Samir, cartographe vivant des petits métiers disparus du Maghreb
En Tunisie, Samir parcourt les médinas pour documenter les derniers teneurs de livres, teinturiers et ciseleurs avant qu'ils ne disparaissent. Un voyage au cœur des gestes oubliés.
Samir n'a pas de registre officiel. Pas de statut de conservateur, pas de musée, pas de budget gouvernemental. Depuis dix ans, ce Tunisien de quarante-deux ans arpente les ruelles de Tunis, Sfax et Kairouan avec un carnet de cuir usé, un appareil photo numérique et une mission autodéterminée : enregistrer les derniers artisans qui perpétuent des métiers en voie de disparition. Pas les grands métiers touristiques—tapissier, potier, enlumineur—mais les petits, les invisibles, ceux que même les guides francophones oublient. Le relieur qui fait revivre les Corans du XIXe siècle, le fabricant de cordes en palmette, le réparateur de serrures ottomanes, le graveur de sceaux en pierre. Chacun représente une technique, une histoire, une économie parallèle du Maghreb que la modernité efface doucement. Rencontrer Samir, c'est comprendre que la patrimonialisation n'est pas toujours une affaire institutionnelle, mais parfois celle d'un homme seul, armé de curiosité et de ténacité.
Un homme face au temps qui s'accélère
Samir vient d'une famille de commerçants. Son père tenait une quincaillerie rue Jamaa ez-Zitouna, l'artère marchande de la Médina de Tunis. Enfant, il voyait défiler les clients, les métiers, les savoir-faire. À seize ans, il aurait dû prendre la succession. Au lieu de cela, il a étudié l'histoire à l'université, puis travaillé dix ans comme archiviste dans une bibliothèque publique mal financée. Jusqu'à ce jour de 2014 où son grand-oncle, un relieur octogénaire, ferme définitivement son atelier. « Je me suis dit : c'est fini. Cet homme savait relire à l'ancienne, avec la colle d'os, les cahiers cousus. Quand il a fermé sa porte, toute une pratique s'est évanouie. J'ai arrêté mon travail et j'ai décidé de courir après ce temps qui s'accélère. »
Depuis, Samir vit modestement. Quelques économies, des missions ponctuelles de catalogage pour des institutions patrimoniales, des résidences d'artiste dans des fondations étrangères. Mais surtout, il marche. Il commence ses enquêtes par des conversations de café, des questions aux habitants, des adresses trouvées dans des registres locaux anciens. Quand il localise un artisan, il demande poliment une visite. Jamais il ne se présente comme un chercheur prestigieux, car il ne l'est pas. Il explique simplement : « Je veux savoir ce que vous faites. Comment vous l'apprenez. Pourquoi vous continuez. » Parfois, on le chasse. Mais plus souvent, on le reçoit.
Ce qui frappe chez Samir, c'est son absence totale de nostalgie de musée. Il ne romanticise pas le passé. Il ne dit pas que c'était mieux avant. Il observe simplement une réalité économique : ces métiers ne trouvent plus de transmission. Les enfants migrent vers les villes côtières, vers les services touristiques, vers l'Europe. Le savoir-faire devient orphelin. Et quelques mois ou quelques années après la fermeture d'un atelier, personne ne peut plus le reconstituer.
Les ateliers qu'il faut découvrir avant qu'ils n'existent plus
Samir a documenté environ cent quarante métiers à ce jour. Son archive est un mélange de photographies, de vidéos brutes en arabe et en français, de carnets manuscrits, de relevés de techniques. Il ne publie rien. Ou presque rien. Parfois, une université française lui demande des images pour une exposition. Une ONG marocaine lui propose de diffuser des contenus. Il refuse généralement les contrats qui le mèneraient trop loin du terrain. « Je dois rester dans la rue, dit-il. Dès que je commence à m'institutionnaliser, je passe à côté des vrais moments. »
Parmi ses découvertes : un fabricant de ceintures en palmette tressée, seul à la pratiquer à Sfax. Un homme de soixante-dix ans, les mains craquelées, qui vend quelques ceintures par mois à des touristes aléatoires et à des nostalgiques locaux. Son fils est vendeur dans une boutique de téléphones. Samir a filmé chaque étape : tremper la palmette, la sécher, la diviser en lanières, le tressage selon des motifs géométriques hérités de sa mère. Trois générations avant lui, c'était un métier organisé en corporation. Aujourd'hui, c'est un homme seul dans un recoin de la médina.
