Portrait

Mustapha, gardien des sources thermales du Tafilalet et guide de l'oasis

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Jérôme M.
· 12 min de lecture

Au cœur du Tafilalet marocain, Mustapha perpétue l'art ancestral de vivre avec les eaux thermales. Depuis trente ans, il guide les voyageurs vers des bassins cachés que les cartes touristiques ignorent.

Il fait encore noir quand Mustapha commence sa ronde. Avant l'aube, avant les premiers autocars de touristes, il descend vérifier que les trois sources principales du Tafilalet n'ont pas changé de débit. Trente-sept ans qu'il fait cela. Pas un jour raté. Il connaît chaque fissure de roche, chaque plante qui pousse près de l'eau chaude, chaque famille de bergers qui traverse la région. Mustapha n'est ni hydrothérapeute, ni scientifique. Il est simplement le gardien vivant d'un écosystème que les touristes cherchent, mais que peu trouvent réellement. Son histoire est celle d'un homme qui a refusé de vendre ses sources au plus offrant, qui résiste à la banalisation touristique, et qui continue d'accueillir les voyageurs curieux comme on reçoit un ami chez soi.

Un héritage transmis par l'eau

Mustapha est né à Erfoud, à quarante kilomètres des premières sources. Son grand-père était käid, administrateur du Tafilalet sous le Protectorat. Mais c'est son oncle maternel, gardien des Ain Boughdif, qui l'a vraiment formé. « J'avais neuf ans quand il m'a montré comment lire l'eau. Pas seulement sa température, sa couleur. Comment elle respire », raconte-t-il en français teinté d'accent, appris auprès des rares touristes des années 1990.

Le Tafilalet est une dépression naturelle du Sahara marocain, traversée par la rivière Ziz et ponctuée de petites oasis. Les sources thermales y sont une anomalie géologique : l'eau, remontant de très profondeur, sort à 42, 45, voire 48 degrés Celsius selon les points. Depuis la nuit des temps, les populations locales les utilisent pour guérir les douleurs articulaires, la fatigue, l'eczéma. Les caravanes qui passaient autrefois s'y arrêtaient obligatoirement.

Mustapha a hérité de cette responsabilité. Mais pas immédiatement. Il a d'abord quitté Erfoud, travaillé comme mécanicien à Meknès, puis décidé de revenir en 1994. « Mon oncle vieillissait. Et je sentais que ces sources allaient devenir importantes pour le tourisme. Je voulais être présent pour les protéger, pas les exploiter. C'est différent. » Cette distinction lui a guidé toute sa vie.

Les trois sources principales

  • Ain Boughdif : la plus chaude, près du village d'Erfoud. Température stable à 47 °C. Ancienne source royale selon la tradition locale.
  • Ain Sidi Bouali : source secondaire, plus tiède (42 °C), dans une petite vallée encaissée. Moins fréquentée, plus authentique.
  • Ain Zoui : la source des femmes traditionnellement, plus petite, cachée dans les palmiers. Endroit sacré pendant longtemps.

La quotidienneté invisible d'un gardien des eaux

Une journée avec Mustapha commence bien avant le soleil. À 5 h 30, il sort de sa petite maison en pisé, à trois cents mètres de la source Ain Boughdif. Il porte le même pantalon de toile beige depuis quinze ans, un gilet en laine bleue, un turban noué sans hâte. Pas de montre. Il se guide à la lumière du ciel et à la connaissance de ses propres rythmes.

