Cayenne et l'Île du Diable : entre jungle étouffante et histoire coloniale
CarnetGuyane202610 jours

Cayenne et l'Île du Diable : entre jungle étouffante et histoire coloniale

On a atterri à l'aéroport de Cayenne-Félix Eboué un jeudi matin, après une correspondance chaotique à Fort-de-France. Le vol Air Caraïbes avait deux heures de retard. Dès la sortie de l'aéroport, l'air chaud et moite…

MA
Publié le · mis à jour le
10 jours1 album4/5
Le récit

Comment ça s'est passé.

On a atterri à l'aéroport de Cayenne-Félix Eboué un jeudi matin, après une correspondance chaotique à Fort-de-France. Le vol Air Caraïbes avait deux heures de retard. Dès la sortie de l'aéroport, l'air chaud et moite nous a frappés de plein fouet — une chaleur qui ne ressemble pas à celle des Antilles, plus épaisse, chargée d'humidité de la forêt équatoriale. On a pris un taxi collectif pour Cayenne (12 euros par personne) jusqu'au centre-ville, trajet de 45 minutes sur la route nationale bordée de bungalows en bois. Nous avons logé à l'hôtel La Toile Blanche, rue Madame-Payé, une vieille bâtisse coloniale avec des ventilateurs qui tournaient à pleine puissance la nuit — indispensable, car la climatisation ne fonctionnait qu'à moitié. La chambre donnait sur la place des Palmistes. Le premier soir, on a dîné au restaurant Chez Géraldine, à deux rues de là. Le court-bouillon de poisson était servi avec du riz créole et coûtait 18 euros. L'accueil a été froid, presque indifférent. On a compris rapidement que Cayenne ne déborde pas de passion touristique — les serveurs nous trouvaient un peu encombrante. Les débuts : flânerie et déceptions à CayenneLes premiers jours, on a exploré le centre-ville. Place des Palmistes, le marché du dimanche matin nous a impressionnés : fruits tropicaux à bas prix (calamansis à 1,50 euro le kilo), odeur de poissons fumés mélangée à celle des fleurs de frangipanier. Le musée du Père Labat, petite maison blanche près du port, propose une visite guidée en français le mercredi et samedi (6 euros d'entrée). Rien de grandiose, mais les murs jaunes rapportent bien l'ambiance post-coloniale, usée, sans fards. La cathédrale Sainte-Marie a fermé ses portes ce jour-là pour maintenance — c'était noté nulle part. Galère classique. En revanche, la balade à pied le long du Remire (route côtière) a révélé des maisons créoles intéressantes, du bois rongé par l'humidité et le temps. On a croisé des petits commerces de rhum arrangé : le rhum blanc local à 8 euros la bouteille, on en a goûté un à la cannelle qui était franchement bon, avec un punch serré dans la gorge. L'Île du Diable : le point d'orgueLe mercredi, départ tôt du quai principal de Cayenne pour les îles du Salut. On s'est embarqué sur le bateau Eau Vive (compagnie Rouanet, 45 euros l'aller-retour). Traversée d'une heure et demie sous le soleil brûlant — la température ressentie frôlait les 38 degrés au moins, aggravée par l'absence de ombre. On était écrasés contre d'autres touristes, quelques Français métropolitains, des Guyanais locaux rentrant après des courses à Cayenne. L'Île du Diable : ancien bagne français, fermé depuis 1953. On a visité les cellules d'isolement, les chaînes encore attachées aux murs. Le silence était pesant. Notre guide, un homme d'une soixantaine d'années, connaissait les histoires des prisonniers, mais il les débaitait sans affect — peut-être qu'à force de les raconter, elles ont perdu leur poids. Ce qui m'a vraiment saisi, c'est la taille des cellules : à peine 2 mètres sur 1,5. Et ce silence, à part le ressac des vagues contre les rochers. Ça marque. Déjeuner sur l'Île Royale, tout à côté : salade créole (tomate, oignon, morue salée) au restaurant d'accueil. Environ 13 euros. Pas mauvais, mais glacé à mort par la climatisation. L'après-midi, on a manqué le bateau de 16 heures en se perdant dans les ruelles du fort. Résultat : attente de deux heures, dans une petite cabane sans chaise, avec une jeune femme qui vendait des sodas froids. Elle nous a avoué que les touristes oubliaient régulièrement le dernier départ. Petite arnaque délibérée de la part de l'organisme, sans doute. Montsinéry et la déception de la natureUn jour, on a loué une voiture pour se rendre à Montsinéry, la forêt primaire. Comptoir principal de la Guyane française pour les amateurs de randonnée. On y est allés avec deux autres touristes rencontrés à l'hôtel. La piste était mauvaise, ravinée par les pluies récentes. Au bout de 10 km, nos pneus ont glissé plusieurs fois. Une sensation de danger, franchement. Arrivés à la petite base, on a payé 8 euros d'entrée par personne et on s'est lancés sur un sentier. L'odeur de la décomposition tropicale était suffocante — feuilles mortes, champignons, humidité. Les insectes vous collaient à la peau en deux secondes. On n'a vu aucun animal sauvage : jaguars, pécaris, rien. Juste beaucoup de bruit de grenouilles invisibles et d'insectes. On a fait demi-tour après 45 minutes de marche. Honnêtement, ce n'était pas ce qu'on attendait : on espérait une forêt mystérieuse, on a trouvé une marais chaud, ennuyeux et piégeux. L'un de nos compagnons s'est entordu la cheville sur une racine. Fin de la belle journée nature. Cuisine et vie quotidienneLes repas, c'est l'un des points positifs. En dehors du circuit touristique, les petits restaurants guyanais offrent de bonnes choses. Au Petit Bouillon, rue de Nouragues, on a mangé du fricassé de poulet avec du riz blanc et du plantain frit pour 10 euros. C'était copieux, très savoureux. Le goût était riche, presque lourd — la cuisine guyanaise n'est pas délicate, elle est généreuse et chargée en épices. L'épicerie Espace Caraïbe, avenue Leconte-de-Lisle, propose des fruits de la passion, des mangues-corosol et des pamplemousses roses à des prix corrects. On en a acheté pour quelques euros et on a mangé dans notre chambre le soir. La mangue-corosol, c'est un goût sucré, crémeux, inoubliable.

À ne pas rater

Les bons plans repérés sur place.

1

L'Île du Diable et ses cellules d'isolement du bagne (départ du quai Eau Vive, Cayenne, bateau Eau Vive, 45 euros)

2

Le marché du dimanche matin place des Palmistes (fruits tropicaux, poissons fumés, odeur incomparable)

3

Court-bouillon de poisson chez Géraldine (rue Madame-Payé, 18 euros, goût riche de la cuisine créole)

4

Espace Caraïbe avenue Leconte-de-Lisle pour les fruits exotiques de qualité à bas prix

5

La balade côtière du Remire (maisons créoles usées, ambiance moins polies que le centre)

Album · 10 photos

Photos — Cayenne

Cayenne et l'Île du Diable : entre jungle étouffante et histoire coloniale
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Conclusion

Et au final.

La Guyane n'est pas une destination facile ou rassurante. Cayenne reste une ville moyenne, sans vraiment de centre touristique développé, et l'ambiance générale est celle d'une région encore brute, en marge. L'Île du Diable vaut le coup rien que pour l'histoire et le malaise qu'on y ressent. Mais la jungle, loin du mythe, nous a déçus. À recommander à ceux qui cherchent du différent, pas à ceux qui veulent des vacances de rêve.

En résumé

Avis Cayenne : carnet de voyage de 10 jours par marcguyane2024

Destination
Cayenne
Pays
Guyane
Durée
10 jours
Période
août · Été
Note du voyageur
4/5
Voyageur
@marcguyane2024
L'essentiel

Cayenne en bref

Pourquoi choisir Cayenne

  • Histoire coloniale sombre et préservée à l'Île du Diable
  • Cuisine guyanaise généreuse et authentique, bien moins chère qu'en Antilles
  • Expérience de voyage authentique loin du tourisme de masse
  • Accès facile à la forêt primaire et biodiversité équatoriale
  • Marché local vibrant avec fruits tropicaux rares et abordables

Pour qui ?

  • Passionnés d'histoire coloniale et carcérale
  • Voyageurs cherchant l'authenticité loin des circuits balisés
  • Amateurs de gastronomie créole et épices généreuses
  • Explorateurs de jungle avec expérience en randonnée difficile
  • Chercheurs de destinations peu touristiques et brutes

À éviter si…

  • Vous recherchez des plages paradisiaques et du tourisme balnéaire
  • Vous détestez chaleur extrême, humidité oppressante et insectes agressifs
  • Vous attendez une jungle mystérieuse avec observations animalières faciles
  • Vous exigez un accueil touristique chaleureux et des services haut de gamme
À découvrir aussi
Aéroport Cayenne-Félix EbouéÎle du DiableÎle RoyaleÎles du SalutPlace des PalmistesMontsinéryForêt primaire de GuyaneRemireCathédrale Sainte-MarieMusée du Père LabatFort-de-FranceCommune de Montsinéry-Tonnégrande

Photos communautaires : Cayenne

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Cote de Cayenne près de Montabo, décembre 2016
Cote de Cayenne près de Montabo, décembre 2016
© Bagolina
Cote de Cayenne près de Montabo, décembre 2016
Cote de Cayenne près de Montabo, décembre 2016
© Bagolina
Cayenne
Cayenne
© mlcastle
Cayenne
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© mlcastle
Cayenne
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© mlcastle
Cayenne
Cayenne
© mlcastle
Plage de Montabo
Plage de Montabo
© Bernard DUPONT
Cayenne
Cayenne
© mlcastle
Questions fréquentes

FAQ — Cayenne

Comment se rendre à l'Île du Diable depuis Cayenne?

Le départ s'effectue du quai principal de Cayenne via la compagnie Rouanet avec le bateau Eau Vive. La traversée dure environ 1h30 pour 45 euros l'aller-retour. Il est recommandé d'arriver tôt et de vérifier les horaires de retour pour éviter de manquer le dernier départ, comme cela s'est produit dans ce voyage.

Quel est le meilleur moment pour visiter Cayenne?

Cayenne connaît une chaleur étouffante et une humidité oppressante toute l'année. Les pluies récentes rendent les pistes forestières dangereuses et ravinées. Préférez les périodes sèches (février à avril, septembre à novembre) pour les excursions en forêt primaire.

Qu'attendre de la jungle guyanaise?

Contrairement aux attentes touristiques, la forêt primaire de Montsinéry est dense, marécageuse et peu propice aux observations animalières. Préparez-vous à une chaleur suffocante, une humidité extrême, des insectes agressifs et peu de faune visible. Les sentiers peuvent être dangereux après les pluies.

Quels sont les transports locaux à Cayenne?

Les taxis collectifs relient l'aéroport Félix Eboué au centre-ville pour 12 euros par personne (45 minutes). En ville, la circulation se fait à pied ou en voiture de location. Pas de transports en commun structurés mentionnés.

Où manger authentiquement à Cayenne?

Les petits restaurants guyanais comme Le Petit Bouillon offrent plats locaux copieux (fricassé de poulet, riz, plantain) pour 10 euros. Les repas sont généreux en épices. Le marché du dimanche Place des Palmistes propose fruits tropicaux à bas prix (calamansis 1,50 euro/kilo).

L'Île du Diable vaut-elle vraiment le détour?

Oui, malgré l'inconfort (absence d'ombre, surcharge de touristes). Le site historique du bagne français révèle l'horreur des cellules d'isolement (2m x 1,5m) et marque profondément. À combiner avec l'Île Royale toute proche pour un repas créole.

Quel budget prévoir pour 10 jours à Cayenne?

Chambre d'hôtel colonial: budget modéré. Taxi collectif: 12 euros. Visite Île du Diable: 45 euros. Restaurants: 10-18 euros par repas. Musée Père Labat: 6 euros. Location voiture: non précisée. Rhum local: 8 euros. Budget quotidien minimum: 50-80 euros hors logement.

Y a-t-il une atmosphère touristique à Cayenne?

Non. Cayenne manque clairement de développement touristique. L'accueil peut être froid et indifférent. La ville reste brute, en marge, sans véritable centre touristique structuré. À recommander aux voyageurs en quête d'authenticité, pas aux amateurs de confort touristique.