Comment ça s'est passé.
On arrive à Damas par le vol Royal Jordanian RJ 156 depuis Amman, le 3 février à 18h30. L'aéroport international de Damas est quasi désert — deux comptoirs ouverts, une file d'attente de cinq personnes. Les douaniers, usés, tamponnent nos passeports sans vraiment nous regarder. Dehors, la température tombe à 8°C. Le taxi jusqu'à l'hôtel Al-Haramain (rue Al-Malki, proche de la Place Saadallah Al-Jabri) coûte 1500 livres syriennes, soit environ 3 euros au taux officiel. Le trajet dure quarante minutes ; les rues sont éclairées par endroits seulement. Le premier choc : la Vieille Ville. La Grande Mosquée des Omeyyades, bâtiment du VIIe siècle, imposant mais délabré. Les murs extérieurs portent les traces d'obus. À l'intérieur, les quatre cours de marbre blanc sont vides de touristes. Un gardien nous demande 500 livres pour entrer — pas de panneau officiel, pas de reçu. L'odeur d'encens épais, mélangée à l'humidité du béton mouillé, remplit la cour centrale. Les colombes volent bas. Les souks : entre désolation et rencontres fortuites Le souk Al-Hamidiyeh — célèbre depuis deux siècles — fonctionne en pointillés. Sur les 150 petits commerces, peut-être 30 % sont ouverts. Un vendeur de textiles, Abdo, nous invite dans sa boutique autour d'un café turc corsé (150 livres). Il dit qu'avant 2011, il y avait quatre mille clients par jour ici. Aujourd'hui, cinquante. La conversation dure deux heures. Il nous vend une nappe ancienne pour 2000 livres (4 euros) — clairement pour l'hospitalité plutôt que le profit. Le goût sucré du café, pris sans sucre à ma demande, reste en bouche longtemps. Le 5 février, galère : le mini-bus prévu pour Bosra (minibus collectif, 4000 livres par personne, départ à 6h depuis la Gare routière Hijaz) ne part qu'à 7h45 à cause d'une panne du moteur. Deux heures d'attente assis sur des chaises en plastique blanc, à regarder des hommes lever le capot, descendre, revenir avec du café. Finalement, on roule deux heures vers le sud. Bosra : le théâtre romain et le silence Arrivée à Bosra à 10h15. Le Théâtre romain du IIe siècle est intact, vertigineux. On monte les gradins — cent vingt-quatre rangées de pierre calcaire. Aucun autre visiteur. L'écho de nos pas résonne dans l'arène. La température remonte à 14°C en milieu de journée. On mange au restaurant Al-Reef (petite place près du théâtre), plat local : musakhan (poulet aux sumac et oignons) pour 800 livres, pita chaude tout juste cuite au four. La viande est tendre mais servie tiède. Le lendemain, retour à Damas. On loupe le départ de 8h (notre réveil ne sonne pas), prenons celui de 11h — 5000 livres au lieu de 4000 car c'est un mini-bus privé. Les souvenirs irritants et les repas de famille Le 7 février, on tente le marché aux épices (Souk At-Taweel). Les vendeurs sont agressifs — pour la première fois du voyage. Un type nous poursuit pendant 200 mètres pour nous vendre de l'huile d'argan. On achète quand même chez un autre marchand : safran, sumac, thé à la menthe (prix 3500 livres pour trois petits sacs). Dîner mémorable chez la famille de notre guide touristique Omar (contact via agence locale). À domicile rue Nizar Qabbani, on partage fattoush, kibbeh crue, yaourt fait maison. Sa mère ne parle pas anglais, Omar traduit. On boit du arak dilué avec de l'eau glacée — l'anis transparent devient blanc laiteux. Le moment où elle insiste pour qu'on reprenne une deuxième assiette de kibbeh crues, avec ce sourire mélangé de fierté et de déception que nous ne puissions pas manger plus. Départ le 11 février via Amman. Le vol était prévu à 16h, décollage effectif à 18h20. Trois heures d'attente à l'aéroport, consoli classique du Moyen-Orient. On achète des pâtisseries syriennes à l'aéroport : baklava au pistache (900 livres) bien imbibée de sirop, un peu écoeurante après quatre jours.
Les bons plans repérés sur place.
Grande Mosquée des Omeyyades, cour centrale en marbre blanc — arriver tôt (7h) pour éviter la cohue inexistante mais jouir du silence
Théâtre romain de Bosra, gradins vides où on entend son propre pas — deux heures de route depuis Damas, en mini-bus collectif
Souk Al-Hamidiyeh, boutique d'Abdo — déguster un café turc épais et négocier un textile sans pression mercantile
Restaurant Al-Reef à Bosra — musakhan chaud sorti du four, sauce aux oignons et sumac, 800 livres
Marché aux épices (Souk At-Taweel) — safran, thé à la menthe, sumac pour emporter, négocier ferme avec le deuxième vendeur
Photos — Damas
Et au final.
Damas n'est pas une destination touristique fonctionnelle. Les autorités ne facilitent rien, les infrastructures sont fatiguées, et l'isolement commercial est tangible. Mais l'hospitalité des gens qu'on rencontre — Abdo, Omar, sa famille — suffit à justifier le déplacement. À condition d'accepter l'inconfort et de ne pas avoir d'attentes touristiques classiques.