Ou encore ce ciseleur de cuivre à Kairouan, quatre-vingt-trois ans, qui grave des plaques commémoratives et des décors architecturaux selon une technique acquise cinquante ans plus tôt. Il a quatre petits-enfants. Aucun ne s'intéresse à son métier. Il dit à Samir : « Quand je ferme mes yeux, tout cela s'éteint. » Samir demande alors la permission de rester l'après-midi, de photographier ses outils—les burins, les marteaux légers, les patins en bois. Il enregistre comment on chauffe le cuivre sans le brûler, comment on trace les contours.
Ces rencontres ne sont jamais touristiques. Elles sont intimes, exigeantes, parfois déprimantes. Samir paie rarement pour le temps que ces artisans lui accordent. Ils lui offrent le thé. Parfois un repas. C'est un échange non marchand, une transmission en l'absence de marché. Un voyageur curieux qui visite Samir en plein terrain le remarquerait à peine : il y aurait un homme d'âge mûr, habillé simplement, qui écoute, écrit, regarde. Rien de spectaculaire.
Comment voyager avec Samir : l'immersion sans formatage
Samir n'offre pas de « tours » au sens touristique. Il n'existe pas d'agence qui l'accueille, pas de site de réservation où cliquer. Mais il accepte des compagnons de voyage. Généralement des chercheurs, des documentaristes, occasionnellement des voyageurs indépendants qui l'ont trouvé par le bouche-à-oreille ou par une université. Il demande une participation financière modeste, mais surtout une disponibilité : être prêt à passer quatre heures dans un atelier sans accès wifi, sans divertissement, à regarder quelqu'un travailler en silence.
Ceux qui ont accompagné Samir décrivent l'expérience comme déstabilisante au premier abord. Il n'y a pas de narration historique pré-écrite. Il n'y a pas de « points forts » à ne pas manquer. Il y a simplement des lieux, des gens, des gestes. Si l'artisan parle peu ou refuse les questions, tant pis. Si une rencontre prévue s'annule, on change de plan. Samir téléphone, demande, propose. Il opère avec une flexibilité qui contredit la logique du package touristique mais qui correspond à la réalité du terrain—les petits métiers se pratiquent selon des horaires informels, des aléas.
Un voyageur qui souhaite marcher avec Samir doit accepter aussi de partager son inégalité de connaissance. Il ne sera pas guidé « pour voir », mais accompagné « pour apprendre ». Ce qui signifie se taire beaucoup, observer, poser des questions naïves. Samir répond patiemment, sans pédanterie. Il dit souvent : « Je ne suis pas expert. Je suis curieux, c'est tout. » C'est une forme rare d'humilité intellectuelle, et elle change la texture d'une rencontre avec un artisan. Le voyageur n'est pas un spectateur mais un co-enquêteur.
Concrètement, une journée avec Samir commencerait tôt à Tunis ou à Sfax. Marche dans la médina. Arrêts dans des cafés où il connaît des commerçants. Puis visite à un atelier. Déjeuner simple dans une gargote locale. Peut-être une seconde visite l'après-midi. Le soir, retour à l'hôtel. Aucun itinéraire artificiel. Aucune photo-stop agencée. Samir propose une immersion dans le temps professionnel d'un artisan, et cela exige de ralentir. Pour beaucoup, c'est une première.
Ce qu'on ne trouve nulle part ailleurs : les archives vivantes
Ce qui rend Samir unique, ce n'est pas qu'il documente. Beaucoup de musées, d'anthropologues, d'ONG le font. C'est qu'il maintient une archive VIVANTE, non hiérarchisée, accessible, directement en lien avec les pratiquants. Il ne publie pas pour l'académie. Il constitue plutôt une sorte de base de données ouverte, où des chercheurs peuvent accéder directement à la vidéo d'un teinturier, ou à Samir lui-même qui peut les mettre en contact avec l'artisan.
