Comment ça s'est passé.
Je ne vais pas vous mentir, le Lesotho ne figure pas sur les affiches des agences de voyage. Mais c'est justement pour ça que nous y sommes allés en janvier, ma copine et moi. Dix jours dans ce petit pays montagneux enclavé en plein cœur de l'Afrique du Sud, avec des routes qui ressemblent à des pistes de ralli et des paysages qui vous figent sur place sans vous écraser sous des clichés. Nous avons atterri à Johannesburg, puis pris un vol local avec South African Airways jusqu'à Maseru, la capitale. L'aéroport est minuscule : trois portes, un comptoir de location de voiture, et c'est tout. Nous avons loué une Hyundai i10 à la compagnie Hertz locale. Erreur stratégique numéro un : nous n'avions pas compris que les routes de montagne du Lesotho exigent un 4x4, pas une petite berline. Les trois premiers jours, nous nous sommes battus avec cette bagnole sur des portions où les nids-de-poule auraient mérité des panneaux d'avertissement. Maseru : la vraie vie, sans filtreMaseru nous a d'abord déçus. La capitale n'a rien de glamour. Des rues poussiéreuses, des marchés surchargés où flotte cette odeur caractéristique de maïs grillé mélangée à l'essence et aux eaux usées. Nous avons dormi au Lesotho Sun, un trois-étoiles convenable près de la gare routière de Main Bus Station. La chambre coûtait 950 maloti (environ 50 euros). Le personnel était accueillant mais lent : une demi-heure pour nous apporter un thé à la réception. Le vrai Maseru, c'est au marché de Maseru Main Market, en plein centre-ville. Nous y avons acheté des fruits frais : des bananes à 5 maloti le kilo, des avocats ridiculement bons marché. Un gars nous a proposé du pain d'épices noir qu'il vendait dans un sac plastique transparent. Nous avons refusé. Quelques mètres plus loin, un restaurant de rue, le Mapitso Café, servait du papa (mais à base de maïs, pas de pommes de terre) avec un ragoût de légumes pour 45 maloti. C'était bon. Chaud. Les cuillères en étain étaient grises de crasse, mais la nourriture elle-même était propre. Teyateyaneng et les gorgesLe deuxième jour, nous avons pris la route vers Teyateyaneng, une petite ville à environ deux heures de Maseru par la route nationale 1. Nous nous y sommes arrêtés chez Mofo's Restaurant, tenu par un couple sud-africain qui avait migré. Leur mouton aux herbes locales (à base de rooibos) valait chaque maloti : 280 maloti pour deux plats, vin inclus. C'est là que nous avons rencontré James, notre guide pour les trois jours suivants. Il nous a conseillé de tout oublier sur les horaires et les plans. « Lesotho, c'est pas Paris », a-t-il dit. Les gorges de Tsehlanyane valaient vraiment le coup. Levé à 5h30 pour atteindre le point de départ vers 6h45. La température avait dû tomber à 8 degrés. En janvier, c'était bizarre de trouver du froid en Afrique australe. La randée de quatre heures serpentait entre des falaises rouges et noires, avec des cascades qui alimentaient des mares d'eau claire. À midi, nous avons mangé les sandwiches qu'une petite femme, Malikoae, nous avait préparés à l'auberge du village de Ha-Bakoele : pain blanc mou, fromage blanc, tomate. Basique. Efficace. La vue en haut, en fin d'après-midi, quand le soleil plongeait vers les crêtes et teintait les roches d'orange, valait bien tous les superlatifs touristiques. Mais pas de moment de grâce cosmique : juste une vallée, des oiseaux, et nous deux, transpirants et affamés. Oxbow Lodge et les réalités du terrainNous avions réservé deux nuits à Oxbow Lodge, une pension dans les hauteurs. James devait nous y conduire en 4h. Nous ne sommes arrivés qu'à 19h. La route était fermée à mi-parcours. Un éboulement mineur. Pas signalé. James a pris une piste de terre qui a secoué notre petite Hyundai jusqu'à lui faire perdre son parechoc avant. Moment de tension : James riant, nous stressés, et ce bruit de plastique qui craque. À Oxbow, Thabo à la réception nous a offert un verre de vin blanc local (Laborie) en compensation pour notre retard. Dur et sec, mais apprécié. La nuit à plus de 2 500 mètres d'altitude, on la sentait. L'air était tellement pur qu'il semblait vide. Les trois jours suivants, nous avons randonnées vers les lacs de montagne. Celui de Lesotho, à 2 802 mètres, était gelé en surface. En janvier. Nous n'avions pas prévu ça. Nous avons marché sur la glace fine avec un mélange de peur et d'adrénaline. Oxbow Lodge proposait un dîner fixe à 22h : soupe de courge, poulet rôti, légumes bouillis. Rien de sophistiqué. Tout était réconfortant. Le retour et les galères administrativesLe neuvième jour, nous avons quitté les montagnes. Sur la route du retour vers Maseru, la police routière du Lesotho nous a arrêtés trois fois. Chaque fois pour vérifier les papiers du véhicule. La troisième fois, un agent a laissé entendre que notre assurance n'était pas complète. Elle l'était. Il a insisté pendant dix minutes. Nous avons payé un « frais administratif » de 200 maloti pour éviter les complications. C'était une arnaque, clairement. Ça nous a énervés. Maseru, dernier jour. Nous avons mangé du maize porridge sucré chez une grand-mère qui vendait son manger dans une petite cabane près de Kingsway, la rue principale. 25 maloti. Meilleur repas du voyage, sans blague. Sucré, savoureux, réconfortant.
Les bons plans repérés sur place.
Gorges de Tsehlanyane : quatre heures de rando entre des falaises, départ au lever du soleil depuis Ha-Bakoele
Oxbow Lodge (à 2 500 m) : point de départ pour le lac de Lesotho, nuit en altitude avec couvertures épaisses
Marché Maseru Main Market en fin d'après-midi : fruits frais, odeur de maïs grillé, achat de souvenirs sans arnaque flagrante
Papa aux légumes au Mapitso Café (Maseru) : plat local pour 45 maloti, vrai goût du quotidien
Pistes de montagne non balisées entre Teyateyaneng et Oxbow : à faire en 4x4, pas en berline
Photos — Maseru et Teyateyaneng
Et au final.
Le Lesotho n'est pas une destination facile. Les routes cassent les voitures, les horaires n'existent pas, et les petites arnaque routière pointent régulièrement le bout de leur nez. Mais les montagnes, les lacs, et les gens nous ont surpris. Ce qu'on a moins aimé, c'est l'infrastructure touristique quasi inexistante : trouver une bonne information, c'est un sport local.
