Beyrouth sous les décombres : 10 jours entre ruines et renaissance
CarnetLiban202610 jours

Beyrouth sous les décombres : 10 jours entre ruines et renaissance

Nous avons atterri à l'aéroport de Beyrouth-Rafic Hariri un jeudi à 14 h 30, après un vol MEA (Middle East Airlines) depuis Paris. L'odeur du kérosène mélangée à celle de la mer Méditerranée nous a frappés dès la…

MA
Publié le · mis à jour le
10 jours1 album4/5
Le récit

Comment ça s'est passé.

Nous avons atterri à l'aéroport de Beyrouth-Rafic Hariri un jeudi à 14 h 30, après un vol MEA (Middle East Airlines) depuis Paris. L'odeur du kérosène mélangée à celle de la mer Méditerranée nous a frappés dès la sortie. Le taxi blanc sans compteur jusqu'à l'hôtel Aleph Boutique – 50 000 livres libanaises (30 euros) pour 15 km – nous a filé sur la corniche, entre bâtiments éventrés et panneaux publicitaires intacts. Nous avons logé au Aleph Boutique dans le quartier de Gemmayzé. Chambre 304, vue sur le chaos urbain, climatisation qui grinçait toute la nuit. Petit déjeuner inclus : pain pita, labné (fromage blanc coulant), olives, miel. À 6 h le matin, j'ai entendu l'appel à la prière monter du quartier chiite voisin – ce son rauque et modulé qu'on n'oublie pas. Les murs autour de nous portaient les cicatrices de 1982 à 2020 : trous d'obus, graffitis de factions rivales, panneaux de propagande effacés par le sel marin. La galère : l'essence et les coupures de courantLe Liban traverse une crise économique sans précédent. Les stations-service affichaient des files de 2 kilomètres. Les coupures de courant duraient 12 à 14 heures par jour. Notre hôtel fonctionnait sur un générateur privé – un vrombissement constant qui sentait l'huile brûlée. Nous avons perdu nos photos d'une journée entière à cause d'un crash disque lors d'une coupure. Les restaurants ne prenaient que le cash ou les virements en dollars. Chez Zeitoun Café (rue Pasteur, près de l'église Maronite), un café coûtait 200 000 livres (12 euros). Les prix changaient chaque semaine selon le marché noir du dollar. Explorations quotidiennesNous avons marché dans les rues de Gemmayzé avec un plan photocopié du Rough Guide datant de 2015. Beaucoup de lieux avaient fermé. La galerie Alwan (rue Abdel Aziz) était fermée le mardi. Nous avons trouvé le souk Ahad à côté du marché central : vendeurs de fruits secs, poissons entassés sur de la glace, l'odeur piquante du musc et de la viande crue mélangée. Les prix : 2 kg de grenade pour 30 000 livres, un poisson d'un kilo pour 40 000. Le samedi matin, nous avons pris le minibus bleu n°5 depuis Martyrs' Square en direction de Sour (Tyr), au sud. 45 minutes de route côtière, 20 000 livres par personne. Le chauffeur écoutait de la musique raï très fort sur un haut-parleur crachotant. À Sour, nous avons marché sur la plage rocheuse jusqu'aux ruines phénicienne du château de la Mer. L'eau était froide – 16 °C en février – mais translucide. Les vestiges romains émergeaient de l'eau, recouverts d'algues foncées. Moment marquantMercredi soir, chez Liza (rue Monot, réputé meilleur restaurant de Beyrouth). Nous avons commandé un mezze complet : hummus, taboulé, baba-ganoush, salade de betteraves rôties. Le chef est venu à notre table – un homme d'environ 60 ans avec une cicatrice au front. Il nous a expliqué comment il cuisinait les mêmes plats depuis 1987, à travers les guerres, les austerités, les bombardements. Il a refusé l'argent pour un dessert, un sort blanc à la pâte de pistache. Nous avons pleuré en silence. Le dîner complet pour deux : 250 euros (comprendre : l'équivalent de trois jours de salaire minimum local). Les musées et vestigesLe musée national a rouvert ses portes en novembre 2023 après 17 ans de fermeture (entrée : 50 000 livres). Les mosaïques romaines du sous-sol, les sculptures phénicienne du 2e étage. Mais les courants d'air passaient par les fenêtres brisées. Les gardiens nous avertissaient toutes les demi-heures : « électricité va couper dans une heure ». Nous avons aussi visité le complexe de Byblos, à 40 km au nord (30 000 livres en taxi). Les ruines phénicienne, le château des Croisades, les souks restaurés. Moins endommagés que Beyrouth, mais aussi moins authentiques. Trop lisses, trop touristiques – bien qu'il n'y ait presque aucun touriste.

À ne pas rater

Les bons plans repérés sur place.

1

Restaurant Liza rue Monot (Beyrouth) — où le chef enlève le compteur du dîner

2

Château de la Mer à Sour — ruines phénicienne dans l'eau cristalline, minibus bleu n°5 depuis Martyrs' Square

3

Musée national Beyrouth (fermé 17 ans, rouvert 2023) — mosaïques romaine au sous-sol, parfois sans électricité

4

Souk d'Ahad — marché vivant de fruits secs et poisson (près du marché central de Beyrouth), prix en livres qui changent chaque semaine

5

Gemmayzé — quartier bohème avec bâtiments éventrés de la Guerre civile, hôtel Aleph Boutique, générateur qui tourne 14 h par jour

Album · 4 photos

Photos — Beyrouth

Beyrouth sous les décombres : 10 jours entre ruines et renaissance
Beyrouth — 2
Beyrouth — 3
Beyrouth — 4
Conclusion

Et au final.