L'un des projets récents de Samir est une plateforme numérique très simple—pas de design sophistiqué—où il met en ligne des fiches de métier. Chaque fiche contient le nom de l'artisan, son âge, le nom de son métier en arabe dialectal et en français, une ou deux photographies, et une vidéo de cinq à dix minutes en arabe non sous-titré. Il a refusé les financements qui lui proposaient de sous-titrer, de traduire, d'agrémenter. « Je veux garder ça brut, dit-il. Si quelqu'un ne parle pas l'arabe, qu'il apprenne. Ou qu'il vienne me voir. »
Cette radicalité rend le projet moins attrayant pour les institutions, mais plus puissant pour ceux qui le trouvent. Un apprenant en arabe, un chercheur linguistique, un artisan du monde entier qui reconnaît une technique, un passionné d'histoire régionale : tous découvrent là une ressource impossible à trouver dans les musées numériques classiques. C'est low-tech, imparfait, parfois hors-sujet, mais profondément authentique.
Samir ne se considère pas comme un sauveur de patrimoine. Le mot le fait sourire jaune. Il dit : « Je ne sauve rien. Je rends visite. Je me souviens. C'est tout. » Pourtant, il y a dans son approche une forme de sagesse. Au lieu de muséifier, de figer, de transformer l'artisan en artefact, Samir le laisse vivant. L'archive n'est pas un mausolée, c'est une fenêtre ouverte sur une pratique présente.
Pourquoi c'est difficile, et pourquoi c'est nécessaire
Samir n'occulte rien des défis de son travail. Financièrement, c'est précaire. Qu'un mécène se retire, et c'est des mois de doute. Physiquement, c'est usant. Dix ans de marche quotidienne dans des médinas chaudes, de négociation délicate avec des gens qui sont souvent réticents à l'exposition. Émotionnellement, c'est éprouvant : il faut accepter de documenter des disparitions, de voir des ateliers fermer peu après avoir visité, de savoir qu'on ne peut rien sauver, seulement témoigner.
Il y a aussi une tension éthique constante. Samir se demande : « En documentant, suis-je en train de transformer ces gens en curiosités ? Suis-je un exploiteur déguisé ? » Il n'a pas de réponse définitive. Il tente de la respecter en restant humble, en refusant les projets trop lucratifs, en donnant un contrôle aux artisans sur ce qu'il filme ou non. Mais la tension reste.
Malgré cela, Samir poursuit. Il poursuit parce qu'il a compris une chose simple mais oubliée : quand on cesse de regarder ces métiers, ils cessent d'exister—pas demain, mais graduellement, progressivement. Chaque artisan qui meurt sans apprenti est un savoir qui s'efface. Chaque atelier qui ferme emporte des techniques, des récits, des rapports au monde. Samir, en filmant, en notant, en ramenant des gens, en créant des espaces de rencontre, interrompt cette fatalité. Pas pour la changer définitivement—il est lucide. Mais pour la ralentir, pour maintenir une trace, pour affirmer que ces gestes comptent.
C'est un métier peu reconnaissable : ni tout à fait académique, ni tout à fait activiste, ni tout à fait journaliste. Un métier émergent, invité par la disparition elle-même. Et parce que Samir en est l'une des rares incarnations visibles au Maghreb, son travail devrait être connu des voyageurs sérieux, des chercheurs, de tous ceux qui refusent la réduction du voyage à de la consommation culturelle.
S'inspirer de l'approche Samir pour ses propres voyages
Même sans accompagner Samir directement, un voyageur franophone peut emprunter sa méthode. D'abord, en acceptant de se perdre dans les médinas non touristiques. En descendant les escaliers qui ne figurent pas sur Google Maps. En entrant dans les petits ateliers sans enseigne, en demandant simplement : « Bonjour, qu'est-ce que vous faites ici ? » En acceptant que la réponse soit longue, incompréhensible, ou même qu'on vous chasse.
Ensuite, en documentant soi-même. Pas pour Instagram, mais pour mémoire. Prendre des notes sur un carnet. Enregistrer des conversations en audio. Demander le permission avant de photographier. Prendre le temps d'écouter les histoires. C'est une lenteur radicale dans un monde de voyage accéléré, mais c'est aussi la seule façon de rencontrer réellement les gens, plutôt que de les consommer.
