Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport Blaise Diagne le 15 mars à 14 h, j'ai pris un taxi blanc réglementaire (environ 15 000 CFA pour Dakar centre, soit 23 euros) après une négociation de trois minutes avec le chauffeur qui voulait 25 000. La chaleur était étouffante, 34 degrés à l'ombre, et l'odeur d'échappement diesel m'a immédiatement saisi. Premier choc : les routes défoncées et les embouteillages jusqu'au Plateau, quartier nord où j'avais réservé l'hôtel Terrou-Bi pour 85 euros la nuit. J'ai passé la première journée à explorer le Marché Kermel, véritable fourmilière commerciale du centre-ville. Les vendeurs criaient les prix du poisson frais, du riz, des tomates. Un ventre qui crie famine, ça entraîne des décisions. J'ai mangé un thieboudienne (poisson sauce arachide et riz) au petit restaurant Fatoumata's, rue Blanchot, pour 5 500 CFA (8,50 euros). C'était riche, collant, savoureux, avec un goût prononcé de tomate fermentée et de gombo qui m'a surpris. Ensuite, balade au quartier du Plateau : bâtiments coloniaux délabidés, sculptures modernes en béton, femmes vendeuses de jus de bissap (jus de fleurs d'hibiscus) assis sous des parasols dépareillés. Le jour 3, départ en pirogue pour l'île de Gorée via le débarcadère de Dakar Corniche. Le bateau quitte à 8 h 30 chaque matin, trajet de 20 minutes, billet 5 000 CFA. Gorée a été un moment marquant, mais pas pour les raisons touristiques habituelles. La Maison des Esclaves m'a secoué : entrer dans les cachots humides, sentir le froid des murs de pierre, voir les chaînes accrochées. Une femme du groupe demandait des selfies souriant en sortant. Ça m'a rendu malade. Le musée mérite le détour, mais préparez-vous à une visite sérieuse, pas une attraction enjouée. Le reste de Gorée ? Des ruelles étroites, des maisons colorées peintes en rose bonbon ou bleu lavande, des restaurants touristiques hors de prix (35 euros le fish grillé). Le coucher de soleil depuis la batterie de Jamais sur la plage est devenu ma récompense. J'ai payé une bière locale (Flag) 2 500 CFA au bar Le Galère, sur la plage. Retour à Dakar pour le jour 4-5. Visite du Musée de l'IFAN (Institut Français d'Afrique Noire) dans le Plateau : musée compact, collections intéressantes sur l'art et l'archéologie ouest-africaines, gratuit avec une donation volontaire. Puis cap sur la Pointe des Almadies, le point le plus occidental du continent africain. Route côtière dégueulasse (30 km de bouchon pour sortir du centre), taxi-brousse blanc à partager avec quatre autres passagers et deux poules vivantes. Deux heures pour 15 km. Pendant ce temps, l'odeur des poules mélangée à la sueur et aux parfums bon marché m'a rendu quasiment asphyxié. Arrivé à la pointe vers 17 h, c'est juste un bout de terre rocheux avec un monument bétonné. Pas de grosse valeur touristique honnêtement, mais j'y suis allé parce que j'étais sur la liste. Cuisine locale testée régulièrement : yassa poulet (poulet aux oignons et citron) au restaurant Chez Lamine rue Jules-Ferry, 6 000 CFA (9 euros). Soupe kandia (soupe à base de gombo) le matin pour 2 000 CFA. Pain dakar (baguette locale) et beurre d'arachide au petit-déjeuner. Les cafés Touba à chaque coin de rue, un café très épicé au clou de girofle, 500 CFA le gobelet en plastique. Après une semaine, j'avais l'estomac en rébellion : c'était riche, épicé, sucré, gras. Une certaine délicatesse du palais a été mise à l'épreuve. Le problème majeur de ce voyage : Internet. Ma carte SIM Senelcom était censée avoir l'itinérance roaming. Résultat, aucune connexion 3G/4G en dehors de quelques hôtels. Deux jours sans moyens de communication, problème confirmé dans trois petits cybercafés. J'ai finalement acheté une SIM locale pour 10 000 CFA avec 5 Go, mais j'ai perdu une journée à régler cette galère. Aussi : pas de distributeur automatique en centre-ville, deux banques m'ont refusé le retrait par carte (« système en panne »). Le paiement en espèces reste roi, et il faut négocier les prix partout. Dernière journée au CICAD (Centre d'Interprétation de la Civilisation Afro-Dakaroise) pour un musée alternatif, plus offensif et moins folklorique. Puis vol de retour avec Air Senegal (13 900 CFA d'aéroport tax, frais non inclus, grosse arnaque), décollage à 22 h 30, neuf heures de route vers l'Europe.
Les bons plans repérés sur place.
Maison des Esclaves à Gorée : visite le matin vers 9 h, avant l'arrivée des groupes organisés, compter 10 000 CFA d'entrée
Thieboudienne chez Fatoumata's rue Blanchot : plat de poisson sauce arachide à 5 500 CFA, fait maison et copieux
Débarcadère de Corniche pour pirogue vers Gorée : départ 8 h 30 matin (vérifier la veille si pas annulé), billet 5 000 CFA
Musée de l'IFAN Plateau : collections d'art africain, gratuit, moins bondé que les sites côtiers
Coucher de soleil à la Batterie de Jamais sur Gorée : bière Flag 2 500 CFA au bar Le Galère en bas de la plage
Photos — Dakar
Et au final.
Dakar et Gorée m'ont marqué par leur densité, pas leur beauté de carte postale. La Maison des Esclaves a été un choc nécessaire. Mais l'infrastructure touristique est fragmentaire, les transports aléatoires, et les tarifs augmentent vite selon la couleur de votre peau. Ce n'est pas un voyage relaxant, c'est un voyage qui demande de l'adaptation. J'y retournerais, mais pas seul, et mieux préparé.








