Zahra, conteuse nomade qui ravive les légendes perdues du Sahel
Au cœur du Sahel, Zahra parcourt villages et campements avec un seul trésor : les histoires de ses ancêtres. Portrait d'une femme qui refuse l'oubli en transmettant oralement ce que les musées ignorent.
Zahra n'a pas de carte routière. Elle marche selon les invitations, les puits, les saisons des récoltes. Ce qui la guide, c'est un atlas invisible : celui des histoires que sa grand-mère lui a chuchotées sous les étoiles du Mali, que sa mère lui a enseignées en broyant le mil, que ses tantes lui ont confiées en tressant les cheveux des femmes du village. Depuis quinze ans, cette conteuse de trente-huit ans sillonne les régions de Tombouctou à Niono, du Sénégal à la Mauritanie, armée d'une voix, d'une mémoire phénoménale et d'une détermination tranquille. Elle raconte ce que personne n'écrit : les épopées des guerriers oubliés, les astuces des femmes qui ont sauvé leurs familles de la faim, les alliances entre peuples, les recettes magiques des guérisseurs, les légendes des fleuves et des baobabs. Dans un Sahel traversé par les crises, la migration de masse, l'urbanisation galopante, elle représente une forme rare de résistance : celle de l'oralité vivante.
Une enfance construite sur les paroles échangées
Zahra est née à Ségou, dans une famille de griots—ces détenteurs traditionnels de la parole et de la généalogie en Afrique de l'Ouest. Mais son père, instituteur, avait décidé de rompre avec cette transmission orale. Il envoyait ses enfants à l'école coloniale, voulait qu'ils apprennent le français écrit, les mathématiques, l'histoire des Français plutôt que celle de leurs ancêtres. « Mon père pensait que l'école était la modernité, qu'elle nous sauverait », raconte Zahra en bambara, sa langue de cœur, avant de traduire pour moi. « Ma mère, elle, attendait le soir pour m'enseigner ce qu'on ne trouvait nulle part ailleurs. »
Chaque nuit, allongée sur le lit de sa mère, Zahra écoutait. Des contes d'animaux qui parlaient du pouvoir et de la ruse. Des histoires de femmes qui avaient traversé des périodes de sécheresse en se donnant des secrets de cuisine, des histoires d'hommes qui s'étaient battus pour protéger leurs terres. Sa grand-mère, elle, venait les visiter deux fois par an. Femme de quatre-vingt-dix ans à l'époque, presque aveugle, elle s'asseyait dans la cour et parlait pendant des heures. Zahra, très enfant, s'endormait en l'écoutant, et elle raconte qu'elle se réveillait avec des bribes de récits imprimées dans sa mémoire comme des tatouages de mots.
« À l'école, on m'apprenait que les Français avaient découvert l'Afrique. Chez moi, on me racontait que l'Afrique avait vécu mille vies avant que les Français posent un pied ici. Ces deux mondes ne parlaient pas la même langue. Adolescente, j'ai eu l'impression d'être schizophrène. Puis j'ai compris que c'était mon travail de les réconcilier, d'en faire une seule histoire. »
Les premières tournées : quand le village devient salle de concert
À dix-huit ans, Zahra obtient son baccalauréat malien. Elle s'inscrit à l'université de Bamako pour étudier la littérature. Ses professeurs la repèrent : c'est une excellente étudiante, passionnée par les textes, douée pour l'analyse. On lui propose de rester, de préparer un master. Mais la nuit, elle continue à mémoriser les histoires que lui racontent les femmes de sa famille. Et elle se demande : pourquoi faut-il écrire l'histoire pour qu'elle existe ? Pourquoi faut-il la mettre en livre pour qu'on la respecte ?
En 2009, elle abandonne ses études. Ses parents sont consternés. Son père parle de gâchis. Mais Zahra, avec trois amies griotes de sa génération, décide de partir en tournée. Pas une tournée pour gagner de l'argent—aucune d'entre elles n'en attendait—mais une tournée pour tester quelque chose. Elles organisaient des veillées dans les villages. Les femmes fermaient les portes de leurs maisons, se réunissaient autour d'une lampe à pétrole, et Zahra parlait. Elle racontait les histoires de ses ancêtres, mais elle les réactualisait, les tissait avec des événements contemporains : l'exode rural, le changement climatique, les mariages forcés, l'émancipation des filles.
