Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Rafic Hariri de Beyrouth un jeudi soir, vers 21h30. Le vol Middle East Airlines depuis Paris avait 40 minutes de retard. Dès la sortie, l'odeur mélangée d'essence et de jasmin m'a frappée de plein fouet, si dense qu'on en sent presque la texture dans la bouche. Notre hôtel, l'Albergo, situé dans le quartier de Gemmayze, était minuscule mais impeccable : 85 euros la nuit, petit-déjeuner inclus. La propriétaire, Leila, nous a conseillé d'éviter Hamra street avant 23h à cause des manifestations étudiantes. Information précieuse, même si elle s'était trompée sur les dates. Première galère : le Wi-Fi promis n'a fonctionné qu'à partir du jour 3, après trois appels à la réception. Beyrouth, mur après murLe mardi matin, nous avons pris un taxi blanc collectif (service, 3000 LBP par personne, environ 1,50 €) jusqu'au souk de Tripoli, à une heure de route. Le chauffeur roulait à une vitesse folle en slalomant entre les nids-de-poule. Arrivés là-bas, nous avons mangé des falafel chauds à 2500 LBP pièce chez Abu Amin, une échoppe sans chaise où on mange debout, adossé au mur. Le contraste était saisissant : d'un côté, les ruelles restaurées, de l'autre, des immeubles criblés de balles, encore debout après 30 ans. À Beyrouth même, nous avons marché pendant des heures dans les quartiers sud, Dahiyeh, où les affiches de Nasrallah ornaient chaque coin de rue. Les gens étaient accueillants mais prudents. Un homme âgé nous a arrêtés pour nous proposer un café chez lui. Nous avons poliment décliné : les tensions politiques restaient palpables, même si on ne voyait aucun contrôle militaire apparent. Le mercredi, visite du Musée national de Beyrouth, fermé le mardi (piégé, mais l'info n'était pas sur le site officiel). Billet : 15 000 LBP. Les galeries de sculptures phéniciennes nous ont vraiment stoppés. Pas pour un cliché touristique, mais parce qu'on voyait les piqûres de balles dans certaines vitrines, jamais restaurées volontairement. Baalbek, la déchirureLe jeudi, bus Comfort à 6h15 depuis la station de Bourj Hammoud jusqu'à Baalbek (52 000 LBP par personne, 6 heures de route incluant 2 arrêts chaotiques). Nous sommes arrivés épuisés, affamés. Le chauffeur nous a largués au milieu de la ville sans explication. L'hôtel Palmyra, 60 euros, offrait une vue directe sur les temples romains. Au coucher du soleil, la lumière orange rasait les colonnes de Jupiter, et on entendait l'appel du muezzin résonner depuis la mosquée voisine. Ce moment-là, assis sur la terrasse avec un verre de arak à 20 000 LBP, valait le détour seul. Samedi matin, entrée aux temples : 50 000 LBP. Trois heures à marcher entre les ruines du temple de Bacchus (intact à 90 %), celui de Vénus, et la forteresse de Qalaat. Les pierres chauffées au soleil brûlaient les mains. Pas de guide obligatoire, mais un jeune homme, Karim, nous a suivis discrètement et nous a fait payer 30 000 LBP pour « expliquer » ce qu'on voyait déjà. Arnaque mineure, mais elle nous a énervés. Nous avons mangé des brochettes de kofta chez Ali, dans la ruelle principale, pour 15 000 LBP. La viande était savoureuse, épicée au sumac, et on sentait la charcoal chaude qui montait du chariot de cuisson. Après, nous avons regretté : deux d'entre nous ont eu des problèmes digestifs le lendemain. L'eau du robinet, probablement. Retour et derniers joursNous avons pris un minibus le samedi après-midi pour revenir à Beyrouth (comptable mais inconfortable, 45 000 LBP). Dimanche, nous avons flâné dans le quartier de Hamra, visité la Librairie Universelle, un incontournable décrépi mais rempli de bouquins. Déjeuner au Barbar (sandwichs shawarma, 7500 LBP), un classique depuis 1998. Les étudiants autour parlaient politique à voix basse, les regards se croisaient longuement. L'ambiance était pesante mais humaine. Lundi, dernière journée, nous nous sommes assis au Café Younes avec un narguilé (12 000 LBP pour une heure, deux sabres de saveur pomme-menthe). La fumée collait aux cheveux, les gens riaient, les voitures klaxonnaient dehors comme si le temps était une fiction. C'était simplement réel.
Les bons plans repérés sur place.
Temples de Baalbek au coucher de soleil (entrée 50 000 LBP, aller tôt le matin pour éviter la foule de touristes brésiliens)
Marché de Tripoli, souk traditionnel (falafel chez Abu Amin à 2500 LBP, goût de cumin et coriandre intense)
Musée national de Beyrouth, galeries de sculptures phéniciennes (15 000 LBP, fermé le mardi, vitrines criblées de balles intactes)
Quartier de Gemmayze, petit-déjeuner à l'Albergo (pain libanais, zaatar, fromage blanc à 25 000 LBP pour deux)
Service collectif blanc Beyrouth-Tripoli (3000 LBP par personne, chaos routier garanti, rencontre locale assurée)
Photos — Beyrouth + Baalbek
Et au final.
Le Liban nous a secoués. Pas de vacances détente, mais une expérience crue : des gens attachants mais une infrastructure fatiguée, des ruines mélangées à la vie quotidienne, des retards partout, une livre en chute libre pendant notre séjour. Nous n'avons pas eu peur, mais nous avons senti les fissures. À refaire, mais pas sans préparation.