Son premier acte : tremper un doigt dans l'eau. « À peine dix secondes. Je sens si elle a bougé, si quelque chose a changé. » Il nous explique qu'une source thermale n'est jamais identique deux jours consécutifs. Le débit varie légèrement. La température peut fluctuer de quelques dixièmes de degré. Invisible pour le touriste en piscine, essentiels pour Mustapha. « Si elle devient plus froide, cela signifie qu'il y a eu une secousse souterraine la nuit. Si le débit augmente, c'est qu'il a plu très loin, à plus de cent kilomètres. L'eau vient de très bas. »

Ensuite, il fait le tour du périmètre. Il vérifie que les petits bassins naturels n'ont pas été endommagés par les visiteurs. Il enlève les plastiques – un combat quotidien. Il regarde si les sources secondaires, les petites venues d'eau qui débutent le long des rochers, coulent toujours. Il parle à Hassan, son voisin berger, qui vit avec ses chèvres quelques centaines de mètres plus haut. Hassan lui signale ce qu'il a vu pendant la nuit : un véhicule qui s'est arrêté trop longtemps près d'Ain Zoui, des empreintes suspects.

À 7 h 30, il revient prendre un café au lait très sucré et une galette avec du miel. Sa femme Zineb, qui a presque son âge, reste discrète. Elle apparaît rarement devant les touristes. C'est son choix. Elle gère la maison, la petite boutique de souvenirs dont les bénéfices vont à la mosquée, et elle accueille les femmes locales qui viennent se baigner à Ain Zoui.

À partir de 9 heures, les visiteurs commencent à arriver. C'est là que Mustapha change de rôle.

Guide du visible et de l'invisible

« Vous venez d'où ? » Mustapha pose la question avec curiosité sincère, pas avec le sourire professionnel des guides de souks. Si vous dites « Belgique », il racontera que sa cousine y a émigré, qu'elle revient tous les deux ans, que le climat y est trop humide pour les articulations. Si vous êtes allemand, il parlera des touristes allemands de 1973 qui campaient près de la source et qui avaient apporté des livres en allemand sur la géologie saharienne.

Ensuite, il ne vous propose pas un circuit standardisé. Il demande ce qui vous intéresse. Vous voulez seulement vous baigner ? D'accord, il vous montre les trois bassins publics. Vous êtes intéressé par l'écologie ? Il passe deux heures à expliquer la géothermie, la flore endémique, les insectes qu'on trouve seulement près des sources chaudes. Vous cherchez une expérience spirituelle ? Il vous mène à Ain Zoui au moment du coucher de soleil, vous fait asseoir sans parler pendant une heure, et c'est fini.

Ce que Mustapha refuse catégoriquement, c'est de performer pour les clients. Pas de pose pour les photos. Pas de costume traditionnel loué pour l'occasion. Pas d'exagérations sur les propriétés miraculeuses des eaux – il reconnaît qu'elles font du bien, mais ce n'est pas une panacée. « Les touristes, ils cherchent souvent une Afrique qui n'existe que dans les livres. Moi, je leur montre la vraie chose. C'est plus difficile, mais c'est plus utile. »

Les trois types de visiteurs

  • Les touristes de circuit : deux heures, puis repartent. Mustapha les accueille sans jugement, leur offre du thé à la menthe gratuit, et leur confie parfois ses doutes sur le tourisme de masse.
  • Les voyageurs en quête : trois jours ou plus. Ils logent à proximité, posent des questions, s'intéressent à la vie locale. Mustapha les traite comme des amis. Plusieurs reviennent ans après ans.
  • Les chercheurs : géologues, biologistes, anthropologues. Mustapha les aide activement, leur fournit des données qu'il a collectées, les dirige vers des sources jamais documentées scientifiquement.

La bataille silencieuse contre la modernisation forcée

Mustapha a reçu sa première proposition de rachat en 2006. Une entreprise touristique basée à Marrakech voulait acheter deux hectares autour d'Ain Boughdif pour construire un complexe hôtelier avec spa. Le prix était généreux : trois millions de dirhams, soit environ trois fois le revenu d'une vie. Il a refusé sans hésiter.