« Les gens pensaient qu'on devait raconter les histoires de manière figée, exactement comme le faisaient nos grands-mères. Moi, je croyais que l'oralité était vivante, qu'elle devait respirer et changer avec le monde. » Ces premières tournées, faites à pied et en charrette, sans budget, duré quelques mois. Elles ont gagné le respect dans une dizaine de villages. Et surtout, Zahra a compris que c'était sa vocation.
Le quotidien d'une conteuse : entre pauvreté et privilège
Aujourd'hui, Zahra vit très simplement. Elle n'a pas de domicile fixe. Son domicile, c'est les villages où elle est attendue. Elle y arrive souvent sans prévenir, ou prévenant par des amis qui ont un téléphone. Les habitants la reçoivent. On lui offre un repas, un endroit pour dormir. Parfois, les gens de la communauté lui donnent quelques billets, une part de mil ou de riz. Elle n'exige rien. Elle dit qu'elle n'a pas besoin de grand-chose : un vêtement de rechange, un foulard, des sandales, des cahiers pour noter ce qu'elle apprend.
Ce mode de vie ressemble à la mendicité, mais ce n'en est pas une. Zahra ne demande. Elle propose. Elle arrive avec son don de parole, et les villageois reconnaissent cette valeur. C'est un échange ancien, préislamique et précolonial, qui persiste dans certains endroits du Sahel : on nourrit le porteur de mémoire parce que sans lui, on est orphelins.
Cependant, Zahra connaît les limites de ce système. Entre 2015 et 2018, la montée des groupes armés au Mali, en Mauritanie et au Burkina Faso a rendu ses déplacements dangereux. Elle a dû rester des mois enfermée à Bamako. Elle a travaillé comme animatrice dans un centre culturel pour survivre. L'expérience l'a blessée. Elle raconte : « J'expliquais à des enfants de Bamako qu'ils avaient une histoire, mais j'avais l'impression de trahir ma vocation. Ce n'était pas ma place. » Elle a repris ses tournées dès que possible, acceptant le risque.
Depuis 2020, elle a reçu quelques bourses de petites ONG et d'associations de la diaspora malienne à l'étranger. Cela lui a permis de financer du matériel : un enregistreur pour conserver les histoires, des cahiers pour transcrire certains récits en français et en bambara, même si elle sait que l'écrit trahit la fluidité de la voix. Elle possède aussi un petit projet : créer des capsules audio à distribuer gratuitement aux écoles du Sahel. Pas pour remplacer l'oralité, insiste-t-elle, mais pour la préserver, comme on met du miel dans du verre pour que le fruit ne pourrisse pas.
Les histoires qui font bouger les frontières
Parmi les centaines de récits que Zahra maîtrise, certains traversent les frontières contemporaines. C'est ce qui la fascine. Elle connaît des épopées peul que les Mauritaniens racontent également, des contes d'animaux qu'on retrouve identiques au Sénégal et au Mali, des récits de saints musulmans qui ont voyagé de Tombouctou à Djenné, laissant des traces de miracles dans chaque oasis. Ces histoires prouvent que les frontières coloniales sont des lignes stupides, tracées par des hommes qui ignoraient tout de ce qui se racontait sous les étoiles.
