Comment ça s'est passé.
Arrivé à l'aéroport de Cayenne-Rochambeau un lundi en fin d'après-midi, j'ai tout de suite senti l'humidité épaisse me coller à la peau. Il devait faire 32 degrés mais l'air était tellement saturé qu'on suffoquait même en restant immobile. J'ai pris un taxi depuis l'aéroport (40 euros environ, tarif sans compteur) jusqu'à mon hôtel, le Kamara Lodge en centre-ville, à deux pas de la place des Palmistes. Le chauffeur m'a avertis : « Les routes sont pas garanties après 22 heures, surtout vers Saint-Laurent-du-Maroni. » C'était mon premier avertissement. Les trois premiers jours ont été consacrés à Cayenne. J'ai logé au Kamara Lodge (65 euros la nuit, petit-déj compris), petite structure coloniale rénovée avec un patio central. Le matin, j'ai marché jusqu'au marché central rue Molé : l'odeur des mangues, des néem et du poisson fumé montait en vagues épaisses. Les vendeurs criaient les prix en créole, ce qui m'a d'abord déstabilisé. Les provisions étaient bon marché (une grappe de banane à 2 euros, du mahi-mahi à 8 euros le kilo). J'ai mangé une soupe z'habitants au restaurant Chez Laverne (13 euros) : un mélange de légumes racines et de viande salée qui réchauffait malgré la chaleur. J'ai visité le Musée des Cultures Guyanaises (6 euros l'entrée, fermé le dimanche) où un conservateur passionné m'a expliqué la différence entre les créoles et les Bushinengés pendant une heure. Le moment marquant a été la rencontre avec une femme nommée Francine qui vendait des objets artisanaux sur la place des Palmistes : elle m'a raconté sa vie en trois langues (français, créole, ndjuka) et m'a donné un gâteau maïs qu'elle venait de cuire. C'était simple mais ça m'a rappelé pourquoi on voyage. Le quatrième jour, j'ai pris une minibus collectif pour Saint-Laurent-du-Maroni (35 euros, 3h30 de trajet blanc déjà bien usé). Les dénivellations de la route ont secoué nos reins pendant presque quatre heures. Le conducteur s'arrêtait tous les 20 km pour discuter avec d'autres chauffeurs, ce qui nous a retardés d'une heure. C'était agaçant mais on ne pouvait rien faire. Saint-Laurent sentait le bois brut et la rivière : une odeur minérale, froide, qui changeait des effluves de Cayenne. J'ai séjourné trois nuits à l'Auberge des Îles (45 euros, chambre avec moustiquaire) où le propriétaire, un Français expatrié depuis 20 ans, m'a conseillé une excursion en bateau vers les îles du Salut. J'ai payé 75 euros pour une demi-journée (départ 7 h 30 du quai). L'îlet royale est restée fermée pour restauration : grosse déception. On a fait le tour en bateau et mangé un carry de thon sur la plage de l'îlet du Diable (non, pas de prisonniers vivants depuis longtemps). La malaria était censée sévir ici ; j'ai enfilé les chemises longues malgré les 29 degrés d'eau. Le retour à Cayenne en minibus a été cauchemardesque : panne du moteur à 15 km du centre-ville. On est restés bloqués 45 minutes sur le bas-côté. Un passager grommelait contre le chauffeur qui tentait des réparations sommaires avec une clé anglaise. Ils ont fini par l'appeler par radio et un mécanicien est venu nous dépanner. Arrivé à 17 h au lieu de 14 h 30. Mes derniers jours ont été moins chargés. J'ai exploré les plages aux alentours : Remire-Montjoly est un peu décevante (plage étroite, eau marron), mais la baignade restait acceptable. Le restaurant L'Escalade au bord de l'eau (menu fruits de mer 28 euros) offrait une vraie vue sur l'océan Atlantique. J'ai goûté le colombo de cabri : viande tendre, sauce épicée sans abus. Un bar routier proche du port m'a permis de goûter les rhums agricoles locaux à 4 euros le verre (clairin bien lourd).
Les bons plans repérés sur place.
Marché central de Cayenne, rue Molé : fruits frais et viande fumée, ouvert 6 h-14 h tous les jours
Restaurant Chez Laverne : soupe z'habitants et spécialités créoles (13-18 euros le plat)
Îles du Salut en bateau depuis Saint-Laurent-du-Maroni (75 euros, départ 7 h 30)
Musée des Cultures Guyanaises : histoire des peuples de la région sans matraquage touristique
Route vers Saint-Laurent : privilégier le minibus collectif le matin pour éviter chaleur de l'après-midi
Photos — Cayenne
Et au final.
La Guyane m'a dérangé autant qu'elle m'a plu. Le climat étouffant, les retards chroniques et les routes précaires usent vite. Mais les gens qu'on rencontre, surtout en dehors de Cayenne, réservent un accueil désarmant. Je reviendrais, mais moins longtemps, et j'éviterais décembre-janvier (saison des pluies).








