avec fontaine en marbre, colonnes restaurées, silence presque total le matin
Restaurant Elissr rue Droite — mezze complet 3000 LS, brochettes d'agneau, pain du four à pierre visible
Quartier de Jobar en microbus ligne 41 — architecture de reconstruction, immeubles marqués par l'histoire récente, habitants quotidiens
Café Oz près du théâtre d'Al-Hamra — espresso 400 LS, petite fenêtre sur la vie sociale locale, sofas rouges usés
Photos — Damas
Et au final.
Damas ne s'offre pas facilement, et c'était justement pour ça qu'on y est allés. La ville respire encore, mais son rythme n'est pas celui des guides touristiques. Ce qu'on a aimé : la générosité des gens, la qualité brute de la nourriture, l'absence de faux-semblants. Ce qu'on a moins aimé : l'imprévisibilité frustrante, les coûts cachés, l'inquiétude constante d'avoir choisi le mauvais moment pour venir.