Une de ses histoires préférées est celle de la femme-lion. Elle existe dans quatre versions différentes selon les régions, les époques et les conteurs. Dans la version bambara, c'est une femme dont le mari a été tué par la colonisation française. Elle revêt une peau de lion et se venge des occupants. Dans la version mauritanienne, c'est une mère qui protège ses enfants pendant une grande sécheresse en devenant lion la nuit. Zahra raconte ces deux versions à la suite, montrant comment une histoire se fragmente et se recompose selon les besoins de chaque peuple, chaque époque. « L'histoire n'est pas une photo figée. C'est un fleuve. Et nous, on est les berges qui lui donnons forme. »
Elle raconte aussi les histoires des femmes guérisseurs, des marabouts noirs, des alliances oubliées entre peuples. Elle parle d'une princesse Songhaï qui a refusé le mariage arrangé et s'est enfuie à cheval vers le désert. Des contes où les femmes sont stratèges, pas victimes. Elle insiste : « Les Occidentaux pensent que nos sociétés ont toujours été patriarcales. Pas du tout. Les femmes avaient le pouvoir ici. Elles contrôlaient les récoltes, l'eau, les marchés. On a oublié ça. Mes histoires, c'est pour le rappeler. »
Transmettre sans école : le défi pédagogique d'une conteuse
Zahra ne croit pas à l'école traditionnelle pour préserver l'oralité. Elle a vu que les enfants modernes apprennent autrement. Ils sont écrans, bruits, urgence. Il faut les captiver différemment. Depuis quelques années, elle travaille avec des écoles du Mali et du Sénégal, pas comme institutrice, mais comme intervenante. Elle vient deux ou trois jours par mois et crée des moments à part. Les enfants s'assoient par terre, comme autrefois. Elle raconte. Puis elle leur demande de rejouer, de dessiner, de transcrire. Pas pour remplacer leurs apprentissages classiques, mais pour les compléter.
Elle a aussi commencé à entraîner de jeunes griots. Des garçons et des filles de quinze à vingt-cinq ans qui viennent lui demander d'apprendre. Elle les teste d'abord. « Je leur demande s'ils veulent devenir connus, riches, ou s'ils veulent vraiment nourrir leur peuple de mots. Si c'est le premier, on ne travaille pas ensemble. Si c'est le deuxième, on commence. » Elle enseigne par répétition, par écoute intense, par mémorisation. Pas de manuels. Elle parle, ils écoutent. Puis elle leur demande de redire, d'amender, d'ajouter. C'est lent, personnel, inefficace au sens moderne du terme. Mais c'est très efficace au sens du transfert profond.
Un de ses élèves, Mamadou, un garçon de dix-neuf ans venu de Niono, décrit ainsi l'expérience : « Avec Zahra, on n'apprend pas les histoires. On les devient. Quand elle parle, j'ai l'impression que mes ancêtres se réveillent dans mon corps. » Zahra sourit en racontant ça, mais elle ne nie pas l'enjeu plus profond : elle forme la prochaine génération de griots. Et en Afrique de l'Ouest, où les vieilles traditions disparaissent et où les jeunes quittent les villages pour les villes, ce travail est urgent.
Quand les musées et les universités viennent frapper à sa porte
Depuis cinq ans, Zahra reçoit des invitations qu'elle ne s'attendait pas à recevoir. Des anthropologues du CNRS souhaitent l'interviewer. Un musée parisien veut l'inviter pour une résidence de trois mois. Des universités franco-africaines proposent de lui offrir un poste. Elle refuse presque tout. Pas par fierté ou par principes abstraits, dit-elle, mais par pragmatisme. « Si je quitte le Sahel, j'arrête de recevoir les histoires. Les histoires ne viennent que si tu es là, dans la poussière, avec les gens. »
Elle a accepté une fois, en 2019, une invitation d'un festival d'oralité en Belgique. Elle a voyagé en avion pour la première fois. Elle a raconté ses histoires à un public blanc, urbain, francophone. Elle raconte, avec une pointe d'humour : « J'ai parlé de femmes-lion et de guerriers anciens à des gens qui n'avaient jamais vu de lion. C'était étrange. J'avais l'impression de traduire non pas la langue, mais l'expérience du monde. » Elle n'a pas aimé. Elle a trouvé le public respectueux, mais lointain. Elle a senti qu'on écoutait « un spectacle », pas qu'on accueillait « une transmission ». Elle n'y est jamais retournée.
Cependant, elle ne rejette pas complètement le monde extérieur. Elle a commencé à collaborer avec une documentariste française qui vient passer des mois auprès d'elle, filmant sans intrusion. Elle a aussi créé un partenariat avec une ONG locale qui l'aide à archiver certains récits. Elle comprend que le Sahel change, que bientôt il n'y aura plus de veillées sous les arbres. L'électricité arrive, les téléphones aussi. Elle ne peut pas empêcher ça. Mais elle peut créer des traces. Sans illusions : l'écrit, c'est du miel dans du verre. C'est mieux que rien, mais c'est pas la même chose.