Enfin, en cherchant à relier ces rencontres à plus grand que soi. Partager ce qu'on a vu avec d'autres voyageurs. Écrire un récit honnête. Proposer une introduction à un chercheur, un journaliste, un musée local. Le savoir-faire n'a besoin d'être spectaculaire pour être important : il a juste besoin d'être transmis.
Samir n'est qu'un exemple, mais un exemplaire. Il montre qu'une forme de voyage plus sérieuse, plus exigeante, reste possible. Qu'on peut aller au Maghreb sans réserver une excursion organisée, sans suivre les sentiers battus, sans transformer les gens en décors. Il faut de la patience, une absence de projet prédéfini, et une capacité à être un peu perdu. Samir vit ainsi depuis dix ans. Et chaque jour, il revient avec une histoire de moins qui va mourir.
Rester en contact, et soutenir sans étouffer
Samir accepte les emails, mais il répond lentement. Il n'a pas de téléphone de longue distance constant. Les gens qui souhaitent le rencontrer doivent écrire via une adresse Gmail basique, attendre plusieurs semaines, puis coordonner depuis Tunis. Il y a une intentionnalité dans cette inaccessibilité : elle garantit que seuls les voyageurs vraiment engagés viennent, pas les touristes impulsifs qui pensent découvrir un « spot secret ».
Il existe un petit collectif de chercheurs et d'amis qui soutiennent Samir financièrement—pas beaucoup, juste assez pour les frais de bus, de carburant, de thé à rendre visite aux artisans. Cette aide vient de fondations suisses, d'université italiennes, de mécènes individuels. Jamais de tourisme de masse, jamais de financement lié au « développement » au sens occidental. Samir refuse les subventions qui viendraient avec des obligations de « professionnalisation » ou de monétisation. « Je peux toujours revenir à un travail normal si j'ai besoin, dit-il. Ce qui importe, c'est que le projet reste libre. »
Pour un voyageur qui découvrirait Samir et voudrait contribuer : il ne s'agit pas de lui donner de l'argent directement—cela le mettrait mal à l'aise. Plutôt de lui demander ce qu'il documente actuellement, ce qui lui manque, quels artisans sont isolés et auraient besoin d'une visite régulière. Ensuite, on peut proposer une collaboration modeste : venir quelques jours avec lui, l'aider à filmer, traduire des conversations, ou simplement être une présence respectueuse. Ou, si on n'est pas sur le terrain, on peut soutenir une institution locale qui travaille avec lui.
La vraie question que pose Samir est celle-ci : comment reconnaître l'importance de ce travail sans le transformer en spectacle ? Comment valoriser une pratique sans la réifier ? Il n'a pas d'agenda pour convertir le monde. Il veut juste continuer. Et ceux qui comprennent cela voient en lui un modèle rare de cohérence : un homme qui a aligné sa vie avec ses convictions, qui accepte l'incertitude, et qui offre à ceux qui le cherchent une autre forme de voyage. Pas mieux, pas plus exotique. Juste plus honnête.
En conclusion
Samir incarne une forme de responsabilité envers le monde qu'on visite, une qui n'est ni condescendante ni extractive. En documentant les petits métiers du Maghreb, il affirme que la transmission n'est pas l'affaire des institutions seules, mais de l'attention quotidienne, de la curiosité patiente, et de la présence persistante. Pour un voyageur, rencontrer Samir, ou emprunter sa méthode, c'est accepter une prémisse différente : que voyager, c'est peut-être contribuer à ce qu'on visite, plutôt que de le consumer. C'est lent, c'est imparfait, et c'est peu confortable. Mais c'est aussi la seule manière de voyager qui reconnaît l'autre comme égal et non comme attraction.
Depuis 2014, Samir marche. Il y a d'autres cartographes de la mémoire vivante dans le monde arabe, l'Afrique, l'Asie, l'Europe de l'Est. Mais peu avec sa radicalité, son refus de l'institutionnalisation, son engagement à rester près du terrain. Son archive continuera à grandir tant qu'il aura un carnet, un appareil photo, et la santé de marcher. Au-delà, elle survivra dans les vidéos mises en ligne, dans les chercheurs qu'il aura inspirés, dans les artisans qui se sauront regardés et mémorisés. C'est modeste. C'est tout ce qu'il demande.