Le Liban nous a bouleversés. Pas pour sa beauté de carte postale, mais pour sa fragilité et la dignité têtue de ses habitants. La capitale reste meurtrie, les services défaillent, on ne peut pas rester longtemps sans se sentir oppressé par les coupures d'électricité et l'instabilité monétaire. Et pourtant, les gens rient, cuisinent des repas remarquables, accueillent les étrangers comme des amis. C'est un voyage difficile, pas un voyage facile.

En résumé

Avis Beyrouth : carnet de voyage de 10 jours par marczvoyageur

Destination
Beyrouth
Pays
Liban
Durée
10 jours
Période
février · Hiver
Note du voyageur
4/5
Voyageur
@marczvoyageur
L'essentiel

Beyrouth en bref

Pourquoi choisir Beyrouth

  • Vestiges phéniciens et romans à ciel ouvert, inaccessibles ailleurs
  • Authentique hospitalité libanaise et cuisine méditerranéenne exceptionnelle
  • Architecture chargée d'histoire : murs cicatrisés témoignant de décennies
  • Galeries d'art actives et scène culturelle résiliente à Gemmayzé
  • Proximité de sites archéologiques majeurs : Byblos, Sour et château des Croisades

Pour qui ?

  • Voyageurs en quête d'authenticité et de destinations hors des sentiers battus
  • Historiens et archéologues intéressés par civilisations phénicienne et romaine
  • Gastronomes cherchant cuisine levantine et restaurants traditionnels
  • Photographes documentant résilience urbaine et patrimoine post-conflit
  • Voyageurs expérimentés acceptant l'inconfort et l'instabilité

À éviter si…

  • Vous avez besoin de confort moderne et services fiables (électricité, eau, connexion)
  • Vous recherchez une destination relaxante : l'atmosphère est oppressante et tendue
  • Vous ne parlez qu'anglais : le français et l'arabe sont dominants
  • Votre budget est serré : les prix de touriste sont élevés pour la région
À découvrir aussi
Sour (Tyr)ByblosChâteau de la MerGemmayzéMartyrs' SquareRue MonotRue PasteurCorniche de BeyrouthChâteau des CroisadesSouk AhadQuartier chiite de BeyrouthMéditerranée

Photos communautaires : Beyrouth

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Questions fréquentes

FAQ — Beyrouth

Quel est l'aéroport principal pour arriver à Beyrouth ?

L'aéroport de Beyrouth-Rafic Hariri est le principal point d'entrée international. Middle East Airlines (MEA) propose des connexions régulières depuis Paris. Les taxis non comptabilisés coûtent environ 30 euros pour 15 km jusqu'au centre-ville.

Quelle est la situation économique actuelle au Liban ?

Le Liban traverse une crise économique sans précédent. Les prix changent hebdomadairement selon le marché noir du dollar, les coupures d'électricité durent 12 à 14 heures par jour, et les files d'attente aux stations-essence s'étendent sur plusieurs kilomètres. Les hôtels fonctionnent sur générateurs privés.

Comment se déplacer à Beyrouth et dans les environs ?

Les minibus bleus sont le transport principal : le minibus n°5 relie Martyrs' Square à Sour (Tyr) en 45 minutes pour 20 000 livres libanaises par personne. Les taxis sans compteur sont disponibles, mais négociez le tarif avant. Pour Byblos (40 km au nord), comptez un taxi à environ 30 000 livres.

Que visiter à Beyrouth malgré les dégâts de guerre ?

Le musée national a rouvert en novembre 2023 après 17 ans de fermeture avec mosaïques romaines et sculptures phénicienne. Le quartier de Gemmayzé conserve ses galeries d'art (Alwan) et cafés. Les ruines phénicienne du château de la Mer à Sour et le complexe de Byblos offrent des vestiges mieux préservés.

Quel est le coût de la vie pour les touristes ?

Un café coûte environ 12 euros (200 000 livres libanaises), un repas complet au restaurant peut atteindre 250 euros pour deux, équivalent à trois jours de salaire minimum local. Les prix sont très volatiles. Seul le cash ou les virements en dollars sont acceptés.

Quelle est la meilleure période pour visiter Beyrouth ?

Février offre une température de mer à 16 °C. Les restaurants et galeries fonctionnent mieux hors des pics touristiques estivaux. Cependant, les coupures d'électricité sont permanentes toute l'année.

Où se loger à Beyrouth ?

L'hôtel Aleph Boutique dans le quartier de Gemmayzé propose des chambres avec petit-déjeuner libanais traditionnel (pain pita, labné, olives, miel). Les hôtels dispose de générateurs privés pour pallier les coupures quotidiennes d'électricité.

Est-ce sûr pour les touristes de visiter Beyrouth ?

Beyrouth accueille les étrangers avec hospitalité malgré l'instabilité. Les quartiers touristiques comme Gemmayzé et Monot sont fréquentables. Restez vigilant quant aux coupures d'électricité et à la volatilité monétaire qui peuvent compliquer l'organisation logistique.