Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à l'aéroport de Rafic Hariri le 3 février en fin d'après-midi. Le taxi depuis l'aéroport jusqu'à l'hôtel Albergo del Mare à Achrafieh coûtait 30 euros pour 20 km, le trajet a duré une heure. Le chauffeur nous a expliqué en français qu'il fallait absolument éviter la corniche après 18 h. Première impression : la ville sent l'essence brûlée mélangée à un vague relent de jasmin depuis les balcons des immeubles. Les deux premiers jours, nous avons trainé dans le quartier de Gemmayzé. Le restaurant Em Sherif, situé rue Gouraud, servait les meilleures fattoush que nous n'ayons jamais mangées (8 euros l'assiette). Le chef, Khaled, coupait les tomates avec une précision millimétrée. Le soir, on entendait les générateurs électriques de tous les bâtiments vrombir en même temps vers 19 h, quand l'électricité publique s'arrêtait. C'était étrange, presque inquiétant la première nuit. Le marché de Bourj Hammoud et la première galèreLe 5 février, nous avons voulu explorer Bourj Hammoud à pied. Erreur. Nous nous sommes perdus dans le dédale de petites rues, et un homme nous a abordés pour nous « guider ». Il nous a fait tourner en rond pendant 20 minutes avant de nous demander 15 euros. Nous avons refusé, pas de violence mais beaucoup de tension. Le marché lui-même valait le coup : le vendeur de pistaches à côté de l'église arménienne proposait des fruits secs à 5 euros le kilo, et le goût était tellement intense que ça vous restait en bouche pendant des heures. Nous avons pris le bus n°5 depuis Hamra pour revenir vers le centre. Il n'avait pas d'horaire affiché. Le chauffeur attendait juste d'avoir assez de passagers. Cela a pris 35 minutes. Les musées et la merLe Musée national de Beyrouth (à Munla, derrière le complexe sportif) nous a vraiment secoués. Le bâtiment avait des impacts de balles sur la façade. À l'intérieur, les murs gris, les vitrines poussiéreuses. Les sculptures romaines étaient magnifiques mais on voyait bien que le musée manquait de moyens. Entrée : 10 euros. Pas beaucoup de visiteurs, juste nous et deux groupes scolaires. La corniche de Beyrouth, qu'on a enfin osé faire en fin d'après-midi (vers 16 h), était presque déserte. La température était de 15 degrés, un vent qui piquait. Nous avons pris un café au café Dar Al-Noor, terrasse avec vue sur la mer grise. Le café coûtait 3 euros. Le serveur nous a parlé de la fuite des cerveaux, de ses deux frères partis au Canada. Il a dit : « Ici, il n'y a plus rien pour les jeunes. » Byblos et le NordLe 7 février, nous avons loué une voiture chez Hertz (60 euros pour deux jours, diesel). L'autoroute jusqu'à Byblos était en bon état. La route a pris une heure. Le château de Byblos : 5 euros l'entrée. Les murs de pierre rose datant du Moyen Âge, la vue plongeante sur le port. Le souk historique fourmillait de touristes russes, beaucoup moins de Français qu'avant, nous a dit la vendeuse de souvenirs en bois. Nous avons mangé du poisson grillé chez un restaurant sans grande enseigne près du port (nom oublié, juste un panneau bleu) : 12 euros pour du poisson énorme et des citrons frais pressés sur place. Le retour à Beyrouth : embouteillage d'une heure. Les panneaux routiers avaient souvent des balles dessus. Notre moment marquant a été de rouler à côté d'une femme dans une petite Kia beige qui nous a souri. Un sourire sincère. Ce sourire, en contraste avec l'atmosphère générale de tension, nous a touchés. Les derniers joursLe 8 février, visite rapide du quartier de Mar Mikhail. Boutiques vintage, galeries d'art, des jeunes qui tentaient de créer quelque chose. Nous avons bu du café au café Karavane. Le barista était né en 1998, avait connu toute sa vie adulte en crise économique. Il nous a dit : « J'aime ma ville mais elle me tue. » Nous n'avons pas su quoi répondre. Le vol retour le 11 février avec Middle East Airlines décollait à 14 h. Nous avons quitté l'hôtel vers 11 h. Trop tôt. Nous avons attendu trois heures à l'aéroport.
Les bons plans repérés sur place.
Le restaurant Em Sherif rue Gouraud pour la fattoush vraiment excellente et l'ambiance locale sans touristes
Le Musée national de Beyrouth pour ses sculptures romaines et la sincérité du lieu
Le château de Byblos avec la vue sur le port et le souk où les prix sont justes
La corniche de Beyrouth au coucher de soleil entre 16-17h avant que la vie nocturne ne devienne tendue
Le café Karavane à Mar Mikhail pour discuter avec des jeunes Libanais de leur quotidien
Photos — Beyrouth
Et au final.
Beyrouth nous a secoués. Ce n'est pas une ville touristique lisse. Les gens qu'on a rencontrés étaient réalistes, parfois pessimistes, et ça rend la visite étrangement honnête. La ruine coexiste avec la vie. Cependant, l'insécurité latente et les coupures d'électricité quotidiennes nous ont rappelé qu'on ne visitait pas un pays en paix.








