Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport de Belgrade (Nikola Tesla) un jeudi matin, 6 h 45, avec cette sensation bizarre d'être passé d'hiver méditerranéen à hiver d'Europe de l'Est. Température : -2 °C, humidité à bloc. Le bus 72 nous a menés au centre en 45 minutes pour 150 dinars (1,30 €). Déjà, on sentait la différence : pas de WiFi annonçé, chauffeur qui ne parlait que le serbe, une femme qui nous a expliqué par gestes à quelle station descendre. L'hôtel qu'on avait réservé en ligne, le Moskva Hotel (place de la République), s'est avéré être un bâtiment vieillot mais charmant. La réception sentait le café moulu et le tabac froid. Chambre 312 : radiateur qui cognait à intervalles réguliers, fenêtres qui laissaient passer l'air, mais vue directe sur la place. 65 euros la nuit pour deux. Pas terrible, mais honnête. On a commencé par le Kalemegdan — la forteresse au-dessus du Danube. Levés à 7 h pour éviter les groupes de touristes. Le froid était intense, les pierres humides, et on pouvait voir la respiration sortir de nos bouches. Depuis le bastion des Français, le Danube avait cette couleur grise-marron, presque figée par endroits. Une femme locale nous a expliqué (en anglais fragmenté) que c'était le premier hiver vraiment froid depuis trois ans. Moment un peu surréaliste : entendre les corbeaux croasser dans la cour intérieure en même temps qu'un muezzin en arrière-plan. Pour manger, on a vite trouvé nos marques. Le restaurant Kafana 1947, rue Balkanska, proposait des vraies portions de pljeskavica (sorte de burger serbe) pour 450 dinars (3,80 €). Goût de paprika, d'oignon grillé, la viande légèrement grasse mais pas désagréable. Côté alcool : une bière Nektar (0,5 L) pour 200 dinars au bar. Pas cherché ailleurs. La rue Knez Mihailova, artère piétonne, était en travaux lors de notre passage. Voilà, une galère : on s'attendait à du shopping et des cafés fleuris. À la place, des barrières, de la poussière, des ouvriers. On a dû contourner par les ruelles adjacentes. Positif quand même : découvert un café minuscule, Pekara Baka, qui vendait des chaussons aux épinards tout chauds pour 80 dinars. Goût salé, texture beurrée. La vendeuse, une femme d'environ 60 ans, nous a servi avec un grand sourire sans dire un mot. Le musée de Nikola Tesla (rue Krunska) méritait deux heures. Petit bâtiment blanc, très peu de visiteurs à 14 h un jeudi. Les inventions, les maquettes, tout dans un ordre un peu chaos — bel exemple de musée des années 90 qui n'a pas trop changé. On a senti l'humidité du sous-sol, l'odeur caractéristique des vieux bâtiments en brique. Entrée : 400 dinars (3,40 €). Une nuit, on a traîné du côté de la Bohemian quarter (Bohemska) et du parc Tasmajdan. Bar de routiers, musique de turbo-folk trop fort, gens qui parlaient serbe trop vite pour nous. Moment marquant, pas forcément positif : on s'est sentis un peu hors-place, comme des touristes de musée. Deux mecs à côté de nous jouaient aux cartes, buvaient du rakija blanc, et ne nous accordaient aucune attention. C'était juste l'ambiance locale, pas vraiment accueillante ni hostile. Neutre. Bière à 150 dinars là-bas. Le marché Zeleni venac, situé à côté du parc, s'est montré plus vivant. Stands de fruits, de fromage serbe, de fruits secs. On a acheté des cerneaux de noix (300 dinars le kilo) et du kajmak, ce produit laitier entre beurre et crème fraîche, légèrement sale et acidulé. Goût singulier. Les vendeurs criaient les prix, négociaient avec les retraités, tout était bruyant et vrai. Pour finir : une excursion à Zemun (quartier au nord, en Voïvodine). Train depuis la gare centrale (Beograd Centar) à 10 h 28, ligne 1, 15 minutes, 100 dinars. Zemun est séparé de Belgrade par le Danube — historiquement zone autrichienne, c'est un peu un monde à part. Rues pavées, maisons pastel, vue depuis la tour Gardos sur le fleuve gelé partiellement. Froid encore plus mordant là-bas, le vent soufflait du nord sans obstacle. Restaurant Restoran Fejsbuk (nom ironique, très Facebook) : œufs au kajmak avec du pain maison, 320 dinars. Moment calme, loin de Belgrade.
Les bons plans repérés sur place.
Kalemegdan au lever du jour : forteresse ottomane, vue sur le Danube gelé, pas de foule avant 8 h
Rue Knez Mihailova avant les travaux : cadre urbain historique, cafés de poche, pâtisseries locales
Musée Nikola Tesla : petit, peu fréquenté, authenticité datée (pas décoré pour touristes)
Marché Zeleni venac : kajmak frais, négociations locales, odeur de fruits secs et fromage
Zemun et la tour Gardos : perspective différente, Danube partiellement glacé, restaurants sans folklore
Photos — Belgrade
Et au final.
Belgrade m'a plu, sans m'enthousiasmер. C'est une ville en reconstruction, un peu brouillonne, pas hyper-touristique malgré la réputation. Les gens ne sont pas particulièrement chaleureux avec les étrangers mais pas froids non plus. Ce qu'on a moins aimé : l'état des trottoirs (nombreux trous), l'absence quasi-totale de panneautage en anglais, et le sentiment diffus que les services touristiques sont encore très balbutiants.








