Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à Abidjan un jeudi matin vers 6 h 30, après un vol Air France avec escale à Casablanca. L'aéroport Félix Houphouët-Boigny sentait déjà la moiteur tropicale mélangée aux vapeurs de carburant. Mon collègue a tout de suite commenté : « Bienvenue au cœur du chaos ». Nous avons pris un taxi blanc depuis le terminal – numérotation inexistante, juste une entente verbale sur le prix (25 000 CFA pour Plateau) – et c'est là que les choses se sont compliquées. Le trajet qui aurait dû prendre 45 minutes en a pris deux. Bouchons monstrueux sur la route de Marcory, tôle ondulée, motos-taxi surgissant de nulle part. Le chauffeur, sympathique mais pressé, ne cessait de klaxonner. J'ai appris que c'était normal. Bienvenue. Notre hôtel, le Novotel Abidjan, était situé à Cocody. Chambre standard, climatisation qui ronronnait comme un moteur diesel, vue partielle sur la lagune Ébrié. Le petit déjeuner (8 500 CFA) proposait des œufs à la coque, pain français frais, et du café Ivoirien avec un goût terreux que j'ai aimé dès la première gorgée. Les voisins de table parlaient affaires en français avec des intonations très différentes du Québec ou de Suisse. Mercredi matin, levé à 5 h pour explorer le Marché de Treichville – nous n'avions pas vraiment compris où aller, juste une adresse griffonnée. Les bus publics (impossibles à identifier, faut juste crier la destination au conducteur) étaient déjà bondés à 5 h 45. Nous avons opté pour un taxi. Le marché : c'était un déferlage de couleurs, de cris, de débris. Odeur d'épices, de poisson fumé, d'ordures. Des femmes vendaient des pyramides de tomates, d'oignons, des tas de tubercules que je ne savais pas nommer. Nous avons acheté des attiéké (semoule de manioc, 2 000 CFA le sachet) qu'une vendeuse a fourré dans un plastique noir sans nous laisser vraiment le choix. Honnêtement, c'était bon, mais pas « révélateur » comme présenté dans les guides. Jeudi, nous nous sommes aventurés dans le quartier du Plateau – le centre-ville « propre » avec ses tours de verre et ses banques. Restaurant Chez Soua : aloko (bananes frites) avec sauce arachide et poisson braisé. Plat complet pour 8 000 CFA. C'était savoureux, riche, un peu trop gras peut-être. La serveuse a dû nous expliquer trois fois que non, il n'y avait pas de réservation nécessaire. Ici, on rentre, on mange, on paie. La vraie galère : nous voulions visiter le Musée National d'Abidjan vendredi. Horaires affichés (9 h-17 h), sauf qu'en arrivant à 10 h 30, c'était fermé « pour maintenance ». Aucun panneau précisant depuis quand. Le gardien, peu bavard, a haussé les épaules. Nous avons perdu un billet d'entrée (5 000 CFA) et deux heures. C'est du Côte d'Ivoire, m'a dit une expatriée française croisée au café : « Les horaires, c'est plus une suggestion qu'une certitude ». Le moment marquant : samedi après-midi sur la Plage de Bassam, à environ 45 km d'Abidjan (minibus blanc de la gare de Yopougon, 3 000 CFA, route cahotante). Petit village balnéaire, sable gris, eau tiède. Nous nous sommes assis chez Chez Konan, un restaurant de paillotes où un vieux monsieur nous a servi du poisson grillé entier (3 500 CFA) avec des citrons frais tranchés épais. Il y a eu un moment où j'ai juste écouté les vagues, les conversations en dioula autour, senti le sel sur ma peau. C'était tranquille, réel, dépourvu de cette tension qu'on traîne à Abidjan. Dimanche, dernière journée, nous avons traversé la lagune Ébrié en « woro » (bateau collectif) depuis le débarcadère de Treichville jusqu'à l'île de Marcory. Tarif : 1 500 CFA. Moteur puissant, éclaboussures, ciel gris. Voir Abidjan depuis l'eau, c'est différent – moins écrasant, plus dispersé. Odeur de poisson pourri mélangé à l'essence. Nous avons terminé à l'Hôtel Ivoire (enfin un endroit touristique classique) pour des poutines au crabe au bar Le Lagon – 6 500 CFA pour deux avec une bière Flag locale. Ambiance internationale, touristes, expatriés. Le charme disparu.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Treichville : y aller dès 6 h du matin, prendre un taxi partagé bleu et blanc, essayer l'attiéké chaud directement du bac
Plage de Bassam à 45 km : minibus de Yopougon, déjeuner de poisson grillé entier chez Chez Konan pour moins de 5 euros
Traversée en woro (bateau collectif) depuis Treichville : 1 500 CFA pour voir Abidjan depuis la lagune Ébrié
Restaurant Chez Soua au Plateau : aloko-sauce arachide, atmosphère locale, pas de réservation, plats généreux
Musée National d'Abidjan : vérifier avant d'y aller (souvent fermé de façon imprévisible), terrasse agréable si ouvert
Photos — Abidjan
Et au final.
Abidjan, c'est une ville de friction : belle et difficile à la fois. Pas lisible, pas confortable pour le voyageur occidental habitué aux repères. Nous aurions aimé plus de temps pour vraiment nous enfoncer dans les quartiers populaires, moins brûler sur les sites touristiques. Le chaos des transports nous a rongés.