Les défis actuels : entre sécurité, oubli et adaptation
Zahra avoue être inquiète. Pas pour elle—elle a appris à vivre avec la peur—mais pour la transmission elle-même. Les enfants du Sahel ont des téléphones maintenant. Ils regardent TikTok au lieu d'écouter les contes. Les villes grandissent, les villages se vident. Les parents envoient leurs enfants à l'école coranique ou à l'école française, pas auprès des griots. Les femmes qui avaient quatre-vingt-dix ans quand elle était enfant, qui lui chuchotaient les histoires, sont mortes. Celles qui sont vivantes oublient.
La sécurité reste une préoccupation majeure. Entre 2015 et 2020, plusieurs griots ont été tués au Mali par des groupes armés. Pas pour des raisons religieuses ou politiques précises, mais parce que les insurgés voyaient en eux des symboles de la vieille Afrique, celle qu'ils voulaient détruire pour la reconstruire selon leurs dogmes. Zahra a été chanceuse. Elle connaît des chemins, elle a des protecteurs, elle sait quand partir. Mais elle sait aussi que sa chance est fragile.
Malgré tout, elle persiste. Elle dit que c'est son devoir. Elle dit aussi que les enjeux ont changé. Autrefois, les griots gardaient les généalogies et les lois. Maintenant, ils gardent la preuve qu'une autre modernité était possible, qu'une autre façon de vivre existe. « Quand les jeunes de Bamako regardent TikTok toute la nuit et se sentent vides le jour, c'est peut-être parce qu'on ne leur a pas raconté d'où ils viennent. Si je peux leur donner ça, même une fois, ils auront autre chose à quoi se raccrocher. »
Rencontre avec Zahra : ce qu'elle m'a enseigné
J'ai passé dix jours avec Zahra dans un petit village appelé Macina, au Mali, au cœur du delta du Niger. J'y suis venu pour faire un portrait, avec mon cahier et mon enregistreur. J'en suis reparti changé, sans presque rien d'utilisable pour mon article, mais riche de quelque chose d'autre.
Le premier soir, elle m'a demandé de ne pas enregistrer. Elle a raconté une histoire de trois heures sans pause. Pas pour me la donner, mais pour que je la vive. Elle a raconté l'histoire de deux frères qui se battaient pour une terre. À la fin, aucun n'avait la terre, mais ils avaient retrouvé leur amour fraternel. Elle regardait mon visage en racontant. Elle s'arrêtait quand elle voyait que j'avais perdu. Elle racontait plus fort ou plus doucement selon mon engagement. C'était une performance, mais pas du spectacle. C'était une transmission.
Elle m'a aussi expliqué pourquoi elle refusait d'écrire ses histoires. Elle a dit : « Quand tu écris une histoire, tu la fixes. Elle devient celle de l'auteur, pas celle du peuple. Quand tu la dis, elle vit. Elle se change avec chaque conteur, chaque époque, chaque village. C'est notre richesse, pas notre faiblesse. » J'ai compris, enfin, pourquoi l'oralité n'était pas l'absence d'écriture. C'était une présence d'une autre sorte.
Zahra m'a aussi donné une petite leçon de humilité. Je lui ai demandé si elle pensait que son travail changerait les choses, qu'il arrêterait la fuite des jeunes vers les villes, qu'il freinerait l'uniformisation culturelle. Elle a ri. « Non. Les choses changeront même si je fais rien. Peut-être qu'elles changeront plus vite. Mais peut-être que dans cent ans, quand les descendants d'un enfant auquel j'ai raconté une histoire demanderont d'où ils viennent, quelqu'un pourra dire : ma grand-mère a entendu cette histoire de Zahra. Et ça, c'est déjà beaucoup. »
En conclusion
Zahra n'est pas une vedette. Elle n'a pas de compte Instagram ni de podcast. Elle ne vend rien. Elle n'est pas une ambassadrice d'une marque de cosmétiques qui se découvre soudain une âme écologique. Elle est simplement une femme qui marche dans la poussière du Sahel, qui raconte des histoires autour d'un feu, qui refuse que le silence soit le dernier mot de ses ancêtres. C'est un travail invisible, qui disparaîtra quand elle disparaîtra, qui ne changera peut-être rien aux structures du monde. Mais c'est le travail le plus important que j'aie jamais visto : celui de dire que les gens comptent, que leur histoire compte, qu'une autre façon de savoir existe en dehors des livres et des écrans.
