Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Félix Eboué de Cayenne un mardi en fin d'après-midi. Immédiatement, l'humidité nous a frappés – pas une chaleur sèche, mais quelque chose de poisseux qui colle à la peau et aux vêtements. La température affichait 28°C, mais on aurait dit 35. Le taxi qui nous a menés à l'hôtel Amazonia, rue de Remire, puait le cigare stale et la climatisation cassée. Le centre-ville de Cayenne nous a déçus au premier abord. Nous nous attendions à une capitale exotique flamboyante ; nous avons trouvé des bâtiments coloniaux fatigués, des rues parsemées de nids-de-poule, des façades jaunes et roses qui pelaient. L'hôtel Amazonia lui-même avait du charme – balcons en bois travaillé, escalier en spirale – mais la chambre sentait l'humidité moisie malgré la fenêtre ouverte. Le vrai choc s'est produit lors de notre première balade au marché de Cayenne, place de Grenoble. Les étals explosaient de couleurs : fruits de la passion pourpres, mangues orange vif, christophines vertes. Un vendeur nous a vendu un jus de calamansi frais pressé pour 3 euros – acide, sucré, parfait. Nous avons goûté du pain au beurre guyanais, riche et lourd, vendu 2,50 euros le morceau chez Boulangerie Lory. Une femme créole, Sylvette, nous a expliqué comment manger le calaou (une sorte de crustacé local) en le pointant du doigt. Ce moment-là, même ridicule, nous a fait sentir vraiment là. Jeudi, nous avons pris le bateau pour l'Île Royale – une journée entière organisée via l'agence Îles du Salut (35 euros par personne, départ du quai à 7h30 du matin). Le trajet dure une heure. L'odeur de diesel du moteur s'est mélangée à celle de l'océan tropical : iodé, avec une touche de pourriture végétale. Sur l'île, les ruines du bagne français se dressaient sous une chaleur écrasante. Nous sommes montés aux cellules – souterrain, humide, température chutée d'un coup – et j'ai enfin compris pourquoi le lieu est resté intact dans les murs. Le gardien du site, âgé, nous a raconté des anecdotes en patois que nous n'avons pas comprises. Un moment marquant : en visitant la cellule de Dreyfus, l'absence de lumière nous a soudain rendus claustrophobes. Pas dramatique, mais réel. Un dimanche, nous nous sommes lancés dans une excursion en forêt via l'agence guyanaise Amazonie Tour (65 euros, minibus Renault Master cramé qui a calé deux fois sur la piste). Le guide, Jean-Michel, sentait fort la sueur et l'insecticide. La forêt primaire elle-même était oppressante : bruits continus de cris d'oiseaux, d'insectes, végétation si dense qu'on voyait à peine le ciel. Jean-Michel nous a montré des fourmis parasol, un anaconda mort sur le chemin, des arbres dont l'écorce ressemble à du cuir. Nous avons marché quatre heures. Nos jambes collaient à nos shorts humides. Seul bémol : Jean-Michel nous a proposé d'acheter des « souvenirs » (pierres de cristal, peaux de reptile) à des prix gonflés. On a refusé et il s'est vexé. Pour manger, nous avons préféré les petits restaurants créoles au centre. Le restaurant Case Créole, rue Lallouette, sert un court-bouillon de poisson pour 12 euros – chair tendre, sauce tomate et crevettes décentes. Nous y sommes retournés deux fois. Une fois, le repas a tardé 45 minutes car le chef avait changé de fournisseur pour le poisson du jour. Le serveur n'a rien expliqué. Frustrant, mais typique. Le jeudi soir, nous avons exploré les petits bars du quartier du Remire. L'atmosphère était effectivement plus relax – musique zouk qui vibrait dans les os, rhum local (Rhum Agricole Rhum Clement, 6 euros le verre) à la saveur poivrée, quelques couples qui dansaient sans prétention. Pas de débauche, juste de la vie ordinaire. Ce que nous n'avons pas pu faire : visiter le Centre Spatial Guyanais à Kourou (100 km plus loin, nécessitant un taxi coûteux ou une journée entière de bus). Nous avons regretté après coup.
Les bons plans repérés sur place.
Île Royale : le bagne français, cellules souterraines, départ à 7h30 du quai – prévoir sunscreen et eau
Marché de Cayenne, place de Grenoble : jus de calamansi frais, pain au beurre de Boulangerie Lory, fruits tropicaux
Restaurant Case Créole, rue Lallouette : court-bouillon de poisson (12 euros), meilleur rapport qualité-prix
Excursion forêt primaire avec Amazonie Tour : anacondas, fourmis parasol, guide chaleureux malgré tarifs gonflés
Bars du Remire le soir : rhum agricole Clement (6 euros), zouk live, ambiance créole sans tourisme de masse
Photos — Cayenne
Et au final.
La Guyane nous a laissés partagés. Cayenne n'est pas un centre touristique léché – elle est fatiguée, humide, administrative. Mais ses habitants, ses petits restaurants, l'Île Royale et la forêt en elles-mêmes valaient le détour. À conseiller aux voyageurs qui acceptent l'inconfort et qui cherchent plus que des photos de cartes postales.