Questions fréquentes
Comment trouver et contacter Samir pour un voyage ?
Samir n'a pas de site commercial. Les voyageurs intéressés doivent écrire via une adresse email simple (disponible auprès de petites fondations maghébines ou d'universités qu'il fréquente). Le délai de réponse est long, et il propose des voyages seulement après avoir échangé plusieurs emails pour vérifier l'engagement du candidat. Il demande une flexibilité totale sur l'itinéraire et une disponibilité d'au moins une à deux semaines.
Quel budget faut-il prévoir pour voyager avec Samir ?
Le coût est modeste comparé aux tours organisés : environ 30 à 50 euros par jour pour Samir lui-même (nourriture, transport, gestion), auquel s'ajoute l'hébergement personnel en guesthouse ou riad. Aucun profit touristique. Samir explique clairement ce qu'il peut financer avec l'argent du voyageur et ce qu'il couvre lui-même. Certains voyageurs donnent des dons supplémentaires pour soutenir son archive globale, mais c'est entièrement facultatif.
Quels métiers Samir documente-t-il prioritairement ?
Samir suit avant tout les rencontres et les demandes des artisans locaux qui lui signalent un collègue en danger de disparition. Il ne suit pas un plan thématique préétabli. Récemment, il s'est concentré sur les métiers du textile (teinture, tissage ancien, couture aux motifs traditionnels), les métiers du cuivre, et la reliure ancienne. Mais cela change selon l'année et les financements disponibles.
Peut-on accéder à l'archive numérique de Samir sans voyager avec lui ?
Oui. Samir a publié en ligne une plateforme simple (accessible via une recherche spécifique) avec des fiches sur environ cent métiers, incluant des vidéos brutes et des photographies. Les vidéos sont en arabe sans sous-titres. La plateforme n'est pas SEO-optimisée, elle est peu connue, mais elle est ouverte et gratuite. C'est une ressource précieuse pour les apprenants en arabe, les chercheurs et les curieux.
Samir pourrait-il donner des tours réguliers, comme un guide professionnel ?
Non. Samir a délibérément refusé cette professionnalisation. Un tour régulier impliquerait de « ficeler » l'expérience, de prédéfinir les lieux, de transformer les artisans en acteurs d'une scène. Cela irait contre sa philosophie. Il accepte des compagnons sporadiquement, de manière organique, et pas toute l'année. Il priorise le travail de documentation sur l'accueil de voyageurs.
Quels pays Samir couvre-t-il, et envisage-t-il d'élargir ?
Actuellement, Samir travaille en Tunisie surtout (Tunis, Sfax, Kairouan), avec quelques missions en Algérie (Alger, Béjaïa) et en Libye (sporadiquement, quand la sécurité le permet). Il n'a pas les ressources pour élargir significativement. Il rêve de documenter aussi la Mauritanie et le Maroc plus intensément, mais cela dépendrait de nouveaux soutiens. Il refuse de croître sans fondation solide.
Comment Samir gère-t-il l'éthique de l'extraction ou de la représentation ?
C'est une préoccupation constante pour Samir. Il demande toujours la permission avant de filmer, et il permet aux artisans de refuser tout enregistrement. Parfois, il ne prend que des notes écrites. Il n'expose les noms et visages que si l'artisan y consent. Il ne cherche jamais à capter le côté « pittoresque » ou exotique : il vise la dignité du travail. Mais il reste lucide sur le fait qu'aucune documentation n'est neutre. C'est pourquoi il maintient les vidéos brutes, sans narration sensationnaliste.
Peut-on faire un projet similaire à celui de Samir, dans son propre pays ?
Absolument. Samir n'a rien d'unique dans sa méthode—c'est la curiosité, la patience, et le refus de la commodification. N'importe quel voyageur ou habitant peut commencer à documenter les petits métiers locaux : artisans, commerçants, praticiens, éleveurs, qui pratiquent un savoir peu valorisé aujourd'hui. Il faut juste commencer petit, rester humble, et se demander à chaque étape : am-I respectant la personne que je documente ?