Comment ça s'est passé.
On a décidé de venir à Bagdad en novembre parce que octobre c'était trop chaud, et franchement c'était encore lourd : 32°C à 9h du matin quand on a débarqué à l'aéroport international de Bagdad. L'air sentait l'essence et la poussière du désert, un mélange qu'on n'oublie pas. Notre guide Rashid nous attendait avec une pancarte. On a pris un taxi blanc collectif (service 5000 dinars par personne) jusqu'à la zone verte pour les papiers – grosse galère : notre visa avait une date décalée de deux jours. On s'est retrouvés bloqués deux heures à un checkpoint où un militaire méfiant feuilletait nos passeports. On a logé à l'hôtel Palestine, rue Farabi, un trois-étoiles un peu fatigué mais avec clim qui marchait. La chambre coûtait 80€ la nuit. Le premier soir, on s'est aventurés au souk al-Ghazl avec Rashid : c'est un marché chaotique où les vendeurs te serrent de trop près, où ça crie en arabe, et où ça sent les épices turmériques brûlées. On a mangé des brochettes kebab chez Abu Nawas (500 dinars, un euro à peine) – viande grillée sur charbon de bois, coriandre fraîche, pita chaude. C'était bon mais le vendeur nous a gonflé de 20% sur la note initiale. Les mosquées et le muséeLa Grande Mosquée al-Kadhimain au nord de Bagdad : deux dômes dorés qui brillent même dans le smog. Il fallait enlever les chaussures, passer par trois contrôles de sécurité (fouille aux mains, portique), et les gardes nous regardaient comme si on était des extraterrestres. À l'intérieur, ça résonnait avec les récitations du Coran depuis les haut-parleurs, une voix qui tremblait légèrement. Moment marquant : une grand-mère irakienne nous a souris, elle nous a offert du thé à la cardamome qu'elle avait dans un Thermos. C'était sucré, réconfortant, on a parlé trois minutes à travers Rashid. Le Musée national irakien (fermé le lundi, ouvert 9h-16h) : ils reconstruisent après les pillages de 2003. Les tablettes sumériennes d'Uruk nous ont bluffés – vraiment des objets vieux de 5000 ans, murs en briques crues, écriture cunéiforme gravée. Mais deux salles étaient encore vides, barrées par des cordes. Transport et galère quotidienneSe déplacer, c'était compliqué. Pas de transports en commun réguliers. On a loué une voiture avec chauffeur via l'hôtel pour 60€/jour. Le chauffeur, Karim, écoutait la radio FM 93.3 en boucle et parlait fort au téléphone. Les routes sont trouées, les bouchons monstrueux même la nuit. On a perdu trois heures un jour à cause d'un cortège militaire qui fermait la route. La nourriture : on a testé le restaurant Iskander (proche de Karada) pour goûter le masgouf, le poisson du Tigre. 45 dinars, excellent, poisson entier grillé avec citron et tomate. Mais l'eau du robinet, on ne l'a jamais touchée. Eau minérale partout. On a eu la turista trois jours à cause d'une salade mangée à un vendeur de rue. Jour 7, on a pris le minibus jusqu'à Karbala (deux heures, 15€ par personne, compagnie Al-Najaf). Sanctuaire de l'Imam Hussein : magnifique dôme doré, mais il y avait un rassemblement de pèlerins chiites massif ce jour-là. Trop de monde, on a reparti après 30 minutes. La chaleur écrasante, la transpiration qui colle au dos même à 14h. Dernier jour à Bagdad, on s'est assis à la terrasse du café Beyt al-Iraqi pour regarder le Tigre. Le café sentait la fumée du narghilé, les glaçons tintaient dans les verres de thé. On a pensé à tout ce qu'on n'avait pas pu faire : aller en Haute Mésopotamie à Mossoul (trop dangereux selon le guide), les ruines de Babylone (route fermée ce mois-ci). Mais on avait une certaine compréhension de Bagdad – pas un tourisme lissé, mais brut, exigeant, humain.
Les bons plans repérés sur place.
Souk al-Ghazl à Bagdad : arriver tôt (7h) avant la foule, acheter les brochettes kebab chez Abu Nawas, négocier les prix
Grande Mosquée al-Kadhimain : trois contrôles de sécurité, arrive avant midi pour moins d'affluence, dômes dorés visibles de loin
Musée national irakien : tablettes sumériennes de 5000 ans, sections fermées au lundi, durée 2-3h min
Sanctuaire d'Hussein à Karbala : 2h en minibus Al-Najaf depuis Bagdad, consulte les calendriers pèlerins avant (foule imprévisible)
Café Beyt al-Iraqi en bord du Tigre : narghilé à 8€, vue sur le fleuve, bon pour observer les bateaux de pêche au crépuscule
Photos — Bagdad
Et au final.
Bagdad n'est pas facile, et c'est peut-être pour ça qu'on en parle. La sécurité demande de la vigilance constante, l'infrastructure touristique est quasi inexistante, les coupures d'électricité nous ont privées d'eau chaude deux jours. Mais les gens nous ont reçus avec curiosité honnête, les monuments survivent malgré tout, et les saveurs qu'on a goûtées restent.