« J'ai lu le projet. Six étages, piscine chauffée par siphonnage de la source thermale, chambres climatisées. Et puis ? La source allait être détournée. Les bassins naturels rasés. Les gens locaux auraient peut-être du travail trois mois, puis licenciés. C'était l'effacement complet. »

Depuis, les propositions reviennent régulièrement. Une en 2010, deux en 2015-2016 (l'un chinois, l'autre marocain), une en 2019. La pression monte. Les projets deviennent plus sophistiqués, les prix plus hauts. Mustapha a maintenant reçu des offres dépassant les dix millions de dirhams. « Mon notaire me supplie d'accepter. Il me dit que je suis fou. Peut-être. Mais regarde ce qui s'est passé à Merzouga avec les dunes. Il y a trente ans, c'était un petit village. Aujourd'hui, c'est une zone commerciale. Les dunes sont moins visibles qu'avant. Les cameliers ne gagnent plus rien. »

Pour se protéger, Mustapha a d'abord créé une association en 2008 : « Les Gardiens du Tafilalet ». Très petit effectif : lui, Hassan le berger, deux instituteurs de retraite, le muezzin de la mosquée locale. Pas de budget substantiel, pas de reconnaissance officielle auprès de l'État. Mais suffisant pour avoir une existence légale et pour lancer des petits projets.

Ensuite, en 2016, il a fait enregistrer auprès du Conseil des droits de l'homme marocain ce qu'il appelle un « testament collectif ». Le document, écrit en français et en darija, stipule que les trois sources appartiennent au patrimoine immatériel de la région et ne devraient jamais être privatisées. Ce n'est pas juridiquement contraignant. Mais c'est un acte de foi publique.

Enfin, depuis 2018, il a mis en place un système de traçabilité. Chaque visiteur qui vient le voir est enregistré dans un cahier. Nom, nationalité, date, raison de la visite. À ce jour, près de quatre-mille-cinq-cents personnes sont enregistrées. « Si un jour les sources disparaissent, au moins il y aura une trace des gens qui les aimaient. »

Les menaces actuelles

  • La surexploitation de l'eau souterraine : les agriculteurs creusent des puits de plus en plus profonds pour l'irrigation. Cela pourrait réduire le débit des sources thermales à long terme.
  • Le changement climatique : les pluies du Rif et du Moyen Atlas arrivent moins souvent. Moins de recharge des nappes phréatiques.
  • La spéculation foncière : les terres autour des sources montent en prix. Les petits propriétaires vendent. Les investisseurs achètent.
  • La concurrence avec Erfoud : la ville s'agrandit, attire plus de touristes, siphonne les ressources régionales, y compris l'eau souterraine.

La vie quotidienne à l'oasis : au-delà des sources

Mustapha n'est pas qu'un gardien de sources thermales. C'est aussi un homme enraciné dans un terroir précis. Comme beaucoup d'oasiens marocains, il cultive des palmiers dattiers, des amandiers, quelques pieds d'orge. Pas pour s'enrichir – les rendements sont trop faibles. Mais pour rester indépendant de l'argent du tourisme.

« L'argent des touristes, c'est blanc. Il vient, il repart. Ce n'est pas une richesse réelle. Les fruits, le lait de brebis, c'est du noir, mais c'est vrai. » Cette philosophie économique, qu'on pourrait qualifier d'étrange par les standards de l'entrepreneuriat contemporain, explique beaucoup de ses choix. Il ne demande aucun prix fixe aux visiteurs. Il accepte les dons. Beaucoup donnent généralement. Quelques-uns ne donnent rien. Mustapha accepte avec le même sourire.

Sa journée se structure autour des tâches saisonnières. En juillet-août, il irrigue ses parcelles. En septembre-octobre, c'est la récolte des dattes. Il a un système d'irrigation ancestral : des canaux en terre qui dérivent l'eau d'une source secondaire jamais utilisée pour les baignades. Ce savoir-faire, il l'enseigne à Hassan et à deux jeunes du village. « C'est important que quelqu'un d'autre sache. Je n'aurai pas d'enfants à l'oasis pour continuer. »

Sa femme Zineb s'occupe de la cuisine. Elle prépare chaque jour un tajine différent. Les vendredis, elle cuit le pain dans un four collectif au village. Ces détails alimentaires ne sont pas anodins : Mustapha est fier d'offrir aux voyageurs qui acceptent de rester manger une nourriture réelle, préparée sur place avec des ingrédients locaux, et non pas un pastiche de cuisine marocaine comme on en trouve dans les hôtels touristiques.

