Comment ça s'est passé.
Arrivé à Cayenne un dimanche après-midi par Air Caraïbes (vol de 3h45 depuis la Martinique), j'ai d'abord été frappé par l'humidité. Pas juste une chaleur sèche : une moiteur épaisse qui colle à la peau avant même de descendre de l'avion. L'aéroport Félix Eboué est petit, fonctionnel mais sans charme particulier. Taxi jusqu'à l'hôtel Mercure en centre-ville (environ 35 euros pour 12 km), où j'ai réservé une chambre avec clim — indispensable ici. Le premier choc : Cayenne n'a rien de tropical pittoresque. C'est une ville administrative française en Amérique du Sud, avec des bâtiments coloniaux passablement délabres, des rues chaotiques où les nids-de-poule rivalisent avec les ornières. Le marché aux fruits du Boulevard Labat (ouvert 6h-13h en semaine) m'a captivé malgré tout. J'y ai acheté des fruits à pain frais à 2 euros le kilo et goûté la première fois un jus de tamarin : acidité piquante qui déshydrate la bouche, rien à voir avec ce qu'on imagine. L'odeur du marché reste mémorable : mélange de terre mouillée, de poisson salé et d'épices. Les ennuis commencentMercredi matin, j'ai loué une Renault Clio chez Hertz (comptoir près de la gare SNCF Cayenne, oui il existe une gare) pour rejoindre Saint-Georges de l'Oyapock, à l'Est. La route nationale N1 est officiellement goudronnée mais ressemble à un champ labouré après les pluies récentes — deux crevaisons en 180 km. Service de dépannage catastrophique : 3h d'attente en plein soleil. À 13h30, finalement arrivé au gîte Chez Margot (petits bungalows en bois au bord du fleuve, 65 euros/nuit), où Margot m'a servi un carry de poisson avec riz et rougail à 12 euros. Le carry était relevé, presque trop pimenté, mais honnête. Saint-Georges vit au rythme du Brésil d'en face (on voit Oiapoque depuis la berge). J'ai passé jeudi à explorer le bourg : église blanche en bois, une dizaine de restaurants, des enfants qui jouent au football entre les cabanes. Pris le ferry le matin (5 euros, 10 minutes) pour traverser jusqu'au Brésil, où j'ai découvert que ma carte d'identité ne suffisait pas — aurais eu besoin du passeport. Demi-tour humiliant. Moment marquant négatif : cette petite frustration d'avoir raté une frontière par manque d'information. La forêt et les îles du SalutRetour à Cayenne samedi. J'ai réservé une excursion en bateau pour les îles du Salut via l'agence Sotouboua (85 euros par personne, départ à 7h du quai Laussat). La traversée en catamaran dure 45 minutes ; l'eau est grise-verte, la chaleur écrasante. L'île Royale accueille les ruines du bagne français, transformé en musée. Les cellules d'isolement sont minuscules, étouffantes même sans détenu — température intérieure estimée à 45°C. Le guide a expliqué les conditions de Papillon ou du Français qui y ont croupi. L'île Saint-Joseph, elle, est interdite au public depuis les années 1990 (trop dangereuse structurellement). On l'a observée du bateau : bâtiments en ruine, végétation qui reprend ses droits. Le déjeuner à base de lambi grillé (coquillage local, texture caoutchouteuse) s'est déroulé sur l'île Royale même, servi par des habitants. Pas terrible culinairement parlant, mais l'expérience du lieu prévalait. Dimanche, j'ai tenté une expédition plus loin dans l'intérieur : minibus bondé (bus Madinin Express ou similaire, environ 20 euros) jusqu'à Régina, village plus reculé à l'orée de la jungle. Arrêts multiples, pas de vraie organisation, durée réelle : 4h pour 60 km. À Régina, promenade en canoe avec un guide local sur un cours d'eau. L'odeur de la jungle tropicale humide est impossible à décrire sans souffrir du cliché : elle écrase, ferme, étouffe. Sons constants d'insectes, cris d'oiseaux invisibles. Guide compétent mais peu bavard ; n'a pas vu de gros animaux (anaconda ou jaguar restent légendes pour touriste). Dernier jour à Cayenne avant le départ : marché flottant (très petit comparé à celui du Vieux Port), musée des cultures guyanaises déjà vu, restaurant Le Coin des Pains rue Madame Payé (bons croissants à 1,50 euro, boulangerie française banale). Pluie tropicale violente en fin d'après-midi, la ville devient un marécage pendant 40 minutes.
Les bons plans repérés sur place.
Marché aux fruits du Boulevard Labat à Cayenne (6h-13h) : fruits tropicaux frais, jus de tamarin à tester absolument
Îles du Salut et ses ruines du bagne français (traversée par agence Sotouboua, 7h du matin) : atmosphère saisissante, histoire lourde
Gîte Chez Margot à Saint-Georges : vue directe sur l'Oyapock et le Brésil, carry de poisson local
Canoe sur les cours d'eau vers Régina : jungle primaire, humidité écrasante, rareté des gros animaux mais immersion complète
Route N1 vers l'Est : paysage amazonien en bordure, attention à l'état de la chaussée et aux pluies soudaines
Photos — Cayenne
Et au final.
La Guyane m'a surpris par son caractère hybride : ni vraiment tropicale, ni complètement française, administrée avec une bureaucratie métropolitaine dans un contexte sud-américain chaotique. À recommander surtout aux voyageurs tolérants à l'inconfort mineur, intéressés par l'histoire coloniale et disposés à quitter les sentiers battus. Les prix français frappent dur (alimentation, essence, hébergement) pour un confort souvent médiocre.








