Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport de Cayenne-Félix Eboué un jeudi matin, après une correspondance chaotique à Fort-de-France. Le vol Air Caraïbes avait deux heures de retard. Dès la sortie de l'aéroport, l'air chaud et moite nous a frappés de plein fouet — une chaleur qui ne ressemble pas à celle des Antilles, plus épaisse, chargée d'humidité de la forêt équatoriale. On a pris un taxi collectif pour Cayenne (12 euros par personne) jusqu'au centre-ville, trajet de 45 minutes sur la route nationale bordée de bungalows en bois. Nous avons logé à l'hôtel La Toile Blanche, rue Madame-Payé, une vieille bâtisse coloniale avec des ventilateurs qui tournaient à pleine puissance la nuit — indispensable, car la climatisation ne fonctionnait qu'à moitié. La chambre donnait sur la place des Palmistes. Le premier soir, on a dîné au restaurant Chez Géraldine, à deux rues de là. Le court-bouillon de poisson était servi avec du riz créole et coûtait 18 euros. L'accueil a été froid, presque indifférent. On a compris rapidement que Cayenne ne déborde pas de passion touristique — les serveurs nous trouvaient un peu encombrante. Les débuts : flânerie et déceptions à CayenneLes premiers jours, on a exploré le centre-ville. Place des Palmistes, le marché du dimanche matin nous a impressionnés : fruits tropicaux à bas prix (calamansis à 1,50 euro le kilo), odeur de poissons fumés mélangée à celle des fleurs de frangipanier. Le musée du Père Labat, petite maison blanche près du port, propose une visite guidée en français le mercredi et samedi (6 euros d'entrée). Rien de grandiose, mais les murs jaunes rapportent bien l'ambiance post-coloniale, usée, sans fards. La cathédrale Sainte-Marie a fermé ses portes ce jour-là pour maintenance — c'était noté nulle part. Galère classique. En revanche, la balade à pied le long du Remire (route côtière) a révélé des maisons créoles intéressantes, du bois rongé par l'humidité et le temps. On a croisé des petits commerces de rhum arrangé : le rhum blanc local à 8 euros la bouteille, on en a goûté un à la cannelle qui était franchement bon, avec un punch serré dans la gorge. L'Île du Diable : le point d'orgueLe mercredi, départ tôt du quai principal de Cayenne pour les îles du Salut. On s'est embarqué sur le bateau Eau Vive (compagnie Rouanet, 45 euros l'aller-retour). Traversée d'une heure et demie sous le soleil brûlant — la température ressentie frôlait les 38 degrés au moins, aggravée par l'absence de ombre. On était écrasés contre d'autres touristes, quelques Français métropolitains, des Guyanais locaux rentrant après des courses à Cayenne. L'Île du Diable : ancien bagne français, fermé depuis 1953. On a visité les cellules d'isolement, les chaînes encore attachées aux murs. Le silence était pesant. Notre guide, un homme d'une soixantaine d'années, connaissait les histoires des prisonniers, mais il les débaitait sans affect — peut-être qu'à force de les raconter, elles ont perdu leur poids. Ce qui m'a vraiment saisi, c'est la taille des cellules : à peine 2 mètres sur 1,5. Et ce silence, à part le ressac des vagues contre les rochers. Ça marque. Déjeuner sur l'Île Royale, tout à côté : salade créole (tomate, oignon, morue salée) au restaurant d'accueil. Environ 13 euros. Pas mauvais, mais glacé à mort par la climatisation. L'après-midi, on a manqué le bateau de 16 heures en se perdant dans les ruelles du fort. Résultat : attente de deux heures, dans une petite cabane sans chaise, avec une jeune femme qui vendait des sodas froids. Elle nous a avoué que les touristes oubliaient régulièrement le dernier départ. Petite arnaque délibérée de la part de l'organisme, sans doute. Montsinéry et la déception de la natureUn jour, on a loué une voiture pour se rendre à Montsinéry, la forêt primaire. Comptoir principal de la Guyane française pour les amateurs de randonnée. On y est allés avec deux autres touristes rencontrés à l'hôtel. La piste était mauvaise, ravinée par les pluies récentes. Au bout de 10 km, nos pneus ont glissé plusieurs fois. Une sensation de danger, franchement. Arrivés à la petite base, on a payé 8 euros d'entrée par personne et on s'est lancés sur un sentier. L'odeur de la décomposition tropicale était suffocante — feuilles mortes, champignons, humidité. Les insectes vous collaient à la peau en deux secondes. On n'a vu aucun animal sauvage : jaguars, pécaris, rien. Juste beaucoup de bruit de grenouilles invisibles et d'insectes. On a fait demi-tour après 45 minutes de marche. Honnêtement, ce n'était pas ce qu'on attendait : on espérait une forêt mystérieuse, on a trouvé une marais chaud, ennuyeux et piégeux. L'un de nos compagnons s'est entordu la cheville sur une racine. Fin de la belle journée nature. Cuisine et vie quotidienneLes repas, c'est l'un des points positifs. En dehors du circuit touristique, les petits restaurants guyanais offrent de bonnes choses. Au Petit Bouillon, rue de Nouragues, on a mangé du fricassé de poulet avec du riz blanc et du plantain frit pour 10 euros. C'était copieux, très savoureux. Le goût était riche, presque lourd — la cuisine guyanaise n'est pas délicate, elle est généreuse et chargée en épices. L'épicerie Espace Caraïbe, avenue Leconte-de-Lisle, propose des fruits de la passion, des mangues-corosol et des pamplemousses roses à des prix corrects. On en a acheté pour quelques euros et on a mangé dans notre chambre le soir. La mangue-corosol, c'est un goût sucré, crémeux, inoubliable.
Les bons plans repérés sur place.
L'Île du Diable et ses cellules d'isolement du bagne (départ du quai Eau Vive, Cayenne, bateau Eau Vive, 45 euros)
Le marché du dimanche matin place des Palmistes (fruits tropicaux, poissons fumés, odeur incomparable)
Court-bouillon de poisson chez Géraldine (rue Madame-Payé, 18 euros, goût riche de la cuisine créole)
Espace Caraïbe avenue Leconte-de-Lisle pour les fruits exotiques de qualité à bas prix
La balade côtière du Remire (maisons créoles usées, ambiance moins polies que le centre)
Photos — Cayenne
Et au final.
La Guyane n'est pas une destination facile ou rassurante. Cayenne reste une ville moyenne, sans vraiment de centre touristique développé, et l'ambiance générale est celle d'une région encore brute, en marge. L'Île du Diable vaut le coup rien que pour l'histoire et le malaise qu'on y ressent. Mais la jungle, loin du mythe, nous a déçus. À recommander à ceux qui cherchent du différent, pas à ceux qui veulent des vacances de rêve.