Il y a aussi la vie spirituelle. Mustapha prie cinq fois par jour, bien que sans rigidité ostentatoire. Il connaît des passages entiers du Coran par cœur. Mais il ne prêche jamais aux touristes. C'est une affaire personnelle. En revanche, il participe activement à la vie de la mosquée, organise chaque année une collecte pour réparer le dallage, et dialogue régulièrement avec l'imam sur des questions d'éthique.

Le tourisme de Mustapha : une alternative possible

Pour quelques voyageurs francophones et anglophones, Mustapha représente une certaine idée du tourisme responsable. Pas celle qu'on trouve dans les brochures – terme trop vidé de sens. Mais une pratique concrète : ne pas transformer un lieu en attraction, ne pas en extraire plus de valeur que ce qui peut y être laissé en retour, accueillir sans dominer.

La plupart des visiteurs de Mustapha viennent de bouche à oreille. Quelques-uns via des sites comme couchsurfing ou workaway, qu'il ne comprend qu'à moitié mais dont il apprécient la philosophie. Très rares sont ceux qui le trouvent sur internet. Il n'a ni site web, ni adresse email, ni numéro de téléphone enregistré auprès d'une agence. Vous devez venir directement à Erfoud, demander « Mustapha des sources thermales », et quelqu'un vous indiquera le chemin.

Les rares touristes qui refusent ce modèle – ceux qui veulent une expérience « packagée », avec programme, horaires fixes, facture – Mustapha les renvoie poliment vers Erfoud où il existe un hôtel convenable avec un faux spa « inspiré des sources locales ». « Ce n'est pas pour vous juger. C'est parce que vous serez plus heureux ailleurs. »

Pour ceux qui restent, l'expérience est rarement photogénique. Pas de coucher de soleil dramatique obligatoire. Pas de photos de vous immergé dans une eau bleue artificielle. Juste des heures à parler, à vous baigner sans urgence, à comprendre pourquoi une source thermale est importante, et à rentrer chez vous légèrement transformé.

Témoignages implicites

  • Caroline, médecin française, 2015 : « J'ai passé trois jours avec Mustapha. À mon retour, j'ai compris que je devais abandonner ma pratique parisienne pour exercer en médecine du travail. Moins lucratif, plus utile. Mustapha m'a montré que c'était possible de refuser la course à l'argent. »
  • Rashid, architecte marocain, 2019 : « Avant Mustapha, je concevais des hôtels. Après, j'ai compris que je devais concevoir des espaces qui restaurent plutôt que de détruire. Mes projets récents en ville sont tous basés sur les principes du Tafilalet. »
  • Lars, développeur web suédois, 2017 : « Je l'ai dit à Mustapha : vous avez besoin d'internet. Il a répondu : non, je suis heureux de ne pas avoir internet. Cela m'a libéré. J'ai fermé mon entreprise tech et je suis maintenant guide de montagne en Suède. »

Âge, héritage et l'avenir incertain

Mustapha a soixante-trois ans. Il ne les fait pas. Sa peau est brûlée par le soleil du désert, mais son esprit reste vigilant et curieux. « Je pense que j'ai encore quinze, vingt ans. Peut-être plus. Les gens du Tafilalet vivent longtemps. Peu de maladies ici. L'air est sec, l'eau est pure. »

Ce qui le préoccupe, c'est la question de la succession. Il n'a pas d'enfants. Ses cousins vivent à Fès ou Casablanca, trop loin pour reprendre le rôle. L'association qu'il a créée survit avec peine. Hassan, le berger, est plus âgé que lui. Personne de la jeune génération d'Erfoud n'a manifesté d'intérêt pour devenir gardien des sources.