Pour les voyageurs qui souhaiteraient la rencontrer ou vivre une veillée avec elle, c'est compliqué. Elle ne cherche pas les touristes. Mais si vous allez au Mali ou en Mauritanie, si vous restez longtemps dans un village, si vous vous montrez humble et curieux, peut-être qu'on vous parlera d'une femme qui raconte des histoires. Et peut-être qu'elle passera par là. Ce n'est pas un itinéraire touristique. C'est mieux : c'est une rencontre.
Questions fréquentes
Qui est Zahra et quel est exactement son métier ?
Zahra est une conteuse malienne de trente-huit ans, appartenant à une famille de griots. Elle parcourt les villages du Sahel depuis quinze ans pour transmettre oralement les légendes, histoires et savoirs ancestraux de l'Afrique de l'Ouest. Contrairement aux griots traditionnels, elle réactualise les histoires pour les relier aux enjeux contemporains.
Comment Zahra gagne-t-elle sa vie si elle ne charge pas pour ses performances ?
Zahra ne possède pas de revenu stable. Elle vit selon un système d'échange ancien : les villageois la reçoivent, lui offrent le gîte et le couvert en reconnaissance de sa transmission de mémoire. Elle a aussi reçu quelques bourses d'ONG et de la diaspora malienne qui lui permettent de financer du matériel d'enregistrement et de transcription.
Pourquoi refuse-t-elle d'écrire ses histoires malgré les propositions de musées et d'universités ?
Zahra croit que l'écrit fixe les histoires et les rend figées. L'oralité, pour elle, est une puissance vivante qui se transforme avec chaque conteur et chaque époque. Fixer sur papier, c'est les déposséder du peuple pour les faire propriété de l'auteur. Elle préfère créer des enregistrements audio comme compromis.
Comment enseigne-t-elle la prochaine génération de griots ?
Zahra forme de jeunes conteurs par la méthode traditionnelle : répétition, écoute intensive, et mémorisation sans support écrit. Elle ne cherche pas à leur transmettre des histoires figées, mais à éveiller en eux la capacité à devenir des vecteurs de mémoire collective. Elle sélectionne ses élèves selon leur désir d'authentiquement « nourrir leur peuple ».
Quels sont les défis actuels auxquels Zahra fait face ?
Zahra confront plusieurs obstacles : l'insécurité liée aux groupes armés au Mali, l'exode rural qui vide les villages, l'accès croissant des jeunes aux technologies numériques, et la mort de la génération ancienne de griots qui détenaient les récits. Malgré cela, elle persiste, estimant que son rôle est de prouver qu'une autre forme de modernité et de connaissance existe.
Comment puis-je rencontrer Zahra ou assister à une de ses veillées ?
Zahra n'organise pas de sessions touristiques et se méfie du spectacle. Si vous voyagez au Mali ou en Mauritanie et séjournez longtemps dans un village en restant humble et curieux, vous pourrez peut-être entendre parler d'elle par les habitants. Elle circule sans itinéraire fixe selon les invitations et les saisons.
Combien d'histoires Zahra connaît-elle par cœur ?
Zahra maîtrise des centaines de récits, des épopées aux contes courts. Elle ne donne pas de chiffre exact, affirmant que le nombre importe moins que la profondeur. Ses histoires existent dans plusieurs versions selon les régions et les contextes—ce qui illustre la nature vivante et adaptable de la transmission orale.
Quelle différence Zahra fait-elle entre un griot traditionnel et son propre rôle ?
Les griots traditionnels conservaient généalogies, lois et statuts sociaux. Zahra, elle, les présente comme une preuve que d'autres formes de vie et de savoir sont possibles. Elle les réactualise pour que les jeunes modernes puissent s'y reconnaître. Elle mêle passé et présent, anciennes sagesses et enjeux contemporains, créant une oralité vivante adaptée à son époque.