Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Budapest en novembre, avec 7°C et un ciel gris qui ne nous a presque pas quittés. L'aéroport Ferenc Liszt à 20 km du centre. Bus 200E pendant 40 minutes jusqu'à Deák Ferenc tér. Le ticket coûte 900 HUF (moins de 3 euros). Bilan : galère numéro 1, parce que personne ne parle anglais à 6h du matin aux guichets, et j'ai dû mimer le geste d'acheter un billet à un chauffeur qui écoutait de la musique techno à volume maximal. Notre hôtel, le Boundless House Hostel dans le 7e arrondissement (Kazinczy utca), coûtait 45 euros la nuit. La proprio, Éva, nous a accueillis avec un sourire fatigué et du café instantané froid. Les murs étaient minces. Nous avons entendu pendant trois nuits un mec qui jouait à un jeu vidéo avec un micro casque. Mais Éva nous a permis de laisser nos bagages après le checkout, ce qui nous a sauvés un jour. Les thermes : l'essence du voyageNous avons consacré trois jours aux bains thermaux. Le Széchenyi Thermal Bath, c'est 1800 HUF l'entrée, environ 5,50 euros. Le matin à 9h, l'eau fumait à 38°C. On voyait les gens locaux plongés jusqu'au cou, immobiles pendant une heure. J'ai senti l'odeur soufrée de l'eau minérale qui m'a d'abord repoussé, puis fasciné. Il y a une piscine extérieure au milieu du parc City Park. Novembre, 7°C dehors, 40°C dans l'eau. Les vapeurs montaient. C'était étrange et apaisant. Le second jour, nous avons essayé les Rudas Thermal Bath, datant de 1550. L'accès coûte 4200 HUF (13 euros) pour un jour complet. Il y a une section strictement nudiste le jeudi et vendredi soir. Nous y sommes allés un mercredi. Des carreaux ottomans turquoise, un dôme octogonal troué pour laisser passer la lumière. L'air était chaud et humide, légèrement étouffant. Un homme âgé dans un coin semblait méditer. Nous avons traîné deux heures. Gastronomie et mésaventuresUn marché : le Central Market Hall (Vásárcsarnok), quatre niveaux, 1000 vendeurs. Nous avons commandé un goulash à la table 23 du rez-de-chaussée : 2800 HUF avec du pain. Viande tendre, paprika omniprésent, goût terreux et réconfortant. Mais galère numéro 2 : le mec a compris que nous voulions des suppléments. Il en a rajouté. La facture a grimpé à 4200 HUF. Il a souri en encaissant. Le soir, Restaurant Классный (oui, en russe), vibes années 1990 soviétiques assumées. Borscht pour 2400 HUF. Pelmeni pour 1900 HUF. Le serveur parlait trois langues, se souvenait de commandes verbales sans écrire. Nous y sommes retournés deux fois. Transports et navigation urbaineLe tram 4-6, la ligne maléfique. Elle relie Buda à Pest via le Pont Margaret. Novembre, il y avait deux tramways cassés par semaine. Un jour, nous l'avons pris pour aller au château de Buda. Arrêt prévu : 18 minutes. Réalité : 45 minutes parce qu'il s'était arrêté sans raison durant 20 minutes. Une femme à côté de moi râlait en hongrois. Un gamin regardait dehors. Personne ne bougeait. Le trajet coûte 350 HUF par ticket (1,05 euros). Le métro est plus fiable. Trois lignes : M1 (jaune), M2 (rouge), M3 (bleue). Nous avons emprunté la M2 pour aller au Mémorial de la Chaussure (Cipők a Duna-Parton). Curieux : une installation de 60 paires de souliers rouillés sur la berge du Danube, un mémorial des exécutions de 1944-1945. Aucune foule. L'eau était grise-brun. Le vent glacé. Moments marquantsJeudi soir, nous étions assis à la terrasse du Printa Kávézó (petit café rue Kazinczy). L'endroit avait 40 ans, peuplé de vieilles machines à imprimer. On pouvait imprimer sa propre tasse. Un espresso coûtait 450 HUF. Il était 17h30. Le soleil descendait. La rue était presque vide. Un homme jouait de l'harmonica trois terrasses plus loin. Pas de musique de film. Pas de « moment magique ». Juste un truc vrai : il pleuvait léger, on s'en foutait de nos genoux qui tremblaient de froid, et on était bien. Dernier jour, galère numéro 3 : retour à l'aéroport via le bus 200E. J'avais perdu mon ticket de retour. Le chauffeur a refusé de me laisser monter. Une femme hongroise a expliqué au chauffeur que j'avais visiblement un accent. Il a soupiré, m'a laissé passer.
Les bons plans repérés sur place.
Széchenyi Thermal Bath (piscine jaune extérieure dans le City Park, 38-40°C en novembre avec les vapeurs qui montent)
Central Market Hall niveau 1 (goulash à la table 23, vendeur qui comprend les mimes)
Printa Kávézó rue Kazinczy (espresso 450 HUF, machines à imprimer des années 1950 intactes)
Mémorial Cipők a Duna-Parton (60 paires de chaussures rouillées sur la berge, silence total)
Tram 4-6 de nuit (peu fiable mais les vues de Buda depuis Pest valent les 45 minutes d'attente)
Et au final.
Budapest m'a marqué par sa réalité crue : des thermes extraordinaires, une nourriture consistante, mais aussi des transports imprévisibles et une barrière linguistique réelle. Je reprendrais en été pour voir le Danube sans gris permanent. Je n'irais pas en disant que c'est une destination rêvée : c'est une ville qu'on visite pour la vivre, pas pour la poster.