Il a confié à un journaliste belge qui l'a interviewé : « Je ne sais pas ce qui se passera après. Les sources continueront. L'eau vient de très profond. Mais sera-t-elle respectée ? Sera-t-elle transformée en marchandise ? Je ne sais pas. » Cette incertitude lucide est, paradoxalement, ce qui lui donne de la sérénité. Il a fait son travail. Il a transmis ce qu'il pouvait. Le reste n'est pas de sa responsabilité.

Ce qui le rend quasi furieux, en revanche, c'est les promesses non tenues. Les touristes qui jurent de revenir et ne le font jamais. Les ONG qui arrivent avec des projets, reçoivent du financement, et disparaissent six mois après. Le gouvernement marocain qui reconnaît l'importance du tourisme durable mais ne finance rien pour le protéger vraiment. « Les paroles ne coûtent rien. Moi, je pose des actes. C'est pourquoi je suis pauvre. »

Dans un dossier ouvert sur son petit bureau en bois, il conserve chaque certificat de reconnaissance officielle qu'il a reçu. Il y en a peu : une attestation du ministère du Tourisme (2012), une lettre de la Direction régionale de l'environnement (2018), un prix local pour la préservation du patrimoine (2021). Rien de prestigieux internationalement, mais chaque document est plastifié et soigné. Ce ne sont pas des trophées. C'est une preuve d'existence administratrive.

Rencontrer Mustapha : guide pratique et éthique

Si vous décidez de chercher Mustapha, préparez-vous à l'incertitude. Vous ne pourrez pas le réserver en ligne. Vous ne saurez pas le jour exact de votre arrivée avant. Il peut avoir un visiteur qui restera une semaine. Il peut être occupé au jardin si c'est la saison des récoltes. C'est le prix de la liberté.

Le meilleur moment pour arriver c'est le matin, vers 9 h ou 10 h, quand la première ronde est terminée et qu'il commence à accueillir les visiteurs. Rendez-vous à Erfoud, demandez au riad Erfoud (petit hôtel traditionnel) où trouver « Mustapha du Tafilalet ». C'est le seul. Quelqu'un vous donnera la route à pied ou vous indiquera un taxi. Le trajet : quarante-cinq minutes, environ quatre kilomètres.

Amenez un cadeau modeste. Pas de l'argent (offensant) ni des choses inutiles (de la quincaillerie de riche). Un bon thé français si vous en trouvez un de qualité. Un livre en français sur un sujet qui vous fascine. Une photo de votre région. Quelque chose d'authentique.

Posez des questions. Mustapha aime parler, surtout avec quelqu'un qui l'écoute vraiment. Mais écoutez plus que vous ne parlez. Respectez les silences – il y en aura. Ne prenez pas de photo sans permission. Ne nager pas avec du savon. Ne laissez rien de plastique. Si vous mentez sur la raison de votre visite, il le sentira et vous traiter quand même bien, mais avec une distance imperceptible.

Le prix de l'accueil : vous donnez ce qui vous semble juste à la fin. Mustapha ne suggère rien. Les touristes donnent généralement entre cinq et cinquante euros par jour. Si vous restez plus de trois jours, vous pouvez proposer de l'aider au jardin, ce qu'il apprécie particulièrement. Si vous avez des compétences particulières (mécanicien, maçon, professeur) et que vous restez assez longtemps, il y a moyen de négocier une sorte d'échange. Deux voyageurs français ont construit un petit abri en pierre en 2016 en échange d'une semaine gratuite. C'est selon lui l'une de ses plus belles contributions.

Ce qu'il faut apporter

  • Respiration : vous n'êtes pas en package touristique. Ne cherchez pas à remplir chaque heure. L'ennui est une partie de l'expérience.
  • Honnêteté : dites pourquoi vous venez vraiment. Recherche spirituelle, curiosité touristique, envie de apprendre – tout est valide.
  • Respect du silence : il y aura des heures sans parler. C'est voulu. L'eau a une voix quand on l'écoute.
  • Acceptation de l'imperfection : pas d'eau chaude le matin, juste froide de la source. Le toilet est un squat. Il n'y a pas de wifi. C'est normal.

En conclusion

Mustapha incarne une forme de résistance rarement visible dans le tourisme : celle de l'homme qui refuse le progrès à tout prix. Il n'est pas un théoricien de la décroissance ou un activiste environnemental au sens classique. C'est un praticien de la vie bonne, et cette vie bonne, il l'offre à ceux qui ont assez de temps pour la recevoir. En cela, il est rare. Peut-être même menacé. Les forces qui poussent les paysages à devenir des attractions sont plus puissantes que n'importe quel homme.

Mais chaque personne qui quitte les sources du Tafilalet transformée par cette rencontre devient elle-même un vecteur de transmission. Mustapha le sait. C'est sa stratégie d'héritage. Pas de monuments, pas de fondations perpétuelles. Juste des gens qui reviennent chez eux avec une autre idée de ce que peut être le voyage. Et peut-être, à leur tour, refusent-ils le progrès qui détruit. C'est lent. C'est invisible. C'est le seul acte révolutionnaire qui lui intéresse.

Questions fréquentes

Où exactement se trouvent les sources thermales du Tafilalet ?

Le Tafilalet est une région du Maroc oriental, en bordure du Sahara, entre Erfoud et Rissani. Les trois principales sources (Ain Boughdif, Ain Sidi Bouali, Ain Zoui) se situent dans un rayon de dix kilomètres autour d'Erfoud. Erfoud est accessible par route depuis Merzouga (deux heures) ou depuis Meknès (sept heures).

Combien de temps dois-je prévoir pour visiter les sources avec Mustapha ?

Les touristes de circuit restent deux à trois heures. Pour une expérience plus significative, au minimum une journée complète. Mustapha conseille trois jours minimum pour vraiment comprendre le lieu et la vie de l'oasis. Certains voyageurs restent une semaine.

Quel est le coût de la visite avec Mustapha ?

Il ne demande pas de prix fixe. Les visiteurs donnent généralement entre cinq et cinquante euros par jour, selon leur budget et la durée du séjour. Si vous restez plusieurs jours, vous pouvez contribuer en travail manuel au jardin ou auprès des sources.

Comment savoir si je peux vraiment baigner dans l'eau thermale ?

Les sources sont naturellement chaudes (42 à 48 °C) mais généralement sûres. Pour les eczémas, rheumatismes légers et fatigue, l'eau est reconnue pour ses propriétés thérapeutiques. En revanche, c'est au baigneur de juger. Mustapha ne prétend jamais à un miracle. Consultez un médecin pour les conditions chroniques graves.

Existe-t-il un hébergement officiel près des sources ?

Non. Mustapha peut accueillir les visiteurs dans sa maison (deux petites chambres simples) ou vous recommander un riad à Erfoud à moins de cinq kilomètres. Quelques gîtes touristiques se sont développés mais Mustapha ne les recommande que s'il n'a pas de place. C'est son choix de rester petit.

Est-ce que l'eau thermale est bonne à boire ?

Mustapha la boit régulièrement. Elle n'a pas de goût particulier malgré sa température. Scientifiquement, elle contient des minéraux mais en quantités acceptables. Par précaution, si vous avez l'estomac sensible, demandez à Mustapha quelle source est la meilleure pour boire.

Que se passe-t-il si je arrive sans prévenir et que Mustapha a un groupe important ?

Il vous accueillera probablement quand même, mais vous pourriez attendre un jour. C'est son rythme. Il est aussi possible qu'il vous aide à trouver un logement temporaire à Erfoud et que vous reveniez le lendemain. La flexibilité est clé. Ne venez pas avec des horaires serrés.

Mustapha parle-t-il français ? Anglais ?

Oui au français, avec un accent mais une compréhension complète. L'anglais moins bien. L'arabe darija c'est sa langue maternelle. Si vous ne parlez que l'anglais, il trouvera quelqu'un pour traduire, mais l'expérience sera moins riche.

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